Ventes publiques

Napoléon Ier : le meilleur de l’Empire

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 2 novembre 2007

Le thème de Napoléon Ier et l’Empire est très porteur en ventes publiques,
particulièrement en 2004, année de la célébration du bicentenaire du sacre de l’Empereur.

PARIS - Le 2 décembre 1804, Napoléon Bonaparte, premier consul, se faisait sacrer Empereur. C’est avec un an d’avance sur les festivités du bicentenaire que Sotheby’s a annoncé tambour battant une vente « Empire », le 2 décembre 2003. La vacation a été couronnée de succès tant pour les documents historiques que pour les objets d’art. Une Athénienne en bronze patiné et doré, vers 1800-1805, attribuée aux frères Jacob d’après un dessin de Percier et Fontaine, identique à l’exemplaire qui ornait la chambre de Joséphine au château de Saint-Cloud, a été vendue 156 375 euros, et une exceptionnelle correspondance de Napoléon Ier adressée entre 1805 et 1815 au maréchal Davout, ministre de la Guerre durant les Cent-Jours, soit 139 lots (dont 14 lettres préemptées par les Archives nationales et les archives départementales de l’Yonne), a atteint un montant total de 267 732 euros, bien au-dessus des 150 000-180 000 euros escomptés.
L’Empire – avec le Ier Empire pour locomotive –, est un thème qui marche depuis quelque temps. « Depuis l’année 2002, qui a marqué le bicentenaire de la création de la Légion d’honneur par Napoléon, le mouvement s’est accéléré », note l’expert en armes et souvenirs historiques, Jean-Claude Dey. Plusieurs maisons de ventes se sont engouffrées dans ce créneau, à commencer par le commissaire-priseur Jean-Pierre Osenat, installé dans la ville de Fontainebleau – laquelle est fière de son histoire et de son château qui abrite un Musée Napoléon Ier. « On a lancé la première vente “L’Empire à Fontainebleau” en mars 2002. Le sujet a beaucoup plus », témoigne Jean-Claude Dey. La maison de ventes a même créé un département Empire, le premier du genre en France. Depuis mars 2002, une deuxième vente a eu lieu, la troisième étant prévue pour le 1er février 2004.

Une armée de collectionneurs
Chez Coutau-Bégarie également, l’Empire fait recette : se sont déjà déroulées trois vacations baptisées « Empire » (1er juillet 2002), « Empire II » (26 février 2003) et « Empire III » (1er décembre 2003). L’année 2004, qui célèbre un bicentenaire de grande importance, celui du sacre de l’Empereur, sera vraisemblablement une année forte autour de Napoléon Ier. Chez les éditeurs, une publication sur la question paraît toutes les semaines. Le défilé des commémorations des grandes batailles, Austerlitz (1805), Iéna (1806), Friedland (1807), Wagram (1809)…, redonne chaque année – jusqu’en 2021 ! – une actualité à cette spécialité. De quoi attirer d’autres maisons de ventes qui tentent leur chance dans le domaine. Mais, à moins de tomber sur une collection inattendue, la plupart des SVV organisent des ventes de souvenirs historiques avec une part dédiée à l’Empire sur laquelle elles communiquent abondamment. « Cette année, on va manger du Napoléon à toutes les sauces, lance l’expert Bernard Croissy. Le marché risque cependant de s’essouffler d’ici deux ans. Cela s’est passé de la même façon pour le bicentenaire de la Révolution française entre 1989 et 1991, puis c’est retombé comme un soufflé ! »
Dans cette compétition accrue autour de l’épopée napoléonienne, le plus difficile est de trouver de la marchandise qui, bien qu’abondante, n’est pas une ressource inépuisable. Même chez Jean-Pierre Osenat, il n’y a pas de rendez-vous régulier de vente. « On monte nos ventes au coup par coup. » De même chez Coutau-Bégarie où l’on n’est jamais sûr de faire le plein d’une vacation sur l’autre.
« En plus de la clientèle habituelle, les commémorations impériales attirent le grand public », explique Bernard Croissy. « D’autant plus qu’en vente publique, il y en a pour tous les budgets, renchérit l’expert Axel Louot. Pour les meubles, pendules, bronzes et candélabres, les collectionneurs sont confrontés aux gens de l’Antiquité. Pour les grosses pièces, les collectionneurs américains sont présents. » D’après Jean-Claude Dey, « le marché, complètement international, en redemande ». Il existe d’ailleurs un nombre incroyable de musées privés sur Napoléon aux quatre coins du globe. Cette passion est exacerbée par les différentes expositions publiques qui entretiennent le culte : « Biennais, l’orfèvre de Napoléon » jusqu’au 19 janvier au Louvre ; « Napoléon et la toile de Jouy » jusqu’au 27 juin à Jouy-en-Josas ; « Quand Bonaparte devient Napoléon », du 10 au 30 janvier à Wasquehal (près de Lille) ; ou encore « 1805, l’année d’Austerlitz », programmée en 2005 au Musée de l’armée, à Paris. « Le mobilier Ier Empire redevient à la mode », confirme un décorateur. Cette excitation générale tend à pousser les prix vers le haut et le début de ce siècle s’annonce comme une période à records. Selon Bernard Croissy, « les prix ont déjà grimpé de manière démentielle ».
En première ligne, les objets ayant appartenu à l’Empereur, à ses généraux et à ses proches, de provenance et de filiation irréprochables. À Fontainebleau, deux chemises de l’Empereur sont passées en vente en deux ans pour 75 600 et 43 200 euros. « J’en ai vendu une il y a une dizaine d’années pour 2 000 euros », mentionne Bernard Croissy à titre de comparaison. 3 600 euros étaient nécessaires pour décrocher un pan de chemise brodée du « N » sous la couronne impériale, soit une relique, le 17 novembre 2002 chez Osenat.
Du côté des armes, qui font partie avec les uniformes et décorations du militaria classique, ce sont les sabres Ier Empire qui ont la cote, qu’ils soient d’officier ou de troupe. Mais attention aux fausses armes, qui pullulent sur le marché. Seul un œil avisé peut faire la différence. La maison Sotheby’s ne s’est d’ailleurs pas risquée sur ce terrain-là. Le 10 mars 2002 à Fontainebleau, un exceptionnel sabre de Mourad Bey (1750-1801), principal chef militaire des Mameluks lors de la conquête de l’Égypte par Bonaparte en 1798, s’est envolé à 240 000 euros. Dans la même vente, il a fallu débourser 180 000 euros pour acquérir un Portrait de Napoléon Bonaparte attribué à Andréa Appiani (1754-1817), l’ultime représentation de l’Empereur en pied après les dernières poses de son règne. « Le prix prend en compte la valeur de l’objet, son état, son appartenance et la cote d’amour qu’on veut bien lui accorder », explique Jean-Claude Dey. Quelques collectionneurs passionnés, « sortant de nulle part et qui veulent se constituer des collections pour alimenter des musées privés, sont responsables des pics d’enchères un peu bizarres ces derniers temps », indique Bernard Croissy.
Les amateurs repèrent par ailleurs les pièces qui passent aux enchères hors des vacations spécialisées, à l’exemple d’un dessin du Portrait de Napoléon empereur sur son trône par Ingres, adjugé 349 000 euros chez Tajan le 6 novembre 2003, ou encore d’une boîte de présents en or de Napoléon Ier, emportée 47 176 euros chez Beaussant-Lefèvre à Drouot le 27 novembre 2003.
Loin d’être un marché secondaire, « 1840, année du retour des cendres, a relancé la mécanique et remis en route toute une iconographie : les peintres se sont mis à peindre à nouveau l’épopée impériale, et les objets d’art, comme les pendules à sujet Empire, sont redevenus à la mode. Ces pièces sont aujourd’hui aussi très convoitées, souligne l’expert. Même les objets Napoléon III jouissent de l’aura de l’oncle ! » .

- SOUVENIRS HISTORIQUES, vente le 14 janvier, SVV de Maigret, Drouot-Richelieu, tél. 01 44 83 95 20 - L’EMPIRE A FONTAINEBLEAU, vente le 1er février, SVV Osenat, 5 rue Royale, 77300 Fontainebleau, tél. 01 64 22 27 62, www.ose nat.com - EMPIRE (MILITARIA), vente le 2 mars 2004, SVV de Maigret, Drouot-Richelieu, tél. 01 44 83 95 20. - EMPIRE IV, vente en juillet 2004, SVV Coutau-Bégarie, Drouot-Richelieu, tél. 01 45 56 12 20, www.coutaubegarie.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°184 du 9 janvier 2004, avec le titre suivant : Napoléon Ier : le meilleur de l’Empire

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