Dimanche 16 décembre 2018

Moscou

La deuxième vie de la galerie Tretiakov

Rénovée de fond en comble, la galerie a de nombreux projets d’expositions, locales et internationales

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1994 - 743 mots

Après l’inauguration de la galerie Tretiakov le 4 septembre, son directeur, Valentin Rodionov, évoque l’avenir du Musée de l’art russe, ses problèmes et ses projets. Le musée sera ouvert au public en décembre. Cet événement sera précédé, à partir du 7 octobre, d’une rétrospective en l’honneur du peintre Ilya Répine.

Moscou - Le 4 septembre est désormais officiellement le "Jour de la ville de Moscou", et les entreprises chargées des travaux ont remis ce jour-là les clefs du nouveau Musée Trétiakov à son directeur, Valentin Rodionov. La décision, discutable, de conserver le bâtiment de style néoslave, conçu au siècle dernier par le riche marchand Tretiakov, avait été prise par le précédent directeur, Youri Koroliov, avec le soutien financier du gouvernement central.

"Le projet a démarré lorsque Boris Eltsine a décidé de soutenir financièrement la reconstruction, et a assuré le financement en devises pour payer les firmes étrangères – une dizaine – qui se sont chargées des travaux, avec l’appui des autorités de la ville de Moscou" nous a déclaré Valentin Rodionov.

La galerie rénovée
Il ne reste aujourd’hui de l’édifice que sa façade principale ; les bâtiments ont été entièrement reconstruits en respectant le plan d’origine. La galerie a des plafonds de verre et un nouveau système de climatisation ; la cour intérieure a été transformée et couverte. Deux ailes ont été ajoutées pour les ateliers et les réserves, architecturalement reliées au bâtiment principal par un système d’arcades et de frises de céramique.

Tout le secteur qui avoisine la galerie devrait être intégré au complexe du musée. Deux bâtiments datant des XVIIe et XIXe siècles sont déjà en cours d’aménagement, en vue d’accueillir la collection d’estampes et de dessins, ainsi que des réserves accessibles. La surface totale disponible pour l’exposition passera ainsi à 9 000 m2. Les expositions commencent dès le 7 octobre avec la présentation d’une rétrospective pour le 150e anniversaire d’Ilya Répine, peintre de tableaux historiques très populaire. Sont également prévues des expositions thématiques et historiques : 1995 verra une grande présentation d’art russe primitif, et une exposition pour commémorer le 250e anniversaire de la Manufacture impériale de porcelaine.

Des échanges avec les grands musées
Tout comme le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, sans parler des autres musées russes de moindre importance, la galerie Tretiakov espère attirer l’argent de l’Occident. Le tout nouveau "Club des amis de la galerie Tretiakov", fondé par Valentin Rodionov, accueille toutes contributions, intellectuelles et financières. Les prochains prêts de la galerie seront pour le Musée d’art moderne de Paris, à l’occasion de l’exposition "Chagall" destinée à commémorer le dixième anniversaire de sa mort.

Une autre collaboration importante est projetée avec la Berlinische Galerie der Länder, en vue d’une exposition "Moscou-Berlin", qui serait présentée à Berlin à la fin de 1995 et à Moscou en 1996. En coopération avec les musées du Kremlin, la Tretiakov prépare une exposition aux États-Unis pour commémorer le tricentenaire de la dynastie des Romanov. La galerie participera à une exposition Larionov et Gontcharova, qui se tiendra au Centre Pompidou en 1995. Actuellement, elle collabore avec la fondation Mazzotta de Milan (cf p. 3) pour une exposition de tableaux, d’estampes et de décors de scène de Chagall.

L’art moderne et contemporain
Valentin Rodionov nous a déclaré que le problème du choix des œuvres destinées à enrichir les collections est complexe. Tous les achats de la galerie se font sur le budget de l’État, par le canal du ministère de la Culture pour l’essentiel, même si le musée peut acheter quelques œuvres. Il est fréquent que certains collectionneurs et artistes fassent don d’œuvres.

"Nul besoin d’acheter tout ce qui se présente sur le marché. Notre but est d’acheter des œuvres maîtresses et des pièces intéressantes. Pour l’art jusqu’au début du XXe siècle, cela dépend de l’argent dont nous disposons. Pour l’époque moderne, l’art des années vingt et trente, les seules acquisitions en ce domaine ne pourront être que des raretés" estime Valentin Rodionov.

La galerie Tretiakov, considérée comme la référence pour l’art russe, devrait s’attacher à rester un musée russe "consensuel". L’art contemporain appelle, selon lui, des musées séparés, fondés sur des principes très différents. La sélection se ferait selon des critères politiques, les œuvres "russes" – purement nationales – resteraient à la Tretiakov, mais les œuvres des peintres de l’avant-garde (Malevitch, Lissitsky, Filonov, Lorionov, Gontcharova) et des peintres abstraits (Kandinsky, Chagall) seraient transférées dans le nouveau Musée d’art contemporain du Krymski Val, où l’on retrouverait également les œuvres de la période du réalisme socialiste.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°7 du 1 octobre 1994, avec le titre suivant : La deuxième vie de la galerie Tretiakov

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