Vendredi 6 décembre 2019

Anniversaire (I)

Jours de fête

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 3 octobre 2011 - 656 mots

Le Musée Malraux du Havre célèbre son cinquantenaire en puisant à la source de sa création. L’opportunité de retrouver le foisonnement initial.

LE HAVRE - « Il n’y a pas une maison comme celle-ci au monde, ni même au Brésil, ni en Russie, ni aux États-Unis. Souvenez-vous Havrais, que l’on dira que c’est ici que tout a commencé », déclarait le ministre André Malraux, le 24 juin 1961, jour de l’inauguration du musée-maison de la culture du Havre (Seine-Maritime), établissement pluridisciplinaire destiné à l’usage du plus grand nombre. Aujourd’hui, c’est un véritable retour aux sources auquel convie le Musée d’art moderne André-Malraux, à l’occasion de son cinquantième anniversaire – le musée des beaux-arts historique avait été bombardé en 1944. Pour son actuelle directrice, Annette Haudiquet, le plus bel hommage que l’on pouvait rendre au musée et à ses créateurs était de retrouver le foisonnement dont témoignent les archives de ce lieu atypique. Premier établissement à proposer un dispositif de fidélisation du public via la salle de conférence, l’artothèque, la discothèque, le bar…, la maison de la culture faisait preuve d’un dynamisme sans égal – son premier directeur, le peintre Reynold Arnould, a programmé jusqu’à une quinzaine d’expositions par an au début des années 1960 ! Ainsi le musée, en 2011, a-t-il fait le pari de renouer avec ses origines en programmant pendant trois mois expositions, concerts, spectacles de théâtre et de danse, colloques, conférences, projections de films… et en choisissant l’automne pour attirer un public familial et de proximité.

12 expositions en 12 semaines
En guise de colonne vertébrale à ces célébrations, deux expositions revisitent l’institution à leur manière. « 1961. Construire le musée imaginaire » retracera la genèse et les premières années de la maison grâce à un fonds documentaire important, et posera la question fondamentale de la place du musée dans une ville. « Les territoires du désir ou les métamorphoses d’un musée imaginaire » offrira une relecture des collections du musée initiées dès 1845, en faisant dialoguer œuvres anciennes et photographies contemporaines par paires, sur les thèmes du paysage, du voyage et de la lumière. Une relecture qui se fera également par le biais de douze expositions-dossiers se succédant au fil de douze semaines et abordant des thèmes aussi variés que les portraits de Jean-François Millet ou un gros plan sur un meuble à fards de Jacques-Émile Ruhlmann. Une somme de travail non négligeable qui comprend l’étude et la restauration d’œuvres méconnues des collections et la publication d’un ouvrage pour chacune des expositions – le tout réalisé avec l’appui de spécialistes extérieurs, telle Thérèse Burollet, directrice honoraire du Petit Palais, pour « Albert Bartholomé, le sculpteur et la mort ».

Autre événement de taille, le retour des Blanchisseuses d’Edgar Degas, via les États-Unis où elles sont réapparues sur le marché de l’art au début de l’année. Le tableau retrouve les cimaises du musée d’où elles avaient été volées en 1973 et, pour l’occasion, le cabinet des dessins a été entièrement vidé afin de l’accueillir et pouvoir se recueillir loin de l’effervescence ambiante. Enfin, cet anniversaire est propice à la redécouverte du bâtiment signé Raymond Audigier et Guy Lagneau, dont plusieurs cloisons ont été abattues pour retrouver transparences et flexibilité initiales. Ce projet a heureusement eu les moyens de ses ambitions, grâce au soutien de la Ville du Havre, du Département, de la Région et de l’État, mais aussi de Suez Environnement et de CIC Nord-Ouest. Mais, outre, ces préoccupations d’ordre financier, il était essentiel que cette saison soit un « moment atypique, convivial et festif », revendique Annette Haudiquet. Ce, sans bénéficier d’un renforcement des équipes pour assurer l’ensemble des opérations (accrochages, décrochages…). Leurs nuits seront courtes, mais la fête n’en sera que plus belle.

ON N’EST PAS SÉRIEUX QUAND ON A CINQUANTE ANS

Du 15 octobre au 29 janvier 2012, Musée d’art moderne André-Malraux, 2, boulevard Clemenceau, 76600 Le Havre, tél. 02 35 19 62 77, musee-malraux.ville-lehavre.fr, tlj sauf mardi 11h-18h, samedi jusqu’à 19h.

Un nouveau « Signal »

Les échafaudages sont déjà en place et devraient tirer leur révérence au mois de janvier 2012. La restauration du Signal (1955-1961) d’Henri-Georges Adam a été voulue comme un symbole fort du cinquantenaire du Musée Malraux. Située face à la mer, sur le parvis bordant l’institution, la sculpture monumentale en béton armé a subi les outrages du temps et du mauvais temps. Pour que sa surface retrouve sa luminosité originelle, une remise en beauté s’est imposée, tout comme l’accessibilité du chantier – une salle au sein du musée en commentera même l’évolution. Budgétée à hauteur de 370 000 euros, l’opération, confiée à Rénofors, bénéficie de subventions de la Drac Haute-Normandie et d’apports de mécènes (Fondation du Patrimoine, Fondation Total, Suez Environnement et Rénofors).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°354 du 7 octobre 2011, avec le titre suivant : Jours de fête

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