Mario Sironi : L’art me semblait une chose si grande...

L'ŒIL

Le 1 juin 1999 - 363 mots

La redécouverte de l’Italien Mario Sironi est à présent possible, ses écrits étant traduits et édités par l’École nationale supérieure des Beaux-Arts. Ainsi, on peut plus adroitement apprécier sa pensée esthétique qui fut trop souvent assimilée à la pensée fasciste.

La traduction des écrits de Mario Sironi arrive en France sur un terrain miné. Malgré la place honorable que lui accordait Jean Clair dans l’exposition « Les Réalismes » en 1980, l’artiste demeure estampillé par son rôle de collaborateur en chef du journal officiel du parti fasciste sous Mussolini, Il Popolo d’Italia. Le titre singulier de la présente édition, comme celui de la préface d’Alain Bonfand, Les paradoxes de Mario Sironi, cherchent à rééquilibrer la balance du discrédit politique. L’œuvre autant que le discours de Sironi n’auraient épousé l’idéologie totalitaire que pour s’y inscrire en porte-à-faux : « Quand bien même le projet politique l’emporte, la structure de l’œuvre reste formellement, fondamentalement et paradoxalement mélancolique ». Il est vrai que le refus, de la part du régime mussolinien, de délimiter concrètement un style officiel, ou même d’exercer une réelle censure en matière de création, permit en Italie le développement continu de l’art moderne entre les deux guerres. Dans ce contexte, la mort du tableau de chevalet proclamée par Sironi au nom de la peinture murale, art social par excellence, sa prise de position « contre tous les retours en peinture », son interprétation très innovante du formalisme de l’avant-garde, méritent véritablement un nouveau regard. Le topos de la mélancolie, déjà proposé par Jean Clair, n’apporte qu’une interprétation critique très circonscrite, elle-même aux prises avec une certaine nostalgie. Il resterait à éclairer la cohérence du relais entre le futurisme, dont Sironi rejoint les rangs en 1915, et le groupe du Novecento qu’il fonda dans les années 20. Dommage que la présente édition reste tributaire du cloisonnement, voire de l’incompatibilité généralement admise entre ces deux phases de l’histoire de l’art moderne italien.

Mario Sironi : L’art me semblait une chose si grande... - Correspondance - manifestes - articles, traduit de l’italien par Giovanna Minelli, Marie-Anne Sichère et Rémi Simon, préface d’Alain Bonfand, École nationale supérieure des Beaux-Arts, 1998, 331 p., 160 F, ISBN : 2-84056-062-3.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°507 du 1 juin 1999, avec le titre suivant : Mario Sironi : L’art me semblait une chose si grande...

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