Sculpture

Les convergences de Convert

Les sculptures de verre de Pascal Convert à la galerie Eric Dupont font référence à la cruauté des temps

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 6 décembre 2016 - 703 mots

À la galerie Éric Dupont, Pascal Convert présente d’imposantes sculptures en verre ayant trait au martyre et à la souffrance, condensant iconographie chrétienne et images du terrorisme islamiste.

PARIS - Dans cette quatrième exposition de Pascal Convert à la galerie Éric Dupont, à Paris, figure une intrigante et splendide bibliothèque. Elle est composée de 5 étagères de 4 m de long sur lesquelles sont disposés 264 livres, vus tantôt côté tranche, tantôt côté couverture. On les croirait en cire. Ils sont en verre. Un verre dépoli, par endroit grisé voire noirci par une combustion. Ce verre a été coulé dans les livres et a pris leur place. Les livres ont d’abord été moulés dans du plâtre réfractaire puis placés dans des fours où ils ont été en partie brûlés – il n’en reste ici que des fantômes ou des réductions. L’effet est saisissant.

L’installation est l’un des trois piliers de l’ensemble ici présenté, élaboré depuis trois ans avec la collaboration du maître verrier Olivier Juteau. Le deuxième pilier est sa Marie-Madeleine : soit une sculpture qui était en bois ancien lorsque Convert l’a achetée aux Puces et qu’il a transposée, elle aussi, en verre, par un processus de cristallisation. Mais à la différence des livres, lorsqu’il a démoulé de sa gangue la pécheresse repentie, il a laissé le large morceau de plâtre qui lui cache le visage ainsi qu’une partie du buste. Avec ses traces évoquant un grillage rosi, le plâtre met Marie-Madeleine « sous burqa ». Seuls un morceau de son corps et sa longue chevelure qui a essuyé ses larmes sur les pieds du Christ se révèlent ici en verre. Ce pan de moule en plâtre a également rappelé à Convert les sculptures assyriennes. Or, il était allé en Afghanistan prendre des milliers de photographies, notamment du Petit Bouddha de Bâmiyân, comme on peut en découvrir une ici, qui établit avec la sculpture une très subtile corrélation. Car toute l’exposition est ainsi réfléchie et construite selon un maillage précis dont la grille précitée pourrait être l’indice et le symbole.

Cruauté contre cruauté

C’est encore de corps dont il s’agit avec le troisième pilier de l’exposition, ce Portrait de jeune homme en martyr, qui prend pour modèle son fils Balthazar et est réalisé en cuivre et argent. « Un traitement complexe d’électrolyse de cuivre sur cire à partir d’empreinte de son corps a réussi à créer un relief sur la peau laissant apparaître des veines », peut-on lire dans une notice. Là encore, l’effet est troublant. Le corps est en effet éclaté en plusieurs parties et décapité en référence à l’iconographie de saint Barthélémy, aux supplices des premiers chrétiens et à saint Denis, le saint céphalophore (qui porte sa tête). Une référence d’actualité si l’on songe aux décapitations effectuées par l’organisation État islamique, que Pascal Convert évoque directement lorsqu’il précise qu’« il s’agit là d’opposer à la cruauté “pornographique” de Daech une cruauté sophistiquée qui est celle de la civilisation et qui, par des procédés eux aussi sophistiqués, produit une rédemption ». Empreintes, mémoire, palimpsestes, transsubstantiation, spiritualité et considérations mystiques…, l’ensemble qui convoque aussi bien Marie-Madeleine, saint Denis et un petit Bouddha, cristallise (c’est le cas de le dire) de façon fulgurante, cohérente et convergente les préoccupations de l’artiste.

Compris entre 5 500 euros et 180 000 euros, le prix des œuvres est, comme le corps du martyr, écartelé. De façon assez logique puisque le premier prix concerne la photo et le plus haut la Bibliothèque, laquelle nécessite un temps de production long et induit un coût de production très élevé, comme les autres œuvres importantes de cet ensemble. Mais avec une moyenne oscillant entre 9 000 et 30 000 euros, la cote est assez raisonnable pour un artiste né en 1957 dans les Landes (il vit et travaille à Biarritz), ancien résident de la Villa Médicis à Rome (1989-1990). Pascal Convert a pendant longtemps été d’abord soutenu par des institutions qui souvent produisaient (ou coproduisaient) des œuvres avant de les acheter, comme le CAPC-Musée d’art contemporain de Bordeaux, le Fonds national d’art contemporain, le Mudam au Luxembourg, le Musée national d’art moderne… Depuis quelque temps, son marché touche de plus en plus de collectionneurs privés, passionnés, engagés, loin de toute idée d’investissement ou de spéculation.

Pascal Convert

Nombre d’œuvres : 18
Prix : entre 5 500 et 180 000 €

Pascal Convert

Jusqu'au 23 décembre, Galerie Eric Dupont, 138 rue du Temple, 75003, tél.01 44 54 04 14, www.eric-dupont.com, du mardi au samedi 11h-19h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°469 du 9 décembre 2016, avec le titre suivant : Les convergences de Convert

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