La fête de saint Georges

La sculpture de Donatello vient d’être restaurée

Le Journal des Arts

Le 5 février 2008

À l’occasion de la fête de la Toscane, le Saint Georges restauré de Donatello (1386-1466) a été présenté le 30 novembre. Trois mois d’intervention ont permis de rendre à l’œuvre et à
sa prédelle en relief leur harmonie et de les débarrasser de diverses scories.

FLORENCE (de notre correspondante) - Chef-d’œuvre de l’art italien, symbole des valeurs spirituelles et civiques, le Saint Georges de Donatello est aussi le premier exemple majeur de la sculpture moderne dont elle renferme, à une date très précoce, en 1416, toutes les caractéristiques. La sculpture en marbre, avec sa prédelle traitée en rilievo schiacciato (relief en méplat perspectif), avait été commandée par la corporation des fabricants de cuirasses et d’épées pour l’une des niches externes d’Orsanmichele, l’antique Loggia del Grano – le marché à grains fermé en 1380 –, consacrée à la Vierge. Les saints patrons de différentes corporations se partageaient ces niches. En 1892, la statue de Saint Georges fut transférée au Musée national du Bargello et remplacée dans la niche d’origine par une copie en bronze, tandis que le bas-relief avec Saint Georges délivrant la princesse du dragon n’a trouvé refuge au musée qu’après une restauration réalisée en 1984 par l’Opificio delle Pietre Dure. L’intervention, menée en trois mois sous la supervision de Beatrice Paolozzi Strozzi, directrice du Musée national du Bargello, était destinée à redonner à l’œuvre, qui avait pris au cours des siècles un aspect grisâtre non homogène, une nouvelle harmonie d’ensemble, en enlevant notamment les accumulations de poussière et les autres dépôts laissés par d’anciennes patines. On a en effet procédé à l’élimination, là où cela était possible, des traces de couleur avec laquelle, certainement dès le XVIIe siècle, on avait cherché à conférer à la sculpture une patine en bronze, mal décapée au XIXe siècle. On avait tenté à l’époque d’obtenir un blanc encore plus immaculé que celui du marbre d’origine. Les restaurateurs ont également supprimé les auréoles laissées par les anciennes opérations de moulage exécutées par Oronzo Lelli au moment du transfert au Bargello de la sculpture abîmée et déjà mutilée au niveau du nez (refait par le sculpteur Lorenzo Bartolini en 1858).

Corporation des fabricants de cuirasses et d’épées
Le nettoyage a été effectué avec de l’eau déminéralisée et des solvants pour ôter la couche qui s’était accumulée dans les creux du modelé. Tout en poursuivant de manière progressive et différenciée selon le degré d’absorption des cires et de saleté du marbre, les contrastes ont ensuite été atténués entre les tâches sombres et les autres parties immaculées ; ces dernières résultaient de nettoyages drastiques avec des solvants agressifs qui avaient éliminé les éventuelles traces de dorure et de polychromie de Donatello. En outre, le nettoyage a fait ressortir, surtout dans les parties les moins exposées aux agents atmosphériques, le souci du détail dans les vis, le boulonnage de la cuirasse, les boucles, les éclats de métal des chaussures qui suivent l’articulation du pied. Selon toute vraisemblance, ces détails furent spécifiquement demandés par le commanditaire, la corporation des fabricants de cuirasses et d’épées.

La prédelle, très abîmée après un siècle supplémentaire d’exposition en plein air, a fait l’objet d’un procédé analogue de restauration. On a toutefois cherché à mettre en valeur le paysage en perspective et la définition du modelé, en allégeant le cirage des surfaces, mais en le conservant là où son élimination aurait empêché une lecture correcte de l’œuvre. Afin de mettre en valeur les caractères de ce bas-relief fondamental dans l’histoire de la perspective à la Renaissance, un éclairage différent a également été étudié par rapport à l’éclairage actuel.

La restauration a également concerné l’édicule et la niche du XIXe siècle en plâtre patiné et en faux marbre qui abritent le Saint Georges depuis son arrivée au Bargello. Elles ont été conçues conformément à un goût néogothique déprécié au cours des décennies suivantes. En effet, certaines parties a tempera lourdement couvertes et d’autres grossièrement nettoyées ont reçu des retouches de peinture avec une couche légère de cire. Une publication résumera les récentes études à la lumière de cette restauration.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°139 du 21 décembre 2001, avec le titre suivant : La fête de saint Georges

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