Mercredi 14 novembre 2018

Réaménagement

Le Musée de l’Homme entame sa mue

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 2 août 2007 - 785 mots

L’annonce des lauréats du concours d’architecture pour sa rénovation
devrait faire basculer l’institution dans le XXIe siècle… Si les budgets suivent.

PARIS - Amputé de ses collections d’ethnologie en 2000, au profit du Musée du quai Branly et du futur Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), à Paris et Marseille, le Musée de l’Homme, à Paris, devrait être entièrement transformé d’ici à 2012 pour un coût estimé à 50 millions d’euros. Le 21 décembre, Bertrand-Pierre Galey, directeur général du Muséum, a communiqué le nom des lauréats du concours d’architecte lancé en début d’année 2006 pour restructurer l’institution parisienne. C’est le cabinet Brochet-Lajus-Pueyo qui a remporté la mise à l’unanimité, face aux équipes Wilmotte et Moatti-Rivière. Déjà en charge des rénovations des musées de l’Orangerie, à Paris, et Fabre, à Montpellier, l’agence a été choisie pour sa capacité à fédérer les différentes missions du musée : la recherche, la conservation, l’enseignement et la diffusion auprès du public. « L’équipe a été extrêmement à l’écoute du bâtiment avec le souci d’en valoriser sa potentialité, mais aussi d’en faire un musée très souple », se félicite Bertrand-Pierre Galey. Réserves situées face aux salles de consultation, bibliothèque reliée aux lieux d’enseignement, circulation facilitée entre les laboratoires et plates-formes techniques…, tout a été mis en œuvre pour prendre en compte les particularités de ce « musée-laboratoire », tel qu’il fut conçu à l’origine par Paul Rivet et Georges-Henri Rivière. Le projet prévoit la destruction du faux plafond de l’ancien palais du Trocadéro, permettant d’en découvrir la coupole. Le parcours se veut fluide grâce à la création d’un atrium central organisant la circulation des visiteurs. Les espaces sont susceptibles d’évoluer au gré des manifestations, tout comme le parcours d’exposition permanent. La superficie du musée reste quasiment la même – 4 000 m2 d’expositions et 4 000 m2 pour les activités de recherches et d’enseignement –, tandis qu’un soin particulier a été apporté à l’accueil des publics.

L’étude de l’homme
Pendant la durée des travaux, censés démarrer en 2008, le musée restera ouvert avec une manifestation en plusieurs volets consacrée à la « Saga de l’homme », qui commence par « L’homme exposé » (le 14 février). Tout en se posant la question de la « mise en vitrine de l’être humain », l’exposition introduira à l’histoire de nos origines, à la complexité des ramifications humaines et aux grands singes. « Cette série n’est pas une préfiguration miniature du musée, mais doit soulever des questions de la part du public et nous permettre ensuite d’en orienter les grandes lignes », précise François Sémah, à la tête du département préhistoire du Muséum (l’un des deux départements scientifiques rattachés au Musée de l’Homme). La programmation du musée s’appuiera pour l’essentiel sur le rapport publié par Jean-Pierre Mohen fin 2003 (2).  « Nous sommes une sorte de miroir du Quai Branly, indique François Sémah. Là-bas, les visiteurs se rendent pour voir les créations de l’homme. Ici, nous parlerons de l’histoire naturelle de l’homme, perçu comme un animal social. » Des propos que confirme Zeev Gourarier, directeur du musée, précisant qu’il s’agit de revenir à l’étude de l’homme (lire l’encadré).
Mais rien n’est encore joué et, si l’annonce des lauréats du concours d’architecte promet un bel avenir à cette institution longtemps délaissée, il faudra attendre le budget 2008 de la Culture pour crier victoire. Les plus sceptiques craignent que ce projet ait été initié dans le seul but de ne pas imputer au gouvernement actuel la fin du Musée de l’Homme. À l’approche des présidentielles, l’institution est mise à contribution par sa tutelle, le ministère délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, qui lui aurait imposé deux expositions sans rapport manifeste avec sa future programmation scientifique. « Femmes héroïques », une manifestation d’abord refusée par le Palais de Tokyo, est prévue pour mars, tandis que des photographies de femmes réalisées par le voyageur Titouan Lamazou seront présentées à l’automne. Ces deux thématiques, bien éloignées du concept de Rivet ou des préconisations du rapport Mohen, risquent de brouiller un peu plus l’image du musée. Interrogé, Bertrand-Pierre Galey rétorque que  « ces événements correspondent à la politique d’expérimentation et d’ouverture du musée et à l’image de la diversité humaine » ; Le destin du Musée de l’Homme semble plus que jamais scellé aux échéances électorales…

(1) lire le JdA no 167, 21 mars 2003, p. 4.
(2) édité chez Odile Jacob sous le titre
Le Nouveau Musée de l’Homme, sous la direction de Jean-Pierre Mohen, 2004.

Musée de l'Homme

- Coût prévisionnel du budget : 50 millions d’euros - Architectes lauréats : agence Olivier Brochet, Emmanuel Lajus et Christine Pueyo - Surface utile : 13 000 m2 (dont 6 000 m2 pour le public)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°251 du 19 janvier 2007, avec le titre suivant : Le Musée de l’Homme entame sa mue

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