Mercredi 20 novembre 2019

Paris

À l’heure indienne

À côté des institutions, les enseignes parisiennes manifestent aussi de l’intérêt pour l’art indien

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 8 juin 2011 - 669 mots

PARIS - Alors que le paysage institutionnel français s’est mis ce printemps à l’heure indienne, à la faveur des expositions concoctées par le Musée d’art contemporain de Lyon et le Centre Pompidou, à Paris, les galeries ne se tiennent pas en retrait du phénomène, cinq d’entre elles consacrant simultanément des accrochages à des artistes du sous-continent.

Des questionnements sociaux et politiques dominent souvent ces productions. Chez Dominique Fiat, Anita Dube déploie un bel accrochage où, notamment, deux œuvres donnent à voir des mots de velours noir courant sur les murs, brouillés car superposés, évoquant l’élégance de la résistance (Elegance (For Mireille), 2011) et le pouvoir des masses en vue de parvenir au changement (History is… (For Egypt), 2011). S’emparant du toujours vif problème territorial du Cachemire, l’installation Kash (For Kashmir) (2011) déploie au mur des photos encadrées par des rosaces de velours blanc sur lesquelles court une ligne noire évoquant la frontière indo-pakistanaise, lieu du conflit.

L’attachement à la contestation se manifeste également dans les peintures et gravures sur bois de Chandramohan Sreelamantula, visibles chez Albert Benamou, qui abordent de front les tabous de l’homosexualité, du sexe et du désir. Mondialisation oblige, des artistes tel Sudarshan Shetty, à la galerie Daniel Templon, questionnent les influences réciproques et fusions possibles entre les traditions indiennes et occidentales, voire la dissolution des identités. Ainsi la carcasse d’une voiture est-elle finement sculptée dans du bois, alors que d’élégantes vitrines voient s’animer en leur intérieur des objets quotidiens, tels des pots ou des tasses (Untitled, 2011). De son côté, Rina Banerjee interroge à travers le métissage de sa pratique sa double appartenance aux cultures indienne et occidentale, puisque née à Calcutta mais élevée à Londres et vivant à New York. Chez Nathalie Obadia, une étrange et très iconique sculpture en atteste, qui voit un assemblage hétéroclite fait de plumes, embauchoirs de bois, cornes d’animaux et tissus chatoyants dominés par une tête de poupée en porcelaine blanche coiffée d’un turban oriental (Prenatural passage came from wet whiteness…, 2011). Remarquable dessinatrice, elle peuple ses feuilles de créatures insaisissables plongées dans des compositions toujours hybrides. 

De l’intérêt mais pas de précipitation
À la galerie Perrotin, Bharti Kher a figé des objets du quotidien dans de la résine, en empêchant ainsi l’usage ou en contrariant leur charge symbolique. Trois fauteuils couverts de tissus ainsi « englués », à la légèreté soudainement niée, sont les pièces les plus intéressantes données à voir (Absence ; Saturate ; Dominate, 2011). Plus loin, des vitrines emplies de riz, gâteaux en céramique et service à thé posés sur des blocs de granit apparaissent trop littérales (Home Maker, 2011).
D’un point de vue commercial, les choses avancent toutefois doucement dans l’hexagone. Si Nathalie Obadia souligne qu’«  il y a eu une alliance parfaite entre les expositions institutionnelles et le relais des galeries [qui a fait que les] collectionneurs ont été mis en confiance et ont compris l’importance de la scène artistique indienne « d’autant plus qu’« un certain nombre d’artistes indiens exposent à Paris depuis au moins huit ou neuf ans dans des galeries et que les collectionneurs ont eu la possibilité de les voir très tôt et de les acheter », l’acte d’achat lui-même ne semble pas toujours relever de l’évidence, même pour des noms déjà installés.
Ainsi Julie Morhange, en charge de Bharti Kher – pourtant une star – à la galerie Perrotin, qui lui avait déjà consacré une exposition en 2008, précise-t-elle que « le contexte actuel aide à la visibilité de son travail », tout en admettant qu’« il n’y a pas eu jusqu’à maintenant de base de collectionneurs français très importante. Ils sont parfois freinés par les formats des œuvres pas toujours domestiques. »  

Galerie Albert Benamou, 24, rue de Penthièvre, 75008 Paris, www.benamou.net, tlj sauf dimanche et lundi 10h-19h. Jusqu’au 15 juillet

Galerie Dominique Fiat, 16, rue des Coutures-Saint-Gervais, 75003 Paris, www.dominiquefiat.com, tlj sauf dimanche et lundi 11h-19h. Jusqu’au 13 juillet

Galerie Nathalie Obadia, 3, rue du Cloître-Saint-Merri, 75004 Paris, www.galerie-obadia.com, tlj sauf dimanche 11h-19h. Jusqu’au 13 juillet

Galerie Perrotin, 76, rue de Turenne, 75003 Paris, www.perrotin.com, tlj sauf dimanche et lundi 11h-19h. Jusqu’au 18 juin

Galerie Daniel Templon, Impasse Beaubourg, 75003 Paris, www.danieltemplon.com, tlj sauf dimanche 10h-19h. Jusqu’au 23 juillet

Galerie Jaeger Bucher, « Zarina Hashmi, Noor », 5-7, rue de Saintonge, 75003 Paris, www.galeriejaegerbucher.com, tlj sauf dimanche et lundi 11h-19h. Jusqu’au 18 juin

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°349 du 10 juin 2011, avec le titre suivant : À l’heure indienne

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