Vendredi 15 novembre 2019

Palais Brongniart

Salon du dessin - Toujours de belles feuilles

Organisé du 30 mars au 4 avril, le Salon du dessin a confirmé sa solidité avec un commerce soutenu

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 12 avril 2011 - 699 mots

PARIS - Grâce à son homogénéité, sa constance et son ancienneté, le Salon du dessin est le grand gagnant de la semaine consacrée au médium.

Car si les autres manifestations parisiennes n’ont pas réussi à battre le rappel de la clientèle étrangère, la foire accomplit chaque année le tour de force de faire venir la crème des institutions et collectionneurs internationaux. Certes, on n’y a pas vu de chefs-d’œuvre à couper le souffle. « J’ai noté que les pièces les plus importantes, le Goya, le Gauguin, une aquarelle de Delacroix, un portrait d’Ingres, étaient passées en vente il y a moins d’un an », constatait le collectionneur Louis-Antoine Prat. 

Néanmoins, la foire réservait quelques belles surprises, comme le grand paysage à la sanguine d’Antoine Watteau acheté par le Metropolitan Museum of Art de New York, ou encore, chez Éric Coatalem (Paris), Le Sacre de Louis XVI par Moreau le Jeune, vendu à un collectionneur européen. On remarquait aussi chez David Lévy (Paris) une série de huit dessins de Hans Bellmer réalisés pour le livre À Sade, lesquels ont suscité l’intérêt d’une institution française et de deux bibliophiles. Le commerce fut beaucoup plus solide que sur les événements parallèles. « Dès le vernissage, on sentait les gens acheteurs : ils faisaient vite le tour, comparaient pour se décider rapidement », soulignait Laure Desmarest, de la galerie Didier Aaron & Cie (Paris). Celle-ci a vendu une feuille de Pierre-Joseph Redouté au Musée de la Vie romantique, à Paris. « L’ambiance est aussi bonne que l’an dernier », ajoutait Laura Bennet de W. M. Brady & Co. (New York), lequel a cédé une Tête d’homme de Greuze et deux dessins de Louis-Roland Trinquesse. La Fondation Custodia a emporté un paysage par Jean-Pierre Saint-Ours présenté par Moeller & Cie (Hambourg), et une Falaise à Étretat de Théophile Clément Blanchard proposée par Terrades (Paris). Cette dernière a aussi cédé une feuille de Louis Carmontelle à un musée américain. Si Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg) s’est tourné les pouces, la Galerie de France (Paris), qui a réalisé le plus beau stand d’art contemporain, a cédé dix-huit pièces en trois jours. 

Rythme ralenti
Bien que toutes les galeries aient travaillé, le rythme s’est révélé plus lent que les années précédentes. « Il y a trop d’événements la même semaine, certains acheteurs attendaient la vente Gourdon. Tout est prétexte à repousser les décisions », remarquait un marchand. « Il faut être raisonnable dans les prix, estimait pour sa part Martin Moeller. À Maastricht, les prix n’étaient pas justifiés. » Car le public du Salon est éminemment informé. Ainsi s’est-il reporté sur des dessins très pointus, comme l’huile sur papier de László Moholy-Nagy ou un dessin de Sophie Taeuber-Arp chez Zlotowski (Paris).

Pour l’instant, les passerelles entre l’ancien et le contemporain restent modestes. Certes, la Galerie de France (Paris) a vendu une aquarelle de Gilles Aillaud à un collectionneur de Delacroix et de peintres animaliers. David Nolan (New York) s’est vu réserver un dessin de Warhol par un amateur de dessins anciens. Mais le cross-over [croisement] reste unilatéral. « On voit de nouvelles têtes ; elles viennent en partie grâce à la présence des galeries d’art contemporain qui amènent un sang neuf », indiquait David Lévy, après avoir vendu un joli dessin de Miró à un collectionneur d’art contemporain qu’il ne connaissait pas. En revanche, pas de ligatures entre le monde du dessin et celui des miniatures médiévales apportées par Les Enluminures (Paris). « L’audience est intriguée, admettait Sandra Hindman, fondatrice de la galerie. C’est un processus pédagogique. Chaque fois qu’un domaine nouveau entre sur une foire, cela demande du temps. »

DE L’AIR FRAIS DANS LES FOIRES CONTEMPORAINES

Si le salon de dessin contemporain, « Drawing Now », a préféré faire cavalier seul la semaine précédente (lire le JdA no 344, 1er avril 2011), deux autres événements ont apporté une dose de fraîcheur à la Semaine du dessin. Organisé dans le très bel Atelier Richelieu, Chic Dessin offrait un cadre aéré permettant aux œuvres de respirer. De son côté, la collaboration d’artistes très divers sur « Slick, Dessins exquis » a donné lieu à des résultats souvent splendides, comme l’association parfaite entre Damien Deroubaix, Fabrice Hyber et Gérard Fromanger.

Légende photo

Salon du dessin - Palais Brongniart - Paris - 2011 © photo Ludosane

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°345 du 15 avril 2011, avec le titre suivant : Salon du dessin - Toujours de belles feuilles

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