Archéologie

« Ave Durocortorum »

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 3 mars 2009

L’Inrap dévoile les trésors antiques exhumés dans la ville de Reims.

REIMS - Les fouilles menées à Reims ces vingt dernières années ont révélé le passé prospère de la ville, l’une des cités majeures de l’Empire romain. La nouvelle campagne menée depuis un an et demi par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sur le tracé du futur tramway au cœur de la ville historique apporte de nouveaux éléments sur l’urbanisme de l’antique Reims, Durocortorum, et sur les périodes paléochrétiennes et médiévales. La trentaine d’archéologues envoyés sur le terrain a creusé jusqu’à 50 mètres sous terre pour dénicher des vestiges dans un très bon état de conservation. À commencer par ce service de vaisselle en bronze, soigneusement rangé dans une cave antique, ensemble dont on possède peu d’équivalent aussi complet à ce jour. Ces plats à décor perlé ou gravé, coupe et coupelle, cuillers d’argents et de bronze, produits en Gaule entre le IIe et IIIe siècles ont été retrouvés enveloppés dans des tissus eux aussi fort bien conservés. Place Myron Herrick (non loin de la cathédrale), les chercheurs ont exhumé les fondations d’un arc monumental, la « Porte de Soissons », qui marquait le passage du decumanus, la voie est-ouest de la ville gallo-romaine. Sous l’arc, un égout voûté (IIe-IIIe siècle) de près de 3 mètres de haut a été dégagé. Place Saint-Thomas, ont été retrouvées les traces d’un amphithéâtre gallo-romain. Les fouilles menées parallèlement à l’occasion de travaux d’aménagement de la ZAC Vieux Port (le long du canal) confirment l’existence d’un important centre artisanal, avec la mise à jour d’entrepôts, ateliers de production de tissus, puits, fosses de stockage ou de décantation pour l’argile à poterie, fours pour produire des objets en fer.
Ironie du sort, ces découvertes rémoises ont lieu alors que l’Inrap se mobilise depuis des mois pour s’opposer à la décision du ministère de la Culture de délocaliser le siège de l’institut à… Reims (lire le JdA n°288, 3 octobre 2008, p. 40). Deux lettres de la communauté scientifique, rendues publiques le 6 février, rappelaient les dangers et aberration d’une telle mesure. Dans la première, les professeurs au Collège de France Yves Coppens, Christian Goudineau, Jean Guilaine et John Scheid y dénonçaient un « mauvais coup » qui « étranglerait l’archéologie préventive ». Dans la deuxième missive, intitulée « Qui a peur de l’archéologie ? », Jean-Paul Demoule, professeur des universités et ancien président de l’Inrap, Maurice Godelier, directeur d’études à l’EHESS et ancien directeur des sciences de l’Homme et de la Société au CNRS, et Alain Schnapp, professeur des universités et ancien directeur de l’Institut national d’histoire de l’art, estiment que la Rue de Valois menace « l’équilibre et le développement de l’archéologie en France » à l’heure où « le passé est pourtant un élément central d’une culture citoyenne » face à la crise et la mondialisation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°298 du 6 mars 2009, avec le titre suivant : « Ave Durocortorum »

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