Vendredi 22 novembre 2019

Tefaf

Maastricht ne connaît pas la crise

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 31 mars 2009 - 764 mots

Les affaires sont allées bon train à la foire de Maastricht du 13 au 22 mars. Les tableaux anciens ont été les grands gagnants de cette édition.

MAASTRICHT - Une visite de Tefaf [The European Fine Art Fair] Maastricht est revigorante à plus d’un titre. Cette année (13-22 mars), la foire avait une nouvelle vertu : elle faisait oublier la récession. « En quinze jours, je n’ai pas entendu le mot crise dans la conversation », s’étonnait le marchand Éric Philippe (Paris). La section des tableaux anciens prenait sa revanche sur l’art contemporain, longtemps sous les feux de la rampe. Les chefs-d’œuvre étaient légion tel le Christ tenant la croix du Greco, vendu par la galerie Caylus (Madrid) à un collectionneur allemand, ou ce sujet si rare d’Adam et Ève pleurant la mort d’Abel, par Giovanni Battista Caracciolo, chez les Sarti (Paris). On s’attardait tout autant chez Coatalem (Paris) devant un époustouflant Zurbarán issu d’un cycle de tableaux dont deux se trouvent au Prado, à Madrid. Peu d’œuvres à l’affiche provenaient de clients pressés de vendre pour se refaire une santé. « Les collectionneurs dans notre domaine sont conservateurs, ils ne mettent pas leur argent dans des choses spéculatives, que ce soit dans l’art ou dans la Bourse », défendait le marchand Johnny Van Haeften (Londres). Néanmoins, une Vierge à l’Enfant de Cranach, présentée par Konrad O. Bernheimer (Munich), avait été rachetée à un collectionneur qui avait perdu des plumes dans la tourmente financière. « Le tableau n’avait pas baissé en prix contrairement à ses œuvres d’art contemporain, dont la valeur a chuté de moitié », précisait Bernheimer non sans une certaine ironie.

Travail en amont
Les tableaux anciens furent de fait les grands gagnants de cette édition. « C’est mieux que l’an dernier, beaucoup de gens préfèrent placer leur argent dans quelque chose de tangible et solide, insistait Johnny Van Haeften. Avec la chute de la livre sterling, les pièces sont 30 % moins chères pour ceux qui achètent en euros. Nous avions, en plus, réduit tous nos prix d’environ 10 %. » En revanche, la section dédiée à l’art moderne et contemporain, extrêmement inégale sur le plan qualitatif, fut aussi mitigée commercialement. Seuls les marchands les plus souples ont pu tirer leur épingle du jeu. « Les gens veulent faire des affaires. Si on consent à baisser les prix de 5 % ou 10 % seulement, ils passent leur chemin. J’ai globalement réduit mes prix d’environ 20 % parce que je veux que ça tourne », déclarait Paolo Vedovi (Bruxelles). En diminuant ses tarifs de 30 %, le marchand Christophe Van de Weghe (New York) a cédé son grand Basquiat de 1982 au joaillier Laurence Graff et un Duane Hanson au Scheringa Museum Voor Realisme de Spanbroek (Pays-Bas). Ceux qui déployaient les symboles des excès passés à des prix inchangés en ont été pour leurs frais. Ce fut notamment le cas de Haunch of Venison (Londres, Zurich, New York). Comment la galerie pouvait-elle décemment demander 4,2 millions de dollars (3,1 millions d’euros)  pour un tableau de Richard Prince, alors que le magnifique Greco de Caylus était affiché à hauteur de 4,7 millions d’euros ? Le contexte actuel exige aussi un surcroît de travail de la part des marchands. « Cela a bien fonctionné car nous avons œuvré en amont pour stimuler l’intérêt des clients trois semaines avant la foire. On ne s’est pas juste fiés au vent », indiquait Franck Prazan (Paris). Globalement harmonieuse malgré les lourdeurs du stand de Frans Leidelmeijer (Amsterdam), la nouvelle section design s’en est aussi bien sortie. Philippe Denys (Bruxelles) a ainsi vendu majoritairement à de nouveaux clients. Downtown (Paris) a capté lui les regards avec une superbe fontaine de Pol Bury aussitôt vendue. Il faudra néanmoins améliorer la signalétique de cette plateforme, perdue dans l’océan de Maastricht.

Un effet YSL ?

La vente Pierre Bergé-Yves Saint Laurent ne fut profitable qu’aux sections les moins ostentatoires du marché, comme l’orfèvrerie. La galerie Neuse (Bremen) avait essayé de surfer sur la vague en présentant une paire de coupes allemandes fraîchement acquise lors de la vente. « Nous n’avions pas apporté de pièces achetées dans la vente, mais nous avons senti clairement une influence, soulignait pour sa part Alexis Kugel (Paris). Des gens qui n’auraient jamais regardé de l’orfèvrerie allemande en ont acheté. Nous présentions sans succès depuis trois ans une coupe sur pied, que l’on a finalement vendue le soir de l’inauguration. Cela annonce un tournant dans le goût. » Néanmoins la plupart des marchands tempèrent l’effet de la vente. Tout en redonnant confiance au marché, celle-ci reste un épiphénomène.

Tefaf Maastricht
Nombre de visiteurs : 67 755
Prochaine édition : du 12 au 21 mars 2010

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°300 du 3 avril 2009, avec le titre suivant : Maastricht ne connaît pas la crise

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