Mercredi 17 octobre 2018

Naples

Des fresques virtuelles à Donnaregina

Une nouvelle technologie : la \"restauration virtuelle\" de fresques

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1994 - 423 mots

Des fresques perdues remplacées par des images projetées dans une église napolitaine.

NAPLES - La technique de restau­ration tentée dans l’église Donnaregina Nuova, sous l’égide de l’architecte Ruggero Martines, chargé des restaurations consécutives aux tremblements de terre en Campanie, est novatrice à double titre. D’une part, elle crée des images qui se substituent aux fresques détruites par projection sur la surface vacante, que l’on "efface" en éteignant le projecteur.

D’autre part, plusieurs solutions proches de l’original, tantôt descriptives, tantôt élaborées à partir des rapports chromatiques, sont proposées aux visiteurs, sans que les restaurateurs effectuent un choix préalable. La réalisation en a été confiée au peintre Emilio Farina.

Ruggero Martines explique avec enthousiasme comment est née l’idée : "Naples, dit-il, est avec Palerme la seule ville italienne où les traces de la guerre restent visibles, parfois accentuées par les tremblements de terre. Elle affiche presque avec orgueil ses blessures. L’église de Donnaregina, restaurée en 1979, se prêtait particulièrement à ce type de travail, puisque  les fresques, les stucs et  les marbres demeurent, sauf pour les quatre pendentifs de la coupole : ils étaient autrefois décorés par les figures des Évangélistes qui introduisaient le spectateur au paradis de la coupole, dernière œuvre conservée d’Agostino Beltrano, qui la réalisa en 1655."

Les quatre Évangélistes de Beltrano, détachés pendant la guerre puis perdus, réapparaissent dans des esquisses très descriptives, basées sur les mêmes personnages peints par Beltrano dans l’église Santa Maria a Pizzofalcone, ou dans une version plus abstraite évocatrice de la palette chromatique que l’on retrouve dans les église baroques napolitaines de la même époque. Le traitement par ordinateur des images permet ensuite de leur faire épouser les surfaces courbes des pendentifs.

Les œuvres du passé revisitées
Malgré l’absolue réversibilité de l’opération, les puristes regretteront sans doute cette intervention apocryphe, qui reconstitue virtuellement une œuvre disparue. Ce dont Martines se défend en rappelant qu’il s’agit là d’une version à peine plus sophistiquée que la technique des fines hachures, utilisée par les restaurateurs en Italie pour masquer une lacune dans une peinture.

Il voit dans cette méthode un autre mérite, celui de permettre à un artiste contemporain de revisiter une œuvre du passé. L’expérience s’inscrit dans le projet plus vaste d’un musée diocésain, l’église étant d’ores et déjà aménagée en salle de concerts et de conférences. Le lieu semble avoir une vocation particulière aux innovations technologiques : dans les années trente, on avait déjà raccourci le chœur de six mètres, transportant sur des rails une fresque de 60 m2, Le Miracle des roses, peinte en 1684 par Solimena.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°7 du 1 octobre 1994, avec le titre suivant : Des fresques virtuelles à Donnaregina

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