Samedi 24 février 2018

Japon

Expériences amères avec les musées étrangers

Le Journal des Arts

Le 19 juillet 2007

Après deux collaborations décevantes, les milieux artistiques nippons sont de plus en plus réticents à l’égard des projets de collaboration avec les institutions d’autres pays.

TOKYO - Le premier exemple concerne le Musée de Boston à Nagoya. Le 17 avril 1999, quand son tout nouveau bâtiment a été officiellement inauguré, un contrat avec le Musée de Boston engageait déjà ce dernier à lui fournir pendant vingt ans deux expositions temporaires par an et une exposition permanente tous les cinq ans (quatre au total). En contrepartie, Nagoya versait au musée de Boston 1 million de dollar après la signature, puis 1 million de dollars et chaque année pendant la durée du contrat. De plus, il lui accordait 5 millions de dollars juste après l’ouverture de l’annexe, et deux fois 5 millions de dollars pour les 10e et 15e anniversaires de l’annexe. Enfin, chaque exposition permanente et temporaire était facturée 180 000 dollars, en plus de tous les frais nécessaires (coût de restauration, d’assurance et de transport des œuvres). Malgré le versement de ces sommes rondelettes, les Japonais n’ont jamais eu la possibilité de choisir complètement ni les thèmes des expositions, ni les œuvres. Handicapée également par une gestion interne hasardeuse, l’annexe a d’emblée été confrontée à un échec cuisant. Faisant valoir une clause qui autorisait la renégociation de ses termes, Nagoya a souhaité résilier le contrat. Il n’a réussi qu’à en renégocier les conditions. Grâce à une concession importante du côté américain, les deux partenaires sont tombés d’accord le 30 mars 2006 pour le maintien de la collaboration jusqu’au terme initialement prévu. Les Japonais ont obtenu une réduction de 2 milliards de yens (12,5 millions d’euros) et un versement de 1,7 milliard de yens (10,7 millions d’euros) seulement pour les dix ans à venir.
Le second exemple concerne l’abandon des négociations entre le département de Hiroshima et le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, en Russie. Le 25 septembre 2006, le gouverneur de Hiroshima a annoncé l’abandon définitif du projet qui avait été engagé dès 1999 avec les Russes. Avant de prendre sa décision, Hiroshima a organisé une exposition d’essai intitulée « Le prestigieux Musée de l’Ermitage, ses collections jalousement gardées » dans son musée départemental.

Négociations interrompues
Mais cette dernière n’a attiré en deux mois que 72 500 visiteurs en lieu et place des 120 000 escomptés. L’exposition s’articulait autour des peintures de genre du Flamand David Teniers, avec au total cinquante et un tableaux et soixante-sept objets d’arts européens. Malheureux Teniers ! Si les impressionnistes ou Matisse, tant aimés par les Japonais, avaient été choisis comme porte-drapeaux, les négociations auraient certainement pu continuer ! Selon le gouverneur de Hiroshima, le comportement du Musée de l’Ermitage l’a aussi influencé dans sa décision. Initialement, ce dernier avait proposé un système similaire au Centre d’Amsterdam, avec un versement de 150 000 dollars en garantie de base puis d’un dollar par chaque visiteur. Le musée a ensuite changé d’avis et demandé à se faire payer pour ses prêts. Les deux parties avaient fini par se mettre d’accord pour le montant de 500 000 dollars. Mais la présence trop fréquente au Japon d’expositions clés en main provenant de l’Ermitage (sept expositions avec dix-huit étapes en cinq ans) a fini par couper l’appétit des habitants de Hiroshima.
Les Japonais ont trop mis en avant ces dernières années une politique de redynamisation économique de leur région qui passait par la construction de bâtiments, de pôles d’attraction touristique et culturelle, en se souciant moins d’un fonctionnement stable et scientifique des musées. De plus, cette politique se basait sur la notoriété d’autres institutions. Les musées étrangers se sont tellement focalisés sur cette manne financière qu’ils ont laissé de côté l’esprit fondamental des échanges culturels. Pour le prêt-location de leurs trésors, les musées étrangers n’ont plus souhaité que les gains maximums en faisant voyager les œuvres un minimum.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°254 du 2 mars 2007, avec le titre suivant : Expériences amères avec les musées étrangers

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