Dimanche 22 juillet 2018

Foire

« SP-Arte a contribué à augmenter le nombre de collectionneurs au Brésil »

Par Stéphane Renault · lejournaldesarts.fr

Le 13 avril 2018 - 778 mots

SÃO PAULO / BRESIL

Fernanda Feitosa, directrice de la foire explique le rôle de SP-Arte dans le développement du marché de l’art au Brésil.

Fernanda Feitosa, directrice de la foire SP-Arte
Fernanda Feitosa, directrice de la foire SP-Arte
Photo Jéssica Mangaba

La 14e édition de SP-Arte, principale foire d’art contemporain du Brésil, accueille jusqu’au 15 avril dans les murs du Pavilhao Ciccillo Matarazzo, dessiné par Oscar Niemeyer dans le parc Ibirapuera à Sao Paulo, plus de 160 galeries dont 97 enseignes brésiliennes. 

Comment a évolué le marché de l’art au Brésil depuis le lancement de la foire en 2005 ?
Fernanda Feitosa : Le marché de l’art au Brésil est jeune, il remonte aux années 1950-1960 avec l’ouverture de musées, la création des premières galeries. Son évolution récente a été importante avec des effets visibles. Nous avons commencé avec 40 galeries brésiliennes pour arriver à près d’une centaine aujourd’hui. La foire a aidé à structurer ce marché et professionnaliser les galeries qui y participent, qu’elles soient de Sao Paulo, Rio de Janeiro ou d’autres états, le Minas Gerais, Bahia, Pernambuco, Brasilia… Nous avons créé un pont entre le premier et le second marché avec une représentation importante de l’art moderne, comme c’est le cas dans de plus en plus de foires d’art contemporain. Cette démarche a été à l’origine de l’association des galeries brésiliennes, regroupées aujourd’hui dans une même entité. La foire a également contribué à accroître le nombre de collectionneurs et amateurs d’art. De nombreux magazines ont depuis intégré l’art dans leurs pages, d’autres ont été lancés durant cette période. 

Où en est l’ouverture à l’international ?
F. F : Le fait d’avoir inclus le Brésil dans un marché global en intégrant des galeries étrangères et en donnant en retour à l’étranger une plus grande visibilité aux galeries brésiliennes a été fondamental dans le développement du marché. De plus en plus de galeries internationales représentent des artistes brésiliens et les enseignes brésiliennes des artistes internationaux. Cela a formé le regard des collectionneurs brésiliens, qui auparavant n’étaient confrontés qu’aux artistes locaux. De plus en plus de collections intègrent désormais des artistes d’autres pays de l’Amérique latine, d’Europe ou d’ailleurs. Les Brésiliens n’achetaient que des artistes brésiliens, la foire a contribué à créer des dialogues, non seulement entre différentes nationalités mais aussi entre générations. 

Cette année est aussi celle de la Biennale à Sao Paulo. En permettant de découvrir d’autres formes de création, la manifestation a-t-elle contribué à développer le goût et au final le marché ?
F. F : La Biennale existe depuis 32 éditions, soit plus soixante ans, et a bien sûr eu un impact sur le regard et l’évolution des goûts en montrant des artistes internationaux. Tous les deux ans, les gens peuvent découvrir la création émergent et étrangère, comme des aspects plus historiques. Cela a beaucoup aidé. Il manquait un accès pour pouvoir acquérir des œuvres. SP-Arte a joué ce rôle en amenant le marché plus près des collectionneurs.

Un des obstacles pour les collectionneurs brésiliens réside dans des taxes très élevées pour les œuvres d’art achetées à l’étranger. Quelles facilités ont été mises en place pour encourager le marché durant la foire ?
F. F : Il faut savoir que les œuvres d’art importées au Brésil sont effectivement taxées à 50 %. A Miami Beach Art Basel, à Arco Madrid ou ailleurs, si un collectionneur brésilien veut acheter, il sera taxé à cette hauteur, ce qui est évidemment un problème. Cette semaine à Sao Paulo, comme pendant la foire de Rio, les galeries bénéficient de taxes réduites sur les ventes. Avec cette exemption, la taxation ne représente plus que 16 %. Cela vaut pour les galeries brésiliennes comme étrangères. C’est une manière d’encourager le marché et permettre notamment de participer à la foire avec des artistes étrangers importés. Cela a, à l’évidence, un impact sur les acquisitions. Au final, ce dispositif exceptionnel représente une réduction de près de 30 % sur le prix d’une œuvre, ce qui ouvre une fenêtre et des opportunités pour acquérir des œuvres durant ces foires. Cela a permis de faire entrer des artistes internationaux dans les collections brésiliennes. 

Pensez-vous développer ailleurs une autre foire sur le modèle de SP-Arte ?
F. F : Le Brésil est un grand pays, avec un grand potentiel. SP-Arte a atteint une taille mature, il ne nous semble pas nécessaire d’accroître ici le nombre de galeries, nous préférons privilégier la qualité de la visite. Sao Paulo est le centre de la vie économique brésilienne et le cœur financier de l’Amérique du Sud, 75 % de nos visiteurs sont Paulistas, mais d’autres villes offrent des opportunités. Nous avons organisé une fois une foire à Brasilia, la capitale. Nous réfléchissons pour en organiser une autre au Brésil. 

Propos recueillis par Stéphane Renault, envoyé spécial à São Paulo

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