L’art et l’histoire du judaïsme dans un hôtel parisien du XVIIe siècle

Le futur musée ouvrira au cœur du Marais

Le Journal des Arts

Le 6 février 2009

Le nouveau Musée d’art et d’histoire du judaïsme sera inauguré à l’automne dans un hôtel particulier du Marais, à Paris. Un budget de 211,4 millions de francs a été nécessaire pour mener à bien la restauration, l’aménagement et l’équipement de ce musée, né de la volonté commune de l’État, de la Ville de Paris et de la communauté juive de France.

PARIS - Au 71 rue du Temple, à deux pas du Centre Georges Pompidou, s’achève ces jours-ci la restauration de l’hôtel de Saint-Aignan. À l’issue des travaux, commencera l’aménagement du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, dont l’ouverture est prévue pour la fin du mois d’octobre. Il succédera au Musée d’art juif de la rue des Saules, dans le XVIIIe arrondissement, dont les collections constitueront une partie importante de son fonds. Cet hôtel du Grand Siècle n’est pas si éloigné de l’histoire juive qu’il y paraît : situé dans le Marais, quartier juif depuis le Moyen Âge, il était occupé pendant la dernière guerre par de petits artisans israélites, dont certains ont été victimes de la rafle du Vel’ d’Hiv’, en juillet 1942. Saisi et vendu après la Révolution, le bâtiment avait connu de nombreuses trans­formations, et logements et boutiques y avaient été créé. Après toutes ces vicissitudes, il avait été racheté par la Ville de Paris en 1962.

Construit entre 1644 et 1647 par l’architecte Pierre Le Muet pour Claude de Mesmes, comte d’Avaux, surintendant des Finances de Mazarin, l’hôtel est un témoignage remarquable de l’architecture du XVIIe siècle. La parfaite symétrie de la cour est le fruit d’une astuce de Le Muet, qui a plaqué une aile aveugle sur le mur mitoyen de la propriété voisine. Autre originalité, les façades de la cour sont rythmées par des pilastres d’ordre colossal, inhabituels dans l’architecture privée à cette date. Si le blason du duc de Saint-Aignan, propriétaire de l’hôtel à partir de 1688, a pu être reconstitué, il reste peu du décor intérieur originel ; néanmoins, quelques peintures à fresque ont été mises au jour, dans la salle à manger notamment. Grâce à la suppression des étages rajoutés, les volumes d’origine ont été restitués et l’escalier monumental reconstruit. En sous-sol a été créé un auditorium, sans lequel aucun musée ne semble se concevoir aujourd’hui.

La préservation d’une identité
La disparition des modes de vie traditionnels et le recul de la pratique religieuse ont fait naître, au sein de la communauté juive, le besoin de conserver la trace d’une identité en voie d’effacement. La tentative menée par les nazis contre l’existence même de ce peuple avait également été déterminante dans la création du Musée d’art juif en 1948. La nécessaire préservation de cette culture reste un souci actuel et international, qui s’exprime aussi bien par la protection du patrimoine, comme en Espagne avec la restauration des synagogues de Tolède, que par la rénovation et l’extension des musées du judaïsme à New York, Ams­terdam ou Francfort. La création d’un nouveau musée à Paris est née du désir de rassembler les deux grandes collections d’art juif constituées dans la capitale, celle d’Isaac Strauss au Musée de Cluny et celle du Musée d’art juif. Cet ensemble sera complété par le dépôt des collections d’institutions juives comme le Consistoire de Paris, et d’œuvres venues de différents musées français ou étrangers. Seront aussi présentées les peintures inscrites sur les inventaires des MNR. Tous ces objets et œuvres, évoquant à la fois l’art, l’histoire et la civilisation, prendront place dans des espaces de 1 200 m2, auxquels s’ajoutent 260 m2 pour les expositions temporaires. Quant à la gestion du musée, elle a été confiée à une association regroupant des représentants de la Ville de Paris, du ministère de la Culture et de la communauté juive. Le budget de fonctionnement, estimé à 24 millions de francs par an, sera partagé entre l’État et la Ville de Paris. Reste un problème à trancher : le nouveau musée sera-t-il fermé le vendredi et le samedi comme celui de la rue des Saules ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°55 du 27 février 1998, avec le titre suivant : L’art et l’histoire du judaïsme dans un hôtel parisien du XVIIe siècle

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