Mercredi 21 février 2018

Toronto

Gehry au pays

Le Journal des Arts

Le 25 novembre 2008

L’Art Gallery of Ontario inaugure sa nouvelle extension

TORONTO. L’Art Gallery of Ontario (AGO) a rouvert ses portes le 14  novembre à l’issue de quatre années de rénovation et d’extension dirigées par le «  héros local  » Frank Gehry. Pour ce premier grand projet réalisé au Canada, l’architecte natif de Toronto a élevé une tour de quatre étages à parement de titane à l’arrière de l’ancien bâtiment principal, lui-même désormais revêtu d’une façade de verre qui s’étend sur près de 200  m le long de la Dundas Street. L’entrée principale, auparavant à l’extrémité ouest, a été transférée au centre du bâtiment. Les visiteurs traversent un hall donnant accès aux salles d’exposition agrandies, à de nouveaux lieux de restauration, à une boutique sur deux étages. À l’atrium réaménagé, un escalier hélicoïdal mène à la nouvelle aile dévolue à l’art contemporain – domaine clé pour le président-directeur général de l’AGO, Matthew Teitelbaum. Il projette ainsi de faire du musée un centre vital de rayonnement intellectuel pour la ville. Le musée a levé environ 265  millions de dollars canadiens (172  millions d’euros), dont 35  millions pour sa dotation.Il a encore besoin de 11  millions de dollars canadiens pour atteindre son objectif financier. L’argent est venu du Canada et de l’Ontario  –  l’AGO est une institution provinciale – et de particuliers, notamment le magnat des médias Ken Thomson, l’homme le plus riche du pays avant son décès l’an dernier, qui a fait don de plus de 100  millions de dollars canadiens.

Le plus grand don culturel
Pour la première fois, le musée se trouve en mesure d’exposer des ensembles significatifs de l’extraordinaire collection reçue en donation par Ken Thomson en 2002 – quelque 2  000  œuvres d’art européen, canadien et indien d’Amérique du Nord ainsi que des pièces d’Art décoratif qui constituent le plus grand don culturel de toute l’histoire du Canada. Sur les cent dix salles du musée, la collection Thomson en occupe une trentaine aménagées par Gehry. Matthew Teitelbaum espère que les héritiers de Ken Thomson permettront que ces œuvres soient finalement intégrées à l’ensemble des collections de l’AGO. Le fleuron en est Le Massacre des Innocents de Pierre Paul Rubens (vers 1610), que Ken Thomson avait acheté 49,5  millions de livres (61  millions d’euros) chez Sotheby’s à Londres en juillet  2002. Pour sa première présentation au public nord-américain, on lui a adjoint deux autres Rubens, le Samson et Dalila (vers 1609-1610), provenant de la National Gallery de Londres, et La Mise au tombeau (vers 1611-1612), prêtée par le Musée des beaux-arts du Canada (Ottawa). Les salles consacrées aux Arts décoratifs médiévaux, renaissants et baroques présentent en abondance ivoires, statues, perles de rosaires en buis, livres de prières, portraits en miniature et pièces d’orfèvrerie comme le reliquaire de Malmesbury, exécuté à Limoges au XIIe  siècle. La donation de Ken Thomson compte aussi la plus belle collection d’art canadien en mains privées, quelque 750  œuvres à partir desquelles l’AGO a conçu des salles monographiques consacrées à Cornélius Krieghoff, Lauren Harris et David Milne.
La collection de maîtres anciens de l’AGO compte de grandes salles dévolues aux peintures hollandaise du XVIIe  siècle, italienne des XVIIe et XVIIIe  siècles, et à l’art français du XIXe  siècle. Elles sont reliées par des salles plus modestes dont les œuvres diverses sont regroupées selon des thèmes choisis par la directrice des expositions, Catherine de Zegher. L’un d’eux porte sur «  l’autre  », avec des œuvres allant de Brueghel et Delacroix jusqu’à Nancy Spero et Kara Walker, et accompagnées par des textes sur le genre et la race. On trouve aussi parmi les thèmes «  les madones, maîtresses et mères  » de même que «  le paysage  ». Selon Matthew Teitelbaum, l’idée était «  de mettre en avant des thèmes ou des idées toutes périodes et techniques confondues pour intéresser les visiteurs  », solution que les musées utilisent de plus en plus souvent lorsque leurs collections ne permettent pas de parcourir l’ensemble de l’histoire de l’art. L’extension a presque doublé le nombre d’œuvres exposées, quatre mille désormais.Beaucoup d’acquisitions sont récentes, telles l’installation du Québécois David Altmejd, The Index (2007), et les sculptures de Giuseppe Penone disposées dans le déambulatoire du premier étage qui s’étend sur 150  m derrière la nouvelle façade de verre de l’AGO

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°292 du 28 novembre 2008, avec le titre suivant : Gehry au pays

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