Ventes publiques

Tour du monde de la profession

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 23 avril 2014 - 1401 mots

De l’« auctioneer » au « Versteigerer », l’accès à la profession va de la simple formalité à une prestation.

États-Unis - Devenir auctioneer est une simple formalité
La profession de commissaire-priseur, telle qu’elle existe en France n’a pas traversé l’Atlantique. Les auctioneers sont des salariés comme les autres des maisons de ventes. Parmi les employés qui trouvent de la marchandise auprès des collectionneurs et l’expertisent, certains apprennent à tenir le marteau et conduire les enchères, mais pas tous. On compte plusieurs milliers d’auctioneers. Les auctioneers des ventes judiciaires ne constituent pas un groupe à part ; n’importe quelle maison de ventes peut répondre à un appel d’offres pour se charger des ventes des biens saisis. Depuis 2011, la maison de ventes texane Gaston & Sheehan s’occupe des ventes de toutes les œuvres d’art, bijoux, antiquités et articles de collection saisis par le gouvernement fédéral. Selon Carolyn Gwathmey, une porte-parole du gouvernement, plusieurs conditions sont nécessaires pour obtenir un tel contrat, parmi lesquelles : être capable d’emballer et de transporter les biens avant la vente, avoir un entrepôt qui serve uniquement à stocker les biens saisis et accompagner la vente aux enchères d’une vente en ligne.
Les auctioneers forment un groupe hétéroclite : aucune formation spécifique n’est requise et les conditions d’exercice varient selon l’État où ils travaillent. Très souvent, une simple formalité administrative suffit pour exercer. Par exemple, dans l’État de New York, une photographie, un relevé d’empreintes digitales, un casier judiciaire vierge, un certificat d’assurance et une caution (fournis par la maison de ventes) sont suffisants. Mais le Texas, plus rigoureux, impose aussi un examen. Ce sont les maisons de ventes aux enchères qui forment leurs propres employés au sein de l’entreprise. Très souvent ces employés ont une licence ou une maîtrise d’histoire de l’art, mais aucun cursus spécifique n’est exigé. Chaque maison a ses propres méthodes, mais l’apprentissage comprend toujours une vente aux enchères « blanche ». Chez Christie’s, la formation est permanente et selon son responsable, Andrew McVinish, la maison engage même un acteur professionnel pour améliorer la technique des auctioneers expérimentés. En l’absence d’association professionnelle, il est difficile de dresser le portrait type d’un auctioneer, mais d’une manière générale elle compte plus d’hommes que de femmes.

Kate Deimling (correspondante à New York)

 


Brésil - Une licence régionale
Dans un pays représentant 1 % des transactions mondiales du marché de l’art, les ventes aux enchères constituent une part minime des échanges. À l’image du reste du secteur, les maisons de ventes se concentrent sur l’axe Rio de Janeiro-São Paulo. Toutes disciplines confondues (voitures, meubles, œuvres d’art), on estime à environ 450 le nombre de commissaires-priseurs autorisés dans l’État de São Paulo, dont 150 sont régulièrement actifs. Parmi eux, seule une dizaine (les « mixtes ») vend régulièrement de l’art. À peine deux maisons sont strictement spécialisées en œuvres d’art. Les chiffres sont comparables (à peine inférieurs) dans l’État de Rio. Il s’agit d’hommes, autour de cinquante ans, ayant souvent travaillé en galerie d’art. Pour devenir commissaire-priseur au Brésil, il faut candidater auprès de l’État qui concède une licence de ventes, uniquement sur sa juridiction. Un commissaire-priseur de São Paulo n’a pas le droit d’officier à Rio. Il y a deux types de professionnels au Brésil : l’indépendant, contracté au cas par cas par une maison de ventes pour un événement. C’est un généraliste, de formation souvent universitaire, mais sans diplôme juridique spécifique prérequis. L’institutionnel, lui, est contractuellement lié à sa maison de ventes, de manière exclusive. C’est notamment le cas d’Aloisio Cravo, un des deux principaux commissaires-priseurs du pays, spécialiste de peinture brésilienne, qui a répondu à nos questions. La profession, libérale, n’est pas organisée en syndicats ou associations à l’inverse des galeries brésiliennes. Christie’s et Sotheby’s, qui ont des bureaux de représentation à Rio et São Paulo, n’ont jamais jugé rentable d’ouvrir une salle des ventes sur place.

 

 

David Robert (correspondant à Rio de Janeiro)

 


Singapour - Les « marteaux » viennent de l’étranger
Depuis que les grandes maisons comme Christie’s et Sotheby’s ont déplacé leurs ventes aux enchères d’art contemporain du Sud-Est asiatique à Hongkong respectivement en 2005 et 2007, Singapour ne peut compter que sur une poignée de maison de ventes asiatiques comme Borobudur Auction, Larasati ou encore 33 Auction. « Formellement il y a quelques ventes, mais en volume et en valeur cela n’a rien de significatif », explique Tony Reynard, président du FreePort de Singapour. Un climat donc peu favorable au développement de la profession de commissaires-priseurs. Il n’existe d’ailleurs aucun statut réservé aux auctioneers sauf pour ceux traitant des biens immobiliers. Pas de statut et pas de formation non plus. « Il n’y a pas assez de commissaires qualifiés ici », déplore David Fu, le président de 33 Auction spécialisée dans l’art chinois et du Sud-Est asiatique modernes et contemporains. Résultat : le marteau est confié à des commissaires-priseurs indépendants venant de Hongkong, d’Europe ou d’Australie. Même situation en Malaisie. « Pour les ventes, nous invitons des commissaires-priseurs principalement de Hollande », explique Chris Tay de Henry Butcher Art Auctioneers, la première maison de ventes aux enchères dédiée à l’art malaisien. « Il n’y a pas d’expertise ici », affirme-t-il sans ambages.

 

 

 

Marion Zipfel (correspondante à Singapour)

 


Russie - Des vedettes du show-biz
La profession de commissaire-priseur est une minuscule niche occupée par dix à vingt individus. C’est très peu pour un pays de 146 millions d’habitants avec une riche tradition artistique. Les commissaires-priseurs n’ont aucun statut particulier en Russie. Aucune loi ne réglemente cette activité et aucune formation n’existe. « C’est un marché qui s’autorégule », explique Yuri Tyukhtine, lui-même commissaire-priseur et galeriste (lire aussi p. 27). « Je pense qu’une guilde devrait apparaître bientôt. Nous nous connaissons tous les uns les autres et nous échangeons les informations sur le marché et les clients. Je ne pense pas qu’une législation sur cette profession apparaisse dans le futur proche. Le marché est trop étroit et le gouvernement a d’autres chats à fouetter », poursuit Tyukhtine. La moitié des commissaires-priseurs sont en fait des vedettes du show-biz qui exercent cette activité dans le cadre d’actions de bienfaisance. Les commissaires-priseurs russes sont presque tous des hommes entre 40 et 60 ans. La seule femme qui s’est distinguée dans cette profession est l’actrice de cinéma et de théâtre Ingeborga Dapkunaïte. La star du petit écran Ivan Urgant est, elle, très demandée par les organisateurs de ventes, grâce à son exceptionnel bagout. « Il est difficile d’imaginer que des commissaires-priseurs étrangers puissent travailler en Russie. Une maîtrise parfaite du russe est indispensable, car 50 % des participants aux ventes sont des personnes qui n’ont jamais assisté à des enchères à l’étranger », estime Tyukhtine.

 

 

 

Emmanuel Grynszpan (correspondant à Moscou)

 


Allemagne - Volontaire, judiciaire : deux statuts
Devenir Versteigerer (commissaire-priseur) en Allemagne ? Rien de plus simple : il suffit de demander une autorisation administrative pour exercer la profession. Pour l’obtenir, il faut justifier d’un apprentissage ou d’une formation dans n’importe quel domaine, ne pas avoir commis de délit ni avoir été en faillite, même à titre personnel. Ces modalités s’appliquent à tous les Länder, mais l’interprétation qui en est faite, notamment sur le niveau de qualification, varie dans chacun d’entre eux. Une fois l’autorisation obtenue, elle est cependant valable sur l’ensemble du territoire allemand. Selon l’Association des commissaires-priseurs allemands, l’Allemagne en compte 1 300. S’il est facile de devenir commissaire-priseur, l’exercice de la profession est par la suite très réglementé. Une loi de 2013 renforce par ailleurs la responsabilité juridique de ceux-ci en cas de vente frauduleuse. Cette simple autorisation ne concerne que les ventes volontaires. Afin de réaliser des ventes judiciaires, les commissaires-priseurs doivent être assermentés après avoir exercé la profession pendant au moins cinq ans et réussi un examen. Selon des estimations, environ 150 commissaires-priseurs sont spécialisés dans le secteur de l’art, compris dans un sens large puisqu’il inclut par exemple les livres illustrés et l’artisanat. Dans ce cas, il faut justifier d’une formation ou d’une expérience professionnelle dans ce secteur. L’Association fédérale des commissaires-priseurs allemands dans l’art ne comporte que 37 membres, triés sur le volet en raison de leur haut niveau de compétence. L’association a tenté en vain d’imposer un examen unifié pour l’ensemble de la fédération allemande. Elle s’est heurtée au fédéralisme, chaque Land étant jaloux de ses prérogatives.

 

 

 

Isabelle Spicer(correspondante à Berlin)

 

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°412 du 25 avril 2014, avec le titre suivant : Tour du monde de la profession

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