François Loyer : Histoire de l’architecture française, de la Révolution à nos jours

Une histoire œcuménique

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 1999

Embrasser 200 ans d’architecture française en un seul volume, c’est le défi relevé avec talent par François Loyer. S’appuyant sur une érudition sans faille, cette brillante synthèse se distingue par une approche non dogmatique, envisageant l’ensemble du bâti et nombre de problématiques récurrentes.

Succédant à Alain Erlande-Brandenbourg et Jean-Marie Pérouse de Montclos, François Loyer clôt la série “Histoire de l’architecture française” avec un troisième tome consacré à la période courant de la Révolution à nos jours. Sans diminuer le mérite de ces prédécesseurs, l’auteur affrontait une difficulté nouvelle : jamais, dans l’Histoire, on n’avait autant construit que durant ces deux siècles ; jamais on n’avait autant innové, aussi bien dans le langage formel que dans les méthodes de construction. La force de l’ouvrage est justement d’envisager l’ensemble du bâti sans se limiter au mouvement moderne, qui se trouve ainsi mieux situé dans le paysage architectural français, et aussi de considérer le XIXe et le XXe siècle dans une même synthèse. Les cent pages de notes indiquent l’ampleur du travail accompli, dans ce domaine où les recherches ont connu une véritable explosion ces vingt dernières années.

Dès la Révolution se dessinent plusieurs problématiques promises à un bel avenir, comme “l’affrontement dialectique entre liberté d’expression et rationalité des conduites [qui] traverse ainsi toute la civilisation contemporaine”. De même, s’établit une nouvelle typologie des bâtiments publics, mettant l’hôpital, la prison, la préfecture et plus tard l’école au centre de la réflexion architecturale. Du Néoclassicisme triomphant au style Beaux-arts, l’auteur souligne les oppositions entre imitation et interprétation, fidélité et invention, qui caractérisent l’architecture de style au XIXe siècle. Les tensions n’épargneront pas, plus tard, le mouvement moderne lui-même, entre Mallet-Stevens et Le Corbusier par exemple : “Pour l’un, l’architecture est un code ; pour l’autre, elle est une invention.” La production actuelle se débat encore dans “cette alternative impossible à surmonter entre l’imagination et la convenance – entre l’art et la culture”. Avant d’être enfin pleinement acceptée aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, la modernité aura d’abord dû s’imposer aux tendances dominantes du premier XXe siècle, le régionalisme et le classicisme moderne auxquels de larges développements sont consacrés.

Rigoureux, François Loyer n’omet pas les faiblesses de chacun de ces courants et pointe avec justesse celles de la modernité, qui, “rompant avec la trame parcellaire, [...] a ouvert la boîte de Pandore. Comment restreindre le gigantisme des échelles, quand celle qui les tenait tous – la largeur de la cage d’escalier, associée aux appartements qu’elle desservait – n’est plus le repère imposé ?” Maintenant qu’“il s’agit d’intégrer la culture moderne à notre identité, en allant au-delà des confrontations qui ont marqué toute une époque”, l’approche non dogmatique et érudite de François Loyer se révèle précieuse.

François Loyer, Histoire de l’architecture française, de la Révolution à nos jours, éditions du Patrimoine/Mengès, 500 p., 350 F. ISBN 2-8562-0395-7 et 2-85822-305-X.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°92 du 5 novembre 1999, avec le titre suivant : François Loyer : Histoire de l’architecture française, de la Révolution à nos jours

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