Vendredi 23 février 2018

La bière des pharaons bientôt dans les pubs ?

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 8 juin 2010

La fouille des salles où l’on préparait le pain et la bière, dans le temple du soleil d’Amarna, révélera-t-elle la recette du breuvage ?

Les amateurs de bière pourront bientôt savourer le breuvage dont Néfertiti se désaltéra en son temps. Des fouilles sont actuellement conduites à proximité du temple du soleil de la reine d’Égypte, dans l’ancienne capitale pharaonique d’Amarna à environ 350 km au sud du Caire, abandonnée par Toutankhamon au profit de Thèbes en 1390 av. J.-C. L’égyptologue Barry Kemp, de Cambridge, responsable de ces fouilles, bénéficie désormais de l’aide d’un sponsor inattendu, la brasserie écossaise Scottish and Newcastle Breweries, qui souhaite retrouver la recette de la bière pharaonique et tenter d’en produire.

Près du temple du soleil, daté autour de 1370 av. J.-C., Barry Kemp fouille en effet ce qu’il décrit comme "une succession de salles où l’on cuisait le pain et brassait la bière, équipées de fours et formant un ensemble de proportions presque industrielles". Les trente salles qui le composent fournissaient leur subsistance aux cinquante mille personnes qui venaient rendre hommage au pharaon à l’occasion de certaines cérémonies. On y a découvert de grands pots à bière, identiques à ceux qui apparaissent dans la fresque murale qui décore une tombe à l’intérieur des falaises qui dominent Tell el-Amarna.

Utilisées pour le brassage, quatre salles de 9 m de long, avec deux fours, sont aujourd’hui à l’étude. On a retrouvé dans des vases à bière en forme d’amphore des restes organiques, préservés par la sécheresse du climat, et en particulier des traces d’amidon dans des miettes de pain et des résidus de bière, grâce auxquelles on a pu identifier par analyse au microscope à balayage la variété de blé utilisée, et reconstituer les procédés de brassage. Par marquage de l’ADN, on espère également pouvoir identifier le type de levure employé.

À consommer avec modération…
Les spécialistes estimaient jusqu’alors que les Égyptiens fabriquaient la bière à partir de pain cuit puis réduit en purée. On pense aujourd’hui qu’ils utilisaient une sorte de bouillie de blé. Ils ajoutaient ensuite divers condiments, dates, lupin, coriandre, fruit ou miel. La bière fermentait rapidement et pouvait être consommée au bout de trois jours.

Il s’agissait probablement d’une bière assez alcoolisée, estime le directeur de Scottish and Newcastle Breweries, au vu de ces premiers résultats. La brasserie prépare dès à présent sa réplique de la bière pharaonique. Elle fait des essais avec d’anciens mortiers pour séparer la balle du grain, et d’anciennes meules pour moudre la farine. Les pots dans lesquels fermentera la bière, de même taille et de même forme que leurs lointains ancêtres, sont fabriqués avec de la terre venue d’Égypte. Enfin, la société a fait planter en Angleterre des champs entiers de cette variété de blé qui n’est plus cultivée commercialement de nos jours : la première récolte et les premiers verres de bière pharaonique seront prêts cet été.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : La bière des pharaons bientôt dans les pubs ?

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