Catherine Puget, Conservateur du Musée de Pont-Aven

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 17 janvier 2008

Une fois par mois, nous invitons
un conservateur à choisir dans la collection de son musée une œuvre qu’il souhaite mettre en avant et mieux faire connaître du public. Catherine Puget, conservateur du Musée de Pont-Aven, présente Les Porcelets (1889), de Paul Sérusier.

En 1888, Paul Sérusier découvre Pont-Aven, où il reçoit de Gauguin la leçon du Bois d’Amour, magistrale démonstration du synthétisme pictural, qui se matérialise par Le Talisman, petit panneau de bois peint sous la dictée du maître. Rapporté à Paris, Le Talisman deviendra le credo des Nabis.
Sérusier revient passer l’été 1889 en Bretagne, d’abord à Pont-Aven, puis au Pouldu, où il s’installe dans l’auberge de Marie Henry en compagnie de Gauguin, Filiger et  Haan. “Je travaille un peu et j’apprends beaucoup”, écrit-il à son ami Maurice Denis. C’est de cette période intense que date Les Porcelets, tableau qui met en scène un moment de la vie quotidienne rurale : la paysanne vient d’apporter la nourriture aux cochons et remonte l’escalier de sa maison. Cette toile est particulièrement attachante, car on y ressent l’enthousiasme du jeune peintre pour la nouvelle esthétique que lui fait découvrir Gauguin.

Le tableau est construit sur une oblique et divisé en deux zones de couleurs, l’une froide, l’autre chaude. L’économie de moyens est extrême dans cette œuvre dominée par deux tons, le bleu et le jaune. “Trois ou quatre teintes bien choisies, cela suffit et cela est expressif, les autres couleurs ne font qu’affaiblir l’effet”, écrit Sérusier au peintre Verkade. Il faut remarquer l’audace du cadrage qui coupe le haut du corps de la femme et aussi l’unique jambe de ce personnage, saisissant raccourci pour indiquer le mouvement.

Sérusier avait réalisé un premier tableau du même sujet, une version beaucoup plus classique, en largeur avec la paysanne de face, mais, insatisfait du résultat, il a peint cette deuxième version, beaucoup plus novatrice, avec une mise en page à la manière des estampes japonaises.
C’est la simplicité qui séduit dans cette peinture, démonstration de l’esprit de Pont-Aven qui concentre l’expression et réduit formes et couleurs à l’essentiel.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°155 du 27 septembre 2002, avec le titre suivant : Catherine Puget, Conservateur du Musée de Pont-Aven

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