Tour de main et presse à bras

Le Journal des Arts

Le 1 avril 1996

Fonder son propre atelier, telle est l’ambition d’Emmanuelle Doërr lorsqu’elle sort de l’École des beaux-arts. Elle travaille sur ces presses à bras du XIXe siècle, retrouvées en province, que l’on appelle \" bêtes à cornes \", et qui donnent leur nom à son atelier ouvert en 1985, à un moment où l’estampe cherche un nouveau public.

PARIS - Sculpteur, peintre et lithographe de formation, à une époque où cette profession a presque complètement disparu, elle est capable de réaliser toutes les opérations du peintre et du lithographe : préparer la pierre, la grainer de sable, manier les outils, dessiner directement sur la pierre.

Pour cette jeune artiste, il est primordial de travailler elle-même la pierre lithographique et de ne pas déléguer la création à un artisan. "C’est très sensuel, ces machines : tu dessines sur la pierre, tu enlèves tout, puis l’œuvre ressort, c’est magique". Le caractère original de la planche imprimante fonde le statut artistique de la gravure. Les éditions sont limitées de 10 à 15 exemplaires et authentifiées par la signature au crayon au bas de l’estampe. Le tirage sur ces presses à bras est rare et, en raison de sa lenteur, coûte six fois plus cher que celui sur les machines plates. Mais pour Emmanuelle Doërr, "le tirage a toutes les caractéristiques du travail manuel car il conserve le contact entre la matrice et le support (la feuille), critère retenu pour déterminer l’originalité".

Pour rentabiliser ce matériel, et avec l’ambition de partager un patrimoine et transmettre un savoir-faire, "La Bête à Cornes" accueille artisans et artistes français et étrangers. En France, le Saga est la seule vitrine dont disposent ces artistes, puisqu’ils ne peuvent participer à la Fiac, où ne sont pas exposés les multiples. "La Bête à Cornes" aura un stand au Salon et présentera une série de 16 lithographies de Jean-François Péneau, des œuvres de Daphné Gamble (de Philadelphie) et Noriko Fuse, venue de Tokyo. L’atelier expose dans les foires internationales – Estampa à Madrid, depuis 1993, les foires de Düsseldorf et Stockholm – et dans les galeries.

"La Bête à Cornes" s’est jointe à l’association "Les Ateliers - Estampes originales contemporaines", regroupant treize ateliers français, des entreprises artisanales qui ont maintenu l’ensemble des techniques de l’estampe originale – lithographie, gravure en taille douce, bois gravé, pochoir, typographie, sérigraphie – afin de mettre à la disposition des artistes contemporains un savoir-faire traditionnel.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°24 du 1 avril 1996, avec le titre suivant : Tour de main et presse à bras

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