Architecture

La petite Savoye recouvre son lustre

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2015 - 549 mots

La maison du jardinier qui voisine la villa Savoye a retrouvé ses teintes originales et ouvert ses portes au public.

POISSY - Lorsque Madame Eugénie Savoye demande à Le Corbusier de lui concevoir une maison de campagne que la postérité renommera « villa Savoye », elle réclame également un pavillon pour loger le jardinier. De taille beaucoup plus modeste que son illustre voisine (30 m2 de surface habitable), cette maison n’en reprend pas moins quatre des cinq « points de l’architecture moderne » qui ont fait la renommée de la villa Savoye : pilotis, fenêtres en bandeau, plan libre et façade libre. Jusqu’ici exclu du parcours de visite, cet archétype du logement minimum (géré comme la villa par le Centre des monuments nationaux et qui a servi de logement de fonction jusqu’en 2010) vient d’ouvrir ses portes au public après avoir retrouvé ses lignes façonnées par Le Corbusier : celles d’un petit logement très fonctionnel, aux espaces séparés par une porte coulissante.

Construite en 1931, la maison du jardinier a été considérablement transformée par ses occupants avant la Seconde Guerre mondiale. Entre 1964 et 1967, alors qu’elle vient d’être acquise (avec la villa) par l’État et classée monument historique, elle fait l’objet de travaux de restauration de la part de l’architecte Jean Dubuisson qui, tantôt lui rend ses volumes originels, tantôt procède à des transformations afin de se doter du confort moderne  (une douche par exemple).

Façades colorées
En 2013, la Commission nationale des monuments historiques valide le projet de retour définitif  à l’état de 1931 pour préserver la cohérence architecturale du lieu, qui postule d’ailleurs au classement au patrimoine mondial de l’Unesco (1) avec la villa Savoye et d’autres réalisations corbuséennes. « On a trouvé que cette validation était un peu précipitée, compte-tenu du manque de renseignements sur l’aspect originel de la maison », explique Bénédicte Gandini, architecte à la Fondation Le Corbusier et membre du comité d’experts qui a suivi le chantier. « Il y avait un écart entre les plans du Corbusier et ce qui avait visiblement été réalisé », confirme Thierry Balerau, conservateur des Monuments nationaux. Ce n’est qu’après l’autorisation des travaux que plusieurs incertitudes ont pu être levées, en particulier celle de la couleur originelle de la façade. « Grâce à des sondages, on a retrouvé sous l’escalier et sous le soubassement de la maison des témoins de la polychromie originelle laissés par Dubuisson lors de sa restauration », explique Ariel Bertrand, restauratrice de peintures. La maison, qui était encore il y a quelques mois recouverte d’un revêtement immaculé, arbore aujourd’hui une couleur verte de « zinc ». « Je n’ai croisé aucune villa du Corbusier bâtie entre 1928 et la guerre dont la façade ne soit originellement blanche », précise Ariel Bertrand qui a récemment réalisé des sondages sur les façades de la villa Savoye. Ils ont révélé des teintes « jurassites » (ocre) sous ce blanc de neige, largement imprimé dans les mémoires grâce aux photographies des dernières décennies. Selon Thierry Balereau, la villa devrait renouer avec son passé chromatique lors d’une restauration à venir (mais pas encore programmée) du clos et du couvert.

Note

(1) Après deux échecs en 2009 et 2011, la candidature de l’Œuvre de Le Corbusier sera à nouveau soumise au Comité du patrimoine mondial de l’Unesco en 2016.

Pavillon du jardinier de la Villa Savoye

Visite sans réservation les samedis et dimanches à 11h en français, les vendredis à 11h en anglais.

Légende photo
Le Corbusier, Maison du Jardinier de la Villa Savoye, Poissy. © Photo : Emmanuelle Metz/CMN.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°442 du 2 octobre 2015, avec le titre suivant : La petite Savoye recouvre son lustre

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