Vendredi 23 février 2018

À 95 ans, Esteban Vicente est consacré en Espagne

Un musée accueille ses œuvres à Ségovie

Le Journal des Arts

Le 4 décembre 2008

Esteban Vicente, l’artiste espagnol naturalisé américain, est l’objet de toutes les attentions dans son pays d’origine. Ségovie, sa ville natale, vient de lui consacrer un musée à la suite de sa donation de 142 œuvres : huiles, collages, aquarelles, dessins et sculptures, qui retracent toute sa carrière. Une rétrospective au Centre Reina SofÁ­a, à Madrid, et plusieurs livres monographiques accompagnent et complètent cette ouverture.

SÉGOVIE (de notre correspondante) - Installé aux États-Unis dans les années trente et naturalisé américain depuis 1940, Esteban Vicente se voit consacrer, à 95 ans, un musée par sa ville natale. Celui-ci a ouvert ses portes fin avril, alors que l’artiste s’était rendu à Ségovie pour y recevoir le prix de las Artes de Castilla y León, attribué par la Junta de Castilla y León.

Le Musée d’art contemporain Esteban Vicente est né d’une généreuse donation du peintre : 45 peintures, 25 collages, 51 dessins, 4 aquarelles, un tapis et 16 sculptures de petite taille qui retracent avec une absolue fidélité l’évolution de sa longue carrière artistique. Ces œuvres ont trouvé place dans l’ancien palais d’Enrique IV, en plein centre ville.

Le muséographe Juan Ariño a été chargé de la conception architecturale du musée. Le bâtiment de trois étages abrite six salles d’exposition et une vaste zone réservée à la bibliothèque, à une boutique et à l’administration. L’intervention n’était pas chose facile, étant donné l’état de décrépitude de l’édifice et la nécessité de respecter l’esthétique extérieure du palais et de ses environs, tout en créant un lieu d’exposition qui convienne à l’œuvre d’un peintre tel qu’Esteban Vicente. Les murs blancs, les portes vitrées et les plafonds d’origine, aux poutres de bois noir, confèrent une élégance austère à cet espace moderne et lumineux.

Un musée sur mesure
La directrice du musée, Ana María Martínez de Aguilar, qui dirigeait auparavant l’Association des amis du Musée du Prado et de l’Institut Cervantès, est une admiratrice enthousiaste : “Esteban Vicente est pratiquement le seul exemple espagnol de peintre appartenant à l’École de New York. Il a assimilé le langage de l’Expressionnisme abstrait américain, mais avec sa propre personnalité, enracinée dans des valeurs qui le rendent radicalement différent et personnel.” Elle entend également donner un caractère bien déterminé à ce nouveau lieu qui, conformément aux termes de la donation, exposera l’ensemble du legs de l’artiste pendant les six premiers mois. “Ensuite, nous ferons tourner les œuvres et consacrerons la moitié des salles à des expositions temporaires. Notre ligne d’action est très précise : elle est dictée par la vie et le parcours esthétique d’Esteban Vicente. Nous allons nous pencher sur les relations de l’art espagnol avec l’art européen et américain. Nous étudierons aussi les liens entre poésie et peinture, ce qui a été déterminant dans les recherches de cet artiste, en particulier avec la Génération de 27.” Des conférences, diverses activités éducatives et une série de publications viendront compléter les présentations permanentes et temporaires.

En contrepoint, le Centre d’Art Reina Sofía à Madrid expose 50 toiles, 28 dessins et 38 collages d’Esteban Vicente, réalisés à partir des années cinquante. C’est à cette période que le peintre, déjà âgé de 47 ans, trouve le style qui caractérisera son œuvre pour le reste de sa vie. Un critique l’avait alors qualifié “d’impressionnisme abstrait”, pour marquer sa différence avec la gestuelle exaltée, la violence chromatique et l’emphase autobiographique des expressionnistes américains les plus représentatifs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°63 du 19 juin 1998, avec le titre suivant : À 95 ans, Esteban Vicente est consacré en Espagne

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