Dimanche 18 novembre 2018

Aux origines de Lutèce

Le “Pilier des nautes”? entièrement restauré retourne à Cluny

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 4 avril 2003 - 599 mots

Monument votif de Lutèce dédié à Jupiter sous le règne de Tibère (14-37 après J.-C.), le Pilier des nautes revient au Musée national du Moyen Âge, à Paris, après quatre ans d’absence. Entièrement restauré par le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), à Versailles, il est un document essentiel pour notre connaissance des cultes en Gaule romaine.

PARIS - Érigé dans la Lutèce antique, le plus ancien monument parisien daté, le Pilier des nautes, retrouve enfin le frigidarium, salle froide des thermes de Cluny, d’où il était absent depuis quatre ans. D’un coût total de 121 960 euros, sa restauration, entièrement financée par la Compagnie des bateaux-mouches, a été réalisée par le Centre de recherche et de restauration des musées de France à Versailles (C2RMF). Cette œuvre singulière fut découverte en 1711 sous la cathédrale Notre-Dame de Paris, lors des travaux d’aménagement des sépultures des archevêques. Daté par son inscription du règne de Tibère (14-37 après J.-C.), le pilier était dédié au dieu Jupiter par la corporation des nautes. Ces derniers organisaient le commerce par voie fluviale de l’actuel Bassin parisien. Des quatre blocs carrés (constitués chacun de deux pierres superposées) qui composaient le pilier, seuls cinq éléments sont parvenus jusqu’à nous. De formes rectangulaires, réalisés en calcaire lutétien, ils sont ornés de bas-reliefs sur les quatre faces. Leur iconographie associe des dieux romains (Jupiter, Castor et Pollux, Vulcain) et celtiques (Esus, Cernunnos, Smertrios) ; des épigraphes en gaulois ou en latin au-dessus de chacune de ces représentations ont permis de les identifier. Entré dans les collections du Musée national du Moyen Âge en 1844, le Pilier des nautes était recouvert d’une épaisse croûte noirâtre qui rendait sa lecture difficile et risquait de nuire à sa conservation. Menée de 1997 à 1999 sur le bloc appelé “la pierre aux huit divinités”, une étude préalable a permis de déterminer la meilleure méthode de nettoyage possible. Après des tentatives peu concluantes à base de solutions aqueuses ou de nettoyage mécanique, la technique du laser (après dépoussiérage par microsablage) s’est révélée être la meilleure solution. L’épiderme de la pierre a ensuite été consolidé. La dernière étape a consisté à éliminer le joint qui unissait grossièrement les deux pierres formant le bloc de Jupiter, installé en 1953. Achevée en janvier 2003, l’opération a pu rendre à nouveau visibles de nombreux détails, comme les empreintes d’outils des sculpteurs, des marques de rouille ou encore des traces d’intempéries. Pour une meilleure compréhension de l’œuvre, elle sera exposée aux côtés de panneaux explicatifs et d’une maquette prêtée par le Musée Carnavalet, évocation du pilier à son origine. Pour leur part, les chercheurs vont pouvoir apporter de nouveaux éléments sur cette construction unique, témoin privilégié de la puissante corporation des nautes, dont le programme politique et religieux demeure énigmatique. D’un point de vue esthétique, si le nettoyage n’a pas apporté de nouveaux éléments sur la polychromie, il confirme l’hypothèse selon laquelle les bas-reliefs seraient l’ouvrage de différents sculpteurs. Pour l’architecte-archéologue Jean-Pierre Adam (CNRS), le pilier devait mesurer cinq à six mètres de haut et aurait été surmonté d’une statue de Jupiter. Cela dit, nombre de questions restent en suspens : à quel endroit de Paris cet imposant monument a-t-il été érigé ? Quelles furent ses dimensions exactes ? Que signifie cette double présence des panthéons romains et celtiques ? Une chose est sûre, le Pilier des nautes est loin d’avoir livré tous ses mystères.

Musée national du Moyen Âge, Thermes et hôtel de Cluny, 6 place Paul-Painlevé, 75005 Paris, tél. 01 53 73 78 15, tous les jours sauf mardi, 9h15-17h45, www.musee-moyenage.fr.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°168 du 4 avril 2003, avec le titre suivant : Aux origines de Lutèce

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