Utopie

Le Familistère de Guise retrouve sa place

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 16 septembre 2013 - 717 mots

Le Familistère est devenu « Musée de France » en 2003. Après l’inauguration cet été de la place restaurée du « Palais social », de nouveaux aménagements muséographiques verront le jour début 2014.

GUISE - « Le Familistère vivra. L’idée qui y a donné naissance est impérissable. Et quand les murs de briques qui nous abritent seront tombés en poussière, les générations se transmettront le souvenir des enseignements qui auront été incarnés ici », clamait Jean-Baptiste André Godin en 1881. Cent vingt-cinq ans après la disparition du fondateur des lieux en 1888, le Familistère de Guise (Aisne) est toujours sur pied. Les travaux de restauration du lieu ont été entamés en 2000. Cet été, la place du Palais social, lieu de rencontre et de rassemblement, a été entièrement restaurée [h2o Architectes, Michel Desvigne paysagiste] et rouverte au public. Recouverte d’un tapis de briques de terre cuite importées du sud des Pays-Bas, elle fait le lien entre les pavillons d’habitation, le théâtre, les écoles, les économats (commerces) et la buanderie-piscine.

Le Familistère de Guise, c’est un palais pour les ouvriers, un vaste système d’habitation édifié dans la seconde moitié du XIXe siècle et un théâtre d’expérimentation sociale sans équivalent dans le monde industrialisé. « C’est une société alternative à la société de libre concurrence. Une utopie les pieds sur terre qui a été réalisée », lance Frédéric Panni, conservateur du patrimoine et directeur du Familistère de Guise.

L’édifice est donc l’œuvre de Jean-Baptiste André Godin (1817-1888). Né dans une famille modeste, l’ancien serrurier crée en 1840 un atelier de fabrication de poêles en fonte de fer qui devient vite une entreprise florissante. Au seuil des années 1880, Godin, à la tête de deux manufactures, l’une située à Guise et l’autre à proximité de Bruxelles (Belgique), emploie 1 200 ouvriers et produit 2 000 appareils de chauffage et de cuisine par semaine. Nourri des idées de Saint-Simon, de Robert Owen et de Charles Fourier, il veut mettre le confort bourgeois à la disposition des classes laborieuses. De 1859 à 1884, il bâtit à proximité de son usine de Guise, une cité de 2 000 habitants : la plus ambitieuse expérimentation de l’association du travail, du capital et du talent qui ait jamais existé. À sa mort en 1888, il laisse un patrimoine bâti d’une ampleur exceptionnelle, plusieurs ouvrages importants sur la question sociale et l’exemple vivant d’une organisation réformatrice.

Un musée de site
Après la Seconde Guerre mondiale, la société du Familistère ne parvient plus à entretenir le patrimoine immobilier, qui commence à s’effriter. À la fin des années 1960, une partie des annexes du Palais social est laissée à l’abandon. La notion de vie communautaire disparaît peu à peu et les appartements se vident. Plusieurs projets de restauration et de mise en valeur du site voient le jour dans les années 1990 après le classement au titre de monument historique du Familistère. Les pouvoirs publics s’emparent alors du dossier. En 1998, le conseil général de l’Aisne décide de réaliser un grand projet de valorisation culturelle, touristique, sociale et économique du site.

La maîtrise d’ouvrage est confiée en 2000 au syndicat mixte du Familistère Godin créé par le conseil général de l’Aisne et la Ville de Guise. Les objectifs ? Rétablir l’unité foncière et remodeler le paysage naturel du site, restaurer le bâti, restructurer et moderniser l’habitat, créer un musée de site.

Aujourd’hui, le Familistère accueille plus de 50 000 visiteurs annuels. La première phase des travaux a été achevée en 2010 : les bâtiments annexes (économats, piscine-buanderie, kiosque à musique, théâtre et écoles) et une partie du pavillon central ont été restaurés. L’aménagement muséographique de ce dernier a fait l’objet d’un concours qui a été remporté en 2006 par le cabinet Frenak Jullien. Le musée, agréablement agencé et doté de maquettes, bornes multimédias, diaporama, enregistrements vidéo et sonores, photographies, objets et documents, occupe l’aile nord du Pavillon. Il est consacré à l’architecture avant-gardiste du palais et à l’aventure industrielle et sociale du Familistère de 1859 à 1933. De nouvelles sections seront ouvertes en 2014 dont l’une sera dédiée à la « Fabrique des utopies ». L’occasion de découvrir les principales expérimentations socialistes menées à travers le monde depuis le XIXe siècle afin de mettre en place une organisation sociale et économique radicalement différente de celle de la société capitaliste.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°397 du 20 septembre 2013, avec le titre suivant : Le Familistère de Guise retrouve sa place

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