Dimanche 8 décembre 2019

L’Armée et ses biens

Comment le ministère de la Défense gère son patrimoine

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 9 novembre 2001 - 937 mots

L’importance des changements politiques mondiaux et la suppression du service militaire ont conduit à restructurer le système de défense français, laissant vacants des centaines de sites. À l’occasion du Salon du Patrimoine culturel, au Carrousel du Louvre, à Paris, consacré cette année au « Patrimoine militaire »,
Le Journal des Arts évoque la politique menée par le ministère de la Défense pour gérer son patrimoine foncier, notamment à travers les opérations de cession et de reconversion menés par la MRAI (Mission pour la réalisation des actifs immobiliers).

PARIS - En France, le domaine foncier de la Défense correspond à 264 000 hectares, soit environ 0,5 % du territoire national. Les surfaces bâties au sol (seulement 1,5 % de ce domaine) représentent quelque 6 000 bâtiments répartis sur 31 millions de mètres carrés. La création, en 1983, d’un bureau du patrimoine et des affaires culturelles au ministère de la Défense a marqué les débuts de grandes campagnes de restauration, menées principalement sur les 170 édifices classés dont il est “affectataire”, tels l’Hôtel national des Invalides, l’École militaire, à Paris, le château de Vincennes, la Citadelle de Lille, les forts de Briançon ou encore la Citadelle de Fort-de-France. Des édifices que le ministère de la Défense entretient et restaure en partenariat avec le ministère de la Culture, à hauteur de 25 millions de francs par an versé par chacun d’eux. Outre les monuments historiques, le ministère de la Défense a en charge 263 nécropoles nationales, cinq hauts lieux de mémoire – comme le Mémorial de la France combattante au mont Valérien dans les Hauts-de-Seine ou celui de la Déportation sur l’île de la Cité à Paris – ainsi que de nombreux sites, dont certains sont aujourd’hui abandonnés à la suite des réformes engagées par l’Armée. N’en ayant plus l’utilité, le ministère a décidé de se séparer d’une partie de son patrimoine foncier.

Une solution : la cession
Créée en 1987 dans le cadre des plans de restructuration des armées, la MRAI (Mission pour la réalisation des actifs immobiliers) procède aux études de reconversion des biens fonciers à des fins civiles et négocie leur vente. “Cette politique de cession correspond à une vision moderne de l’État. Plutôt que d’avoir gardé des terrains qui auraient dépéri, nous les vendons pour les valoriser, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans. La tendance évolue vers une meilleure gestion du patrimoine”, souligne Jacques Brucher, ingénieur en chef des Ponts et chaussées, à la tête de la MRAI. Parmi les biens à aliéner se trouvent un nombre important de casernes, mais aussi des terrains d’exercice, des bases aériennes, des hôpitaux militaires, des bases de sous-marins, des villas et autres habitations. “Avec le ministère des Finances, nous avons une procédure originale de convention. Nous procédons à rebours : nous travaillons d’abord à l’élaboration d’un projet avec les élus locaux pour la reconversion du site, puis nous dressons un bilan sur les dépenses et les recettes ; ensuite seulement, le prix du site est déduit”, précise Jacques Brucher. La cession du bien est proposée en priorité à la commune pour la réalisation d’un projet “d’intérêt général”. Deux tiers des ventes sont ainsi réalisées au profit des collectivités publiques. Les actions de la MRAI ont concerné des sites très variés comme un hôpital militaire cédé à un hôpital civil à Toulouse ou le site du plateau d’Albion reconverti en terrains agricoles. À Nevers, l’ensemble militaire qui occupait un site important à proximité du centre historique, sur un terrain de 7,5 hectares, est aujourd’hui transformé en campus universitaire pour l’Institut supérieur de l’automobile et des transports (Isat) et l’Université de gestion administrative et de comptabilité (Gaco). Lieu pluridisciplinaire, les Subsitances, à Lyon, accueillent aujourd’hui des spectacles vivants, expositions, rencontres ou ateliers pour artistes. Après cinq années de négociations, la société Maximo vient d’installer le siège de sa nouvelle plate-forme logistique sur les sites de l’ancien dépôt des essences, l’arsenal Jardin-Fontaine et une fraction de la caserne Niel-Thouvenet, implantés sur la commune de Verdun et de Thierville-sur-Meuse. Pour la période 1988-2000, la MRAI a traité 1 200 dossiers représentant 300 à 400 millions de francs par an, sommes reversées intégralement au budget du ministère de la Défense. Actuellement, plus de 600 dossiers sont traités, ce qui représente environ 150 à 200 sites en cours de travaux. À Lorient, la base sous-marine située en bordure de la ville – un gros bloc de béton construit par les Allemands en 1942 – va être cédée à la commune, pour environ 3 millions de francs, tandis que pour un budget de plusieurs dizaines de millions de francs, le maire de Grenoble prévoit d’installer en lieu et place de l’ex-caserne de Bonne, située dans le centre-ville, quelque 800 logements. Comme il s’agit souvent de gros bâtiments qui engendrent d’importants coûts d’entretien, les sites peuvent être entièrement rasés, avec l’accord des architectes des bâtiments de France, si besoin est.

Autre solution envisagée par le ministère pour valoriser son patrimoine : la transformation d’anciens sites militaires en circuits touristiques, actuellement en cours d’élaboration. Reliant différents points entre eux, ces “chemins de mémoire” peuvent prendre la forme de parcours très importants, de Metz à Verdun, en passant par Compiègne par exemple, ou plus modestes comme de simples randonnées pédestres et cyclistes. Ils s’organisent autour de quatre grands axes : le conflit de 1870, la guerre de 1914-1918, celle de 1939-1945, ainsi qu’une thématique autour de l’histoire des fortifications militaires, des citadelles de Vauban à la ligne Maginot.

- Salon du Patrimoine culturel, jusqu’au 11 novembre, Carrousel du Louvre, 99 rue de Rivoli, 75001 Paris, www.patrimoineculturel.com, tlj 11h-20h, 22h le vendredi et 18h30 le dimanche.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°136 du 9 novembre 2001, avec le titre suivant : L’Armée et ses biens

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque