Vendredi 14 décembre 2018

Mécénat

La résurrection d’Osiris

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 9 mai 2011 - 728 mots

Le donateur de Malmaison a enfin un pavillon à son nom. Qu’il avait lui-même financé… il y a près d’un siècle !

RUEIL-MALMAISON - Le ministère de la Culture à ses mécènes… enfin reconnaissant. Plus d’un siècle après avoir permis à l’État de devenir propriétaire du château de Malmaison, Daniel Iffla (1825-1907), plus connu sous le nom d’« Osiris » – patronyme qu’il prit officiellement en 1861 après avoir été associé à une faillite retentissante –, vient de se voir enfin honoré pour sa générosité. Il était temps. En 1898, soit un peu moins de dix ans avant sa mort, celui qui avait racheté aux enchères, deux ans plus tôt, les vestiges de la résidence de campagne de Napoléon et Joséphine afin de l’offrir à l’État, avait prévu de laisser une somme d’argent pour construire un petit pavillon à l’entrée du domaine. Celui-ci devait abriter la collection personnelle de son hôtel particulier de la rue Labruyère, à Paris. Pendant des décennies, il n’en aura rien été. Après maintes tergiversations, cette seconde donation a été acceptée en 1912 et le pavillon, finalement construit, bien que dans des dimensions plus modestes. Il ne sera ouvert qu’en 1924. Les conservateurs de l’époque n’affichant que dédain pour les collections éclectiques d’Osiris, rapidement remisées, les espaces ont d’emblée été alloués aux expositions temporaires au mépris des engagements pris envers le donateur. À l’heure où les mécènes sont courtisés sans relâche pour appuyer l’action du ministère de la Culture, il était donc de très mauvais goût de perpétuer une telle situation. Lancé en 2003 et entièrement financé par l’État, le chantier de réouverture du pavillon Osiris a enfin pu aboutir. 

Muséographie pragmatique
Le pavillon a par ailleurs donné lieu à l’adoption d’un parti pris muséographique à la fois étonnant et pragmatique. Sachant que l’ouverture de ce nouvel espace, situé à l’entrée du parc, n’allait pas s’accompagner de l’embauche de nouveaux gardiens, le pavillon a été entièrement aménagé de manière à ce que le visiteur puisse en pousser librement les portes. L’allumage est automatique et la collection – exposée à 80 % – a été protégée par des vitrines sécurisées. L’ambiance y reconstitue le salon et le bureau d’Osiris, personnage mystérieux et philanthrope dispendieux. Devenu très riche grâce à ses activités dans la finance, Daniel Iffla a soutenu tant les arts que la viticulture ou les sciences, sa fortune ayant été léguée à sa mort à l’Institut Pasteur. Mais c’est sa passion pour Napoléon, auprès duquel son grand-père avait servi à Toulon, qui a motivé sa volonté de racheter Malmaison pour en faire un musée dédié à Napoléon. La demeure était alors en très mauvais état et le domaine, déjà largement démembré. En matière de goûts personnels, Osiris n’aura toutefois pas été un collectionneur d’exception, versant plutôt dans l’éclectisme, « mélange de ses passions et de ses sentiments », comme le souligne Céline Meunier, conservatrice en chef au Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau. En 1910, le conservateur Jean Ajalbert était plus incisif, parlant d’objets suspects non conformes à la description de l’inventaire, citant une galvanoplastie « d’une valeur de quelques sous » en lieu et place d’un bronze, ou bien « des faïences et plâtres de foire » annoncés comme des porcelaines de Saxe. 

L’accrochage met en valeur ce savoureux mélange bourgeois, entre plats en faïence italienne, vases en cloisonné chinois, statuettes d’Osiris, mobilier XVIIIe, armes et portraits sculptés de grands hommes ou de célébrités de l’époque. La petite collection de peinture, marquée comme il se doit par un penchant pour la scène de genre, le portrait et le paysage, ne compte guère de grands noms, seul un Portrait de femme étant généreusement attribué à Van Dyck. Les vedettes – Callot, Boucher ou Delacroix… – sont plutôt à rechercher du côté des dessins, qui ne seront exposés que par roulement ; Le Mur de Salomon d’Alexandre Bida, exposé au Salon de 1857, a été retenu pour ce premier accrochage. En attendant la réouverture du château de Bois-Préau, autre dépendance de Malmaison, fermé depuis plus de dix ans dans l’attente de travaux de rénovation, l’inauguration du pavillon Osiris vient donc judicieusement éclairer les visiteurs sur l’histoire d’un mécène, sans lequel ce château-musée, dernier îlot public au milieu des résidences cossues du quartier, n’existerait pas.

Pavillon Osiris

Architecte : Florent Rougemont, Tomorrow architects

Budget : 450 000 euros

Travaux : octobre 2009 à septembre 2010

Pavillon Osiris, château de MALMAISON, 15, av. du Château-de-Malmaison, 92500 Rueil-Malmaison, tél. 01 41 29 05 55, tlj sauf mardi 10-12h, 13h-17h45, sam.-dim. jusqu’à 18h15.

Céline Meunier, OSIRIS, DONATEUR ET MÉCÈNE DE MALMAISON (1825-1907), album coéd. RMN/Grand Palais, 45 pages, 19 euros, ISBN 978-2-7118-5812-5.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°347 du 13 mai 2011, avec le titre suivant : La résurrection d’Osiris

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