De la bibliothèque au musée

La King’s Library sera restaurée à l’identique d’après les dessins de Smirke

Le Journal des Arts

Le 18 février 2000

Lorsque le British Museum a déménagé sa bibliothèque en 1998, la King’s Library, une salle de 100 mètres de long et à l’aménagement classé, est restée inoccupée. Restaurée dans le goût XIXe, elle accueillera des volumes prêtés par la Chambre des Communes et des œuvres oubliées jusqu’ici dans les réserves du musée.

LONDRES (de notre correspondant) - Le British Museum a décidé de maintenir une bibliothèque dans l’impressionnante King’s Library, dont les collections ont été installées à Euston Road en 1998. Les livres de George III seront remplacés grâce à un prêt à long terme de la Chambre des Communes : 19 000 volumes reliés cuir des XVIIIe et XIXe siècles – dictionnaires, pamphlets, journaux et ouvrages de biographie, topographie, histoire, archéologie, architecture, commerce –, autant de sujets que prisait un gentleman du XVIIIe. Les reliures permettront à la bibliothèque de conserver son aspect d’origine.
Autre décision importante, la King’s Library sera restaurée à l’identique, preuve que l’administration du musée en respecte désormais l’architecture et les décors. Lorsque le hall d’entrée a été rénové, dans les années quatre-vingt, elle avait opté pour des couleurs modernes neutres, au désespoir des spécialistes. Ce choix niait les documents historiques témoignant de la richesse des couleurs et des décorations du style 1840 proposé par Sidney Smirke, frère de l’architecte du musée, Robert Smirke. Le grand hall retrouvera donc sa magnificence polychrome, et la salle de lecture de 1857 sera repeinte en azur, crème et or. La restauration de l’intérieur de la bibliothèque, avec ses balcons en cuivre poli, ses sols en marqueterie de chêne et d’acajou et ses panneaux muraux en scagliola (faux marbre), coûtera huit millions de livres sterling, dont trois ont déjà été donnés par la Fondation Wolfson. Outre la rénovation et la consolidation du plancher, les couleurs seront restituées d’après les dessins réalisés par Smirke entre 1823 et 1826, et les détails en relief du plafond de style néo-grec seront redorés.

La King’s Library proposera désormais une exposition permanente sur la formation du premier musée public universel sous George III. Les tables-vitrines, au centre de la salle, dont la plupart faisaient partie de l’ameublement dessiné par Sydney Smirke, serviront à illustrer les découvertes et l’état des connaissances au XVIIIe siècle, autour de sept grands thèmes correspondant aux principales divisions architecturales de la salle : “L’histoire de la terre” (minéraux, fossiles, coquillages et coraux), “L’histoire de l’homme” (outils de l’âge de la pierre, armes, bronzes, vaisselle), “Le développement et le déclin des civilisations anciennes” (objets des collections étrusques, romaines et grecques, d’Amérique centrale, d’Orient et de l’ancienne Perse), “Les classification du savoir” (outils, instruments scientifiques, cartes), “Religions” (les différentes représentations des dieux), “Manuscrits anciens”, “Voyages de découverte”. Ils seront illustrés par des céramiques et des objets de toutes sortes sortis des réserves et placés, à côté des livres, dans les armoires vitrées d’origine, en chêne. La collection de sculptures antiques, rassemblée et restaurée au XVIIIe siècle, sera également exposée. Ainsi, le Faune Rondanini et le Vase Piranèse, malgré des restaurations qui semblent aujourd’hui lourdes et anachroniques, illustreront le goût, la conception de l’Antiquité et celle de la restauration au XVIIIe siècle et au début du XIXe. On y verra enfin un choix de bustes de personnages célèbres liés à l’histoire du musée : aux côtés de Sir Isaac Newton et de Sir Hans Sloane déjà présents, prendront place Richard Payne Knight et Joseph Banks.

Les volumes prêtés par la Chambre des Communes n’occuperont que le tiers des rayonnages existants, laissant une grande place aux objets. Cette utilisation d’un espace conçu au siècle dernier pour servir de bibliothèque provoque certaines réticences, et le projet n’est pas encore définitif. Mais quelle que soit la décision, le musée a bien l’intention de faire honneur à sa bibliothèque : sur les plans, la bibliothèque sera la Salle I.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°99 du 18 février 2000, avec le titre suivant : De la bibliothèque au musée

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