Vendredi 23 février 2018

Finir la chambre d’ambre

La société allemande Ruhrgas financera sa reconstruction

Le Journal des Arts

Le 25 juin 2008

Pour son 75e anniversaire, la compagnie allemande Ruhrgas offre au gouvernement russe 3,5 millions de dollars afin d’achever les travaux de reconstitution de la Chambre d’ambre à Tsarskoïe Selo, près de Saint-Pétersbourg, « un projet pionnier dans les relations russo-allemandes », selon le ministre des Affaires culturelles de Russie.

SAINT-PETERSBOUG - Ruhrgas souhaitait marquer son soixante-quinzième anniversaire, en 2001, par un projet culturel international soulignant ses liens étroits avec la Russie – au cours des vingt-cinq dernières années, elle lui a acheté jusqu’à un tiers de son approvisionnement en gaz naturel. La compagnie allemande vient de signer avec le gouvernement russe un accord portant sur 3,5 millions de dollars (plus de 21 millions de francs), pour l’achèvement de la célèbre Chambre d’ambre. Vladimir Yegorov, ministre des Affaires culturelles de Russie, décrit cette coopération comme “un projet pionnier dans les relations russo-allemandes [...] car la Chambre d’ambre est à la fois une légende et le symbole des gigantesques pillages de trésors artistiques dont la Russie a souffert au cours de la dernière guerre.” Les représentants des deux pays ont toutefois déclaré qu’il n’y avait aucune relation entre cet engagement et la question de la restitution des œuvres dérobées pendant la guerre.

Le précieux décor avait été réalisé pour le palais du roi de Prusse Frédéric Ier, à Potsdam. Offerte par son fils Frédéric-Guillaume au tsar Pierre Ier de Russie, en 1716, la Chambre d’ambre avait été installée dans le Palais d’hiver de Saint-Pétersbourg, puis déplacée à Tsarskoïe Selo, résidence de l’impératrice Élisabeth, dans les années 1750. Ses panneaux de chêne – ils ne couvraient pas toute la pièce mais une superficie de plus de 100 m2 – étaient incrustés de six tonnes de très bel ambre finement sculpté, de grands miroirs et de quatre mosaïques italiennes en pierres dures. Pour les contemporains de Pierre le Grand, elle était la “huitième Merveille du monde.”

Depuis 1983, des artisans russes travaillaient à sa reconstitution à partir de photographies de l’original, mais ils ont dû s’interrompre au milieu des années quatre-vingt-dix, lorsque le gouvernement fédéral a cessé de financer l’opération. La Chambre est aujourd’hui reconstruite à 40 %, et les 3,5 millions de dollars de Ruhrgas devraient couvrir l’achèvement des travaux. Le directeur du musée de Tsarskoïe Selo, Ivan Sautov, souligne que son équipe de vingt-cinq spécialistes devra travailler activement pour tenir les délais d’avril 2003.

Avant l’arrivée des soldats de la Wehrmacht, les Russes avaient pu retirer de la Chambre d’ambre une grande partie de la centaine d’objets qu’elle contenait – tables, coffrets à bijoux et jeux d’échecs qui ont aujourd’hui regagné la collection du palais Iekaterinsky, à Tsarskoïe Selo –, pour les mettre en lieu sûr en Sibérie. Mais ils n’ont pas eu le temps d’emballer les lourds et fragiles panneaux qui avaient déjà souffert après l’arrivée au pouvoir des Bolcheviques, en 1917. Les troupes allemandes les ont emportés en septembre 1941, et la Chambre a été remontée à Königsberg, en Prusse orientale, sur la côte de la mer Baltique, où elle a été vue pour la dernière fois en 1943. Certains prétendent qu’elle a été détruite sous les bombardements alliés, d’autres qu’elle a été cachée dans une ancienne mine ou un abri souterrain.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°91 du 22 octobre 1999, avec le titre suivant : Finir la chambre d’ambre

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