Dimanche 24 janvier 2021

Belgique

Inventaire avant déménagement

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2011 - 681 mots

Avec la construction d’un nouveau bâtiment, l’ancien Musée du dialogue de Louvain-la-Neuve, en Belgique, entame sa mue.

LOUVAIN-LA-NEUVE (BELGIQUE) - Alors que sa rivale flamande a inauguré son musée rénové, le M Leuven, en septembre 2009 (lire le JdA no 310, 2 octobre 2009, p. 9), la Wallonne Louvain-la-Neuve va enfin pouvoir donner le coup d’envoi des travaux d’agrandissement de son musée. Le projet, en discussion depuis plus de dix ans, a pu être débloqué en 2006 grâce à l’annonce de l’engagement d’un donateur, le baron Jean Peterbroeck, fondateur de la financière belge Petercam. Cet ancien étudiant de l’université catholique de Louvain-La-Neuve s’est inspiré des mœurs américaines pour marquer sa reconnaissance envers l’institution, faisant un don de 10 millions d’euros qui devrait couvrir le coût de construction d’un nouveau bâtiment.
Il aura toutefois fallu patienter encore plusieurs années avant de réunir les 18 millions d’euros du projet global, la décision formelle du conseil d’administration de l’université étant intervenue le 18 novembre 2010. Si les travaux démarrent comme prévu en mars 2011, c’est donc à l’horizon 2013 qu’un nouvel édifice aux toitures partiellement végétalisées, dessiné par les architectes américains Perkins Will associés au Belge Émile Verhaegen, s’élèvera en bordure du lac, à la limite de la dalle de la ville nouvelle dont il deviendra un nouveau signal. Ses 5 000 mètres carrés d’espaces d’exposition lui permettront de déployer, pour la première fois, ses collections permanentes. 

Un fonds éclectique 
Auparavant, ses espaces exigus, totalement imbriqués dans les locaux de l’université, dont le musée constitue l’un des services, ne lui permettaient que de proposer des expositions temporaires. L’histoire de cet établissement est en effet intimement liée à l’aventure de la création de cette ville nouvelle, érigée dans les champs du Brabant wallon au tout début des années 1970, après que les Wallons eurent été boutés hors de l’université historique de Louvain (Leuven) par les Flamands. À la hâte, l’université catholique de Louvain-la-Neuve était construite et inaugurée en 1972, dans le cadre d’un projet de ville nouvelle élevée sur dalle, avec un centre piétonnier. À des fins pédagogiques, un petit musée, constitué à partir des collections universitaires scindées en deux lors de la partition, a par la suite ouvert ses portes. Son fonds éclectique de près de 5 000 pièces, comprenant moulages des grands chefs-d’œuvre de la sculpture européenne, antiquités grecques et étrusques, sculptures médiévales ou pièces ethnographiques de l’ancien Congo, s’est étoffé au fil des années par le biais de nombreux dons, générés notamment grâce au charisme du fondateur de ce musée-laboratoire, le professeur Ignace Vandevivere. Les collections comptent ainsi aujourd’hui plus de 20 000 numéros.
À l’occasion de ses 30 ans, le musée propose une dernière exposition de ses collections dans ses murs historiques, avec une sélection de 300 œuvres choisies sur le thème de l’esprit de dialogue qui avait fait la marque de fabrique des lieux – l’établissement a été un temps dénommé Musée du dialogue –, bien avant que ce thème n’essaime dans toutes les institutions. La présentation retrace les grandes étapes de la constitution des fonds : le legs Van Hamme et son remarquable ensemble de pièces du gothique tardif, le legs Delsemme qui inaugurait la thématique du dialogue, les estampes de la donation Rouir, le fonds d’art populaire de la donation Boyadjian, mais aussi les maîtres de l’art moderne belge, des pionniers de l’abstraction au renouveau figuratif, entrés avec la donation Goyens de Heusch.
En s’agrandissant, le musée aura pour objectif de s’ouvrir davantage et de gagner en fréquentation, tâchant de passer de 10 000 à 30 000 visiteurs annuels, mais aussi de montrer la diversité de ses fonds qui étaient souvent cantonnés dans les réserves, faute de place. « Il existe une demande légitime de la part du public et des tutelles de faire des expositions, explique Joël Roucloux, son directeur. Mais le risque est de perdre de vue son patrimoine. Il est difficile de faire l’événement sur le permanent. » Tel sera le nouveau défi de cette institution atypique.

30 ANS DE DONATIONS

Commissariat : Joël Roucloux, professeur d’art moderne, directeur du Musée de Louvain-la-Neuve

Nombre d’œuvres : 300

30 ANS DE DONATIONS, 20 ANS DE DIALOGUE,

Jusqu’au 13 mars, Musée de Louvain-la-Neuve, 1, place Blaise-Pascal, Louvain-la-Neuve, Belgique, www.muse.ucl.ac.be, tlj sauf lundi 10h-18h, le week-end 14h-18h. Catalogue, éd. du musée, 240 p., 25 euros, ISBN 978-2-9601-0340-3

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°338 du 7 janvier 2011, avec le titre suivant : Inventaire avant déménagement

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