Mardi 18 décembre 2018

Musée

Dans l’intimité de Saint-Omer

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 3 décembre 2004 - 644 mots

Pour présenter sa riche collection de peinture et d’art décoratif, le Musée de l’hôtel Sandelin a entièrement repensé ses espaces et sa muséographie.

 SAINT-OMER - Installé dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle, le Musée de l’hôtel Sandelin, à Saint-Omer (Pas-de-Calais), a rouvert ses portes au public après six années de travaux de rénovation, pour plus de cinq millions d’euros. « Il ne s’agit pas d’une extension mais bien d’une restructuration du musée, précise le conservateur Yves Bourel. Il nous fallait donc repenser les lieux et trouver des places supplémentaires pour présenter les œuvres de manière harmonieuse, sans toucher à ce bâtiment d’esprit Louis XV, c’est-à-dire composé de petits espaces intimistes.  » Le sous-sol, qui jusque-là faisait office de réserves, a ainsi été transformé en espace d’exposition – de nouvelles réserves seront aménagées d’ici à 2005 non loin du musée dans un bâtiment spécialement prévu à cet effet. L’opération s’est accompagnée d’un important travail d’inventaire et de numérisation des œuvres, agencées aujourd’hui selon trois parcours : les collections historiques, les faïences et porcelaines, l’ensemble « beaux-arts ». Disposées sous les voûtes de l’hôtel, dans une ambiance mystique rappelant l’intérieur d’une crypte, les chapiteaux et divers éléments de l’ancienne abbaye Saint-Martin (dont ne subsistent aujourd’hui que quelques ruines au cœur de la ville) témoignent de la présence au Moyen Âge à Saint-Omer d’ateliers d’enlumineurs, peintres et sculpteurs. Les dagues, casques et armes à feu réunis dans d’imposantes vitrines remémorent, quant à eux, le passé militaire de la cité. « Il était important de mettre en avant l’histoire de Saint-Omer. La ville était très importante au XIIIe siècle ; elle comptait 35 000 habitants, contre 16 000 aujourd’hui ! », souligne le conservateur. La visite se poursuit au rez-de-chaussée où la lumière tamisée, le dallage en pierre de Marquise et le plan des cimaises, reprenant celui d’une nef, évoquent l’intérieur d’une église, créant l’atmosphère idéale pour abriter des objets d’art sacré. Parmi eux se trouvent des pièces exceptionnelles tels le Pied de croix de Saint-Bertin (vers 1180) et la Croix staurothèque de Clairmarais (1210-1220), chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie médiévale, ou encore ces petits ivoires gravés autour de l’an mil, dont certains iront rejoindre le Musée du Louvre pour l’exposition sur la France romane, prévue en 2005. On pourrait encore citer La Mort et l’épitaphe (1469-1470) réalisée par Della Robbia pour Fillastre (prélat important de la cour de Bourgogne), la très délicate Sainte Famille et un ange (1530-1550) attribuée au Maître aux Madones joufflues, ou encore La Dispute des philosophes (première moitié du XVIIe siècle), tableau dont l’attribution continue de diviser les spécialistes. Reconstituées en véritables salons d’apparat, l’ancienne salle à manger et ses deux pièces adjacentes – le salon doré et le salon de musique –, toutes trois ornées de magnifiques boiseries d’époque, accueillent des tableaux de Greuze, Nattier ou Bailly. Les trois petits cabinets suivants, dévolus respectivement à la Renaissance, à l’art flamand et à l’art hollandais, abritent des joyaux comme Le Dessert de fruits (1627) de Coosemans, artiste d’origine anversoise, ou la Nature morte à l’artichaut (vers 1580) d’Osias Beert, véritable virtuose en la matière, travaillant lui aussi à Anvers. Le premier étage est consacré à la collection de porcelaines et de faïences du XVIe au XIXe siècle. Riche de 4 000 pièces (dont environ 700 sont exposées), celle-ci sera présentée par roulement. Pour garantir le bon fonctionnement de l’institution, tout le personnel municipal a été concentré à l’hôtel Sandelin, laissant à l’abandon le Musée Dupuy. Ce dernier possède pourtant une impressionnante collection anthropologique, avec des séries d’oiseaux, d’œufs ou de coquillages qui se comptent par milliers... À quand un muséum d’histoire naturelle à Saint-Omer ?

Musée de l’hôtel Sandelin

14, rue Carnot, 62500 Saint-Omer, tél. 03 21 38 00 94, www.m3.dnsalias.com/sande lin, tlj sauf lundi, mardi et jours fériés, 10h-12h et 14h-18h, 20h le jeudi. Catalogue Chefs-d’œuvre du Musée de l’hôtel Sandelin, 240 p., 25 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°204 du 3 décembre 2004, avec le titre suivant : Dans l’intimité de Saint-Omer

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