Maîtres anciens à New York : la hausse se poursuit (part I)

Tableaux : les musées dopent un marché déjà en ébullition

Le Journal des Arts

Le 18 février 2000

Plusieurs tableaux, dont une Pietà de Ludovic Carrache, ont pulvérisé leurs estimations lors des traditionnelles ventes de maîtres anciens de New York. Les musées, particulièrement actifs, ont contribué à doper un marché qui était déjà en ébullition.

NEW YORK (de notre correspondant) - À une époque où les maisons de vente cherchent avant tout à séduire les riches collectionneurs privés, il est étonnant de constater que les acheteurs les plus importants des ventes de maîtres anciens qui se sont déroulées les 27 et 28 janvier chez Christie’s et Sotheby’s, étaient des musées américains et européens.

Une Pietà longtemps perdue de Ludovic Carrache constituait le lot majeur présenté par Christie’s. Cette œuvre, peinte en collaboration avec Annibale vers 1585, pulvérisant son estimation haute de 500 000 dollars, s’est envolée à 4,75 millions (31,2 millions de francs). Le tableau a été emporté par le marchand new-yorkais Larry Salander, des Salander-O’Reilly Galleries, qui enchérissait pour le compte du Metropolitan Museum of Art, à New York, contre John Morton Morris pour le Museum of Fine Arts de Boston.

De nombreux collectionneurs attendaient avec impatience le Persée et Andromède du Cavalier d’Arpin, peint sur un petit ovale de lapis-lazuli, qui a finalement été acquis par le St Louis Art Museum à 350 000 dollars, quadruplant son estimation haute. Le Los Angeles County Museum a obtenu la Bacchanale de Sebastiano Ricci pour 300 000 dollars, alors que la National Gallery de Washington repartait avec une charmante toile de Louis-Léopold Boilly, l’Escamoteur sur les boulevards (1806), adjugée 600 000 dollars. Un exceptionnel Calvaire à fond d’or du Maître de la Mort de Saint-Nicolas de Münster, actif dans la seconde moitié du XVe siècle, est allé, pour 3,2 millions de dollars, aux marchands new-yorkais Alfred Bader et Otto Neumann qui enchérissaient contre la National Gallery de Washington et le Musée de Münster, triplant presque son estimation haute. Mis en vente par les héritiers d’André Seligmann, le Calvaire appartient à un ensemble de MNR restitués par le Louvre. Celui-ci comprenait notamment une huile sur toile de Giambattista Tiepolo, Alexandre et Campaspe dans l’atelier d’Apelle, de l’ancienne collection Federico Gentili di Giuseppe, achetée par le J. Paul Getty Museum à 2 millions de dollars. Du même artiste, l’esquisse pour Renaud abandonnant Armide, acquise 400 000 dollars chez Cailleux à Paris en 1979 par la Gemäldegalerie de Berlin, avait également dû être restituée aux héritiers de Gentili di Giuseppe ; le musée l’a récupérée pour 950 000 dollars. D’autres œuvres importantes ont été enlevées par des collectionneurs privés, telle Alphée et Aréthuse de Carlo Maratta, adjugée 600 000 dollars à un acheteur espagnol.

Un Canaletto acquis par Paul Allen, de Microsoft
La plus haute enchère de la journée a été obtenu par un Canaletto récemment redécouvert, le Grand Canal vu depuis le Campo di San Vio. Estimée 2,5-3,5 millions de dollars, cette petite toile non nettoyée, dans son état original, a été emportée à 6 millions (39,4 millions de francs) par Jonathan Green, agissant sans doute pour le compte de Paul Allen, de Microsoft. Le 28 janvier se déroulait la vente Sotheby’s, au cours de laquelle la National Gallery, qui n’avait pas encore épuisé son budget, a acquis pour 3 millions de dollars une toile du Dominiquin, Adam et Ève chassés du Paradis, provenant de la collection de Saul Steinberg (1,4 million en 1989) : un prix élevé pour une peinture dans un état moyen. Le Portrait d’un homme en dieu Mars, de Rubens, a également fait son retour en salle des ventes après une histoire confuse. Propriété de la famille de Samuel H. Kress, il a été vendu de gré à gré par Sotheby’s à la fin de l’année 1988 13,2 millions de dollars à David Paul, directeur de la Centrust Savings Bank de Miami. Quelques mois plus tard, une enquête fédérale au sein de la banque faisait état d’une hémorragie de fonds coïncidant avec l’enrichissement de la collection privée de son directeur. Ce dernier ayant été emprisonné, ses œuvres, parmi lesquelles figuraient le Rubens, ont été rachetées par un groupe de marchands. Loin d’être exceptionnel, ce portrait a été adjugé 7,5 millions de dollars à un enchérisseur au téléphone.

Des natures mortes boudées
Les peintures hollandaises ont, comme à l’accoutumée, suscité l’enthousiasme. Le marchand londonien Johnny Van Haeften a enlevé à 2,6 millions de dollars un Paysage brésilien typique de Frans Post, avec palmiers et indigènes. Reconstituant ses stocks en vue de la Foire de Maastricht, il a également acquis pour 425 000 dollars une esquisse de Rubens, L’enlèvement de Déjanire par Nessus, et deux petites huiles sur cuivre de Jan van Kessel représentant respectivement des insectes sur une branche fleurie et une libellule avec une grappe de groseilles (675 000 et 575 000 dollars).
Quelques esquisses de paysages de peintres français ont atteint des prix astronomiques, telle une Vue de l’île de Sora par Jean-Joseph-Xavier Bidault qui a quadruplé son estimation haute à 250 000 dollars.

La vacation consacrée aux natures mortes n’a, en revanche, pas suscité l’intérêt des collectionneurs. Trop d’œuvres médiocres n’ont pas atteint leur prix de réserve, souvent élevé. La Nature morte au panier de fruits et deux enfants, une collaboration italienne du Maître de la nature morte d’Acquavella et du portraitiste Bartolomeo Cavarozzi, a toutefois été très appréciée : achetée 350 000 dollars chez Sotheby’s Londres en 1992, elle a été adjugée 800 000 dollars au téléphone.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°99 du 18 février 2000, avec le titre suivant : Maîtres anciens à New York : la hausse se poursuit (part I)

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