Bertrand Lamarche - L’art de la boucle

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 13 avril 2011 - 555 mots

La maquette d’une ville contemporaine tout entière traversée par un étrange brouillard. Le bras d’une platine raccordée au tambour d’une enceinte par un cordon qui ne cesse d’osciller.

Une couronne tubulaire en alu qui tourne sur elle-même. Les images vidéographiques d’ombelles qui déterminent un univers envahissant. Celles, inquiétantes et pixelisées, de vortex imprévisibles.

Le monde troublant de Bertrand Lamarche et troublé par lui n’est pas à l’image de son auteur. L’homme est plutôt posé. Il est calme. Il cherche ses mots, parle doucement, tout en se roulant une cigarette. Si son atelier est encombré, il n’est pas fouillis et, à première vue, il apparaît plus pour celui d’un chercheur que d’un plasticien. Ne serait-ce ces deux magnifiques lustres, posés au sol, tous feux brillants, qui semblent avoir chu du plafond et qu’il avait réalisés lors de la dernière Nuit blanche pour une installation dans les salons de la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent.

Son et lumière
Bertrand Lamarche aime la musique et ne cache pas la fascination qu’a exercée sur lui la chanteuse Kate Bush alors qu’il n’avait que douze ans. C’est à elle qu’il doit son intérêt pour la réalisation de pièces sonores. Intitulée Looping, celle qu’il présente en ce moment même à la galerie Poggi & Bertoux est un véritable hommage. Elle fait référence à l’idée de sample et s’appuie sur une boucle sonore, extraite d’un 45 tours de l’idole, qui correspond à une rotation de 360°. Comme il a placé un cylindre miroir anamorphique au centre de la platine, le bras déraille à chaque tour en parfaite synchronisation avec le son, le mouvement et l’image filmée du dispositif qui est projetée sur le mur. Lamarche adore opérer toutes sortes de transformations, voire de dérèglements en mettant au point ce genre de machine affectée.

La lumière est avec le son l’un des deux matériaux de prédilection de Bertrand Lamarche. S’il en use de toutes les façons, il privilégie volontiers le mode de la projection car il lui permet de créer un espace propre. Le recours à la fumée qu’il diffuse dans la lumière l’assure de pouvoir conférer au faisceau lumineux une épaisseur, une densité, une sorte de corps physique. L’idée du phare le fascine parce que « s’il est fait pour être vu, on ne peut pas empêcher qu’un phare voit ». Tout l’art de Bertrand Lamarche repose sur ce genre de propositions, aussi simples et évidentes soient-elles ; encore faut-il y penser et s’en nourrir pour inventer, au premier sens du mot, des dispositifs qui n’en soient pas l’illustration, mais qui s’articulent sur ce qui les fonde.

Sur le bureau, au milieu d’une pile de livres, on aperçoit la tranche d’une monographie de Robert Smithson. Afin d’éviter tout malentendu, Lamarche s’empresse de préciser que ce n’est pas l’artiste du Land Art qui l’intéresse, mais celui de l’entropie. Il aime la façon dont l’Américain envisage l’espace. Bertrand Lamarche affectionne tout ce qui relève d’un décalage et décline tout en termes d’énergie, de tension et de déploiement. n Philippe Piguet

Biographie

1966 Naissance (Paris).

1990 Diplôme de l’École nationale supérieure d’art de la Villa Arson (Nice).

1998-2001 Séjour à New York.

2005 Résidence à la Villa Arson.

2005-2008 Enseigne à l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse.

2009 Bouillons cosmiques 3 (projections/performance) au Centre Pompidou.

2011 Enseigne à l’École nationale d’architecture Paris-Malaquais à Paris depuis 2008.

« Looping, Bertrand Lamarche », galerie Poggi & Bertoux associés, 115-117, rue La Fayette, Paris Xe, jusqu’au 28 mai 2011, www.galerie-poggi-bertoux.com
L’artiste est également représenté par la galerie September à Berlin.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°635 du 1 mai 2011, avec le titre suivant : Bertrand Lamarche - L’art de la boucle

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