Mercredi 19 décembre 2018

Société

Éditorial

Sale temps sur l’hexagone

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 3 décembre 2018 - 378 mots

PARIS

Air du temps. La séquence médiatico-politique actuelle est-elle une étape passagère ou un tournant ?

Delacroix Liberté guidant le peuple
Eugène Delacroix (1798 - 1863), La Liberté guidant le peuple, 1830, huile sur toile, 260x325 cm, Musée du Louvre

Ce sont d’abord les casseurs qui, en marge du mouvement des « gilets jaunes » ont à nouveau envoyé à l’étranger une image désastreuse de Paris, alors que les touristes commençaient à revenir après les attentats ; sans compter l’impact des blocages de la circulation sur la fréquentation des lieux culturels.

C’est dans ce contexte de grogne sociale que le président Macron a décidé de restituer « sans tarder » 26 œuvres du Musée du quai Branly au gouvernement du Bénin. Cette annonce brutale est pour le moins surprenante. Le président l’a faite le jour même de la remise du rapport Sarr-Savoye, dont on espérait qu’il allait être le point de départ d’un vaste débat national sur les restitutions d’objets d’art aux pays africains et conséquemment sur la remise en cause du totem de l’inaliénabilité des collections publiques. Un débat qui s’avère d’autant plus nécessaire que les rapporteurs ont fait preuve d’une certaine partialité : « un rapport qui n’aime pas beaucoup les musées », a relevé Stéphane Martin, le président du Quai Branly, dont on imagine qu’on lui a tordu le bras pour accepter cette restitution.

Quelques jours auparavant, la secrétaire d’Etat à la Culture d’Italie, Lucia Borgonzoni, membre de la Ligue, déclarait au Corriere della Sera qu’elle allait renégocier le prêt des tableaux de Léonard de Vinci pour la grande exposition au Louvre à l’occasion du 500e anniversaire de son décès. « Léonard est Italien, il est seulement mort en France », a-t-elle expliqué. Un fait exact, mais est-ce un argument ? En tout cas cette déclaration témoigne d’un rapport de force dans le concert des nations qui se dégrade pour la France, et l’on peut craindre que la restitution au Bénin va donner du grain à moudre aux populistes en Italie. Si les restitutions devaient se multiplier, elles aboutiraient à recréer des frontières culturelles.

Et pour arranger le tout, lors des dernières ventes de New York, la peinture insipide de David Hockney (un jugement tout personnel) a trouvé un enchérisseur à 90 millions de dollars, propulsant le peintre britannique en tête des artistes vivants, loin devant « notre » Soulages et sa peinture réellement novatrice, qui établit un record pour un artiste français, mais à seulement 11 millions de dollars.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°512 du 30 novembre 2018, avec le titre suivant : Sale temps sur l’hexagone

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