Samedi 24 février 2018

Et vogue la Galerie

Les Offices peinent à mener leur rénovation à bon port

Le Journal des Arts

Le 28 novembre 2008

Le ministre de la Culture italien, Walter Veltroni, vient d’ouvrir un concours pour l’aménagement d’une nouvelle sortie au Musée des Offices sur la piazza Castellani. Les deux escaliers monumentaux prévus à ce niveau, qui devront combiner grandeur et modernité, serviront de vitrine au programme de rénovation et d’extension des “Nouveaux Offices�?. Cependant, il est permis de s’interroger sur l’avenir de l’ambitieuse entreprise, au vu des premières réalisations intérieures, du manque de moyens, et surtout du flou qui entoure encore le projet, dont une partie doit s’achever cet hiver.

FLORENCE - De Frank O. Gehry à I.M. Pei et Sir Norman Foster, quinze des plus grands architectes internationaux ont été invités à participer au concours de réaménagement de la piazza Castellani, à Florence. La création de deux escaliers monumentaux desservant la sortie des Offices sera la seule modification radicale apportée à l’aspect extérieur du musée, mais le projet constitue en fait la vitrine d’un programme de travaux plus vaste, baptisé les “Nouveaux Offices”.

Commencé après la Seconde Guerre mondiale, ce projet avait été abandonné plusieurs fois, pour finalement être repris en 1990. Depuis, des salles ont été rénovées au sein de la galerie principale, dont les salles Vinci et Lippi qui serviront de modèles pour le réaménagement des autres espaces d’exposition : la direction du musée souhaite notamment que tous les tableaux soient protégés par des écrans de verre, mais la question reste très controversée.

Pour les sols, la couleur des murs, l’éclairage et l’accrochage des œuvres, le mot d’ordre semble être uniformité et anonymat. Heureusement, on pourra respirer un peu en traversant les couloirs généreusement décorés, malgré les stores qui empêcheront bientôt le regard d’aller se perdre sur l’Arno et l’aile Vasari. Cette décision, qui a pour dessein de freiner la décoloration des peintures des plafonds, in­quiète certains qui estiment que les mesures de conservation ne doivent pas nuire à la cohérence esthétique.

Autre point de discorde : la salle Botticelli. Actuellement, Le Printemps et La Naissance de Vénus disposent d’un vaste espace pour recevoir l’hommage des foules. Le lieu sera bientôt plus confiné, puisqu’il est prévu de partager la salle en deux et d’abaisser le plafond, masquant par la même occasion de magnifiques poutres. Les œuvres de Pollaiuolo et des peintres florentins du début du Cinquecento occuperont la première moitié de l’espace actuel, les Botticelli étant exposés dans la seconde.

Davantage d’œuvres exposées
Malgré des partis pris contestables, le projet a le mérite de permettre de doubler la superficie du musée – coincé au dernier étage du bâtiment depuis 1581 –, qui va enfin pouvoir s’étendre à l’étage inférieur, autrefois occupé par les Archives de l’État. L’espace d’exposition couvrira une surface de 14 000 m2, grâce auxquels des fonds jusqu’à présent cachés dans les réserves ou conservés sur d’autres sites pourront être présentés au public.

Au bout de la loggia dei Lanzi, un escalier monumental donnera accès à la nouvelle section, où prendront place les œuvres des XVIe et XVIIe siècles. En outre, dès décembre, la collection Contini Bonacossi, conservée depuis des années au palais Pitti, rejoindra un bâtiment annexe sur la via Lambertesca. L’entrée se fera par les galeries principales du musée, avec le même billet. Les visiteurs pourront admirer des chefs-d’œuvre de Cimabue, Duccio, Sassetta, Cima, Véronèse, Goya et Vélasquez, ainsi que des sculptures, des majoliques, des coffres et panneaux décorés créés du XVe au XVIIIe siècle. Avec les tentures murales, les planchers de bois et les fresques restaurées, il sera possible de reconstituer un décor d’époque pour accueillir ces merveilles.

“On verra bien, le moment venu”
D’autres opérations importantes sont prévues, comme l’agrandissement du Cabinet des dessins et estampes, l’ouverture de deux salles pour les tapisseries des Médicis, la création d’un département pour la recherche technologique en matière de conservation, la mise en place d’un nouveau dispositif de sécurité, d’éclairage et de climatisation, l’installation d’ascenseurs et d’autres facilités pour le public et le personnel du musée. La directrice des Offices, AnnaMaria Petrioli Tofani, s’emploie également à enrichir la collection d’arts graphiques et celle des autoportraits, commencée au XVIIe siècle par le cardinal Hippolyte de Médicis.

7 000 m2 supplémentaires seront également alloués aux bureaux, aux services et aux animations culturelles. La nouvelle zone située au rez-de-chaussée abritera, en plus d’une librairie digne de ce nom, un grand vestiaire, une zone réservée à l’accueil des groupes scolaires, une nouvelle salle de conférence pour les enfants et un centre informatique conçu sur le modèle du micro-musée de la National Gallery. L’idée est louable, mais sa réalisation dans les délais paraît problématique : à six mois de l’ouverture, AnnaMaria Petrioli Tofani avoue qu’aucun espace n’a encore été désigné pour accueillir la micro-galerie. Quant à Antonio Godoli, l’architecte chargé du projet, il ne sait toujours pas à quoi serviront les cinq grandes salles, ni même les nombreuses salles plus petites du rez-de-chaussée.

Malgré la confusion, le surintendant aux Biens culturels Lowlighetti, de l’autre côté de l’Arno, montre un bel enthousiasme : “Les Nouveaux Offices ne sont pas seulement un projet de rénovation. C’est plutôt une ouverture sur le XXIe siècle, soumise au jugement du monde entier et de la postérité. Je voudrais que l’intérieur du musée soit aussi surprenant que l’extérieur traité par Vasari. C’est certainement impossible. Cependant, nous devrions faire date avec la piazza Castellani et les deux escaliers monumentaux qui, je l’espère, seront des manifestes architecturaux à la pointe de la modernité, tout en restant fonctionnels.”

La gestion des gigantesques Nouveaux Offices risque d’être difficile. Le musée a déjà dû opérer des licenciements économiques. Pourtant, la directrice du musée est confiante, convaincue que Rome financera une partie du projet. Très optimiste, le surintendant Lowlighetti ajoute : “L’Italie adore les Offices. On pourra toujours trouver assez d’argent pour le musée, le moment venu”.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°64 du 8 juillet 1998, avec le titre suivant : Et vogue la Galerie

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