Les arts de l’aiguille

Étoffes anciennes et modernes à Drouot

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 5 décembre 2008

Deux importantes ventes textiles ont lieu ce mois-ci à Drouot. La première, les 11 et 12 juin, avenue Montaigne, verra la dispersion de la collection d’une dynastie de brodeurs, les Brocard. La seconde, le 17 juin, proposera un ensemble d’étoffes anciennes, dont un habit ayant appartenu à Necker.

PARIS - Environ 2 000 textiles brodés illustrant l’histoire des arts à l’aiguille, de la Renaissance à nos jours, seront mis en vente à Drouot Montaigne les 11 et 12 juin par l’étude Dumousset & Debureaux. Cet ensemble conservé et enrichi par Marie Brocard, héritière d’une célèbre dynastie de brodeurs, comprend une centaine de tapisseries au point, des garnitures de sièges à décor de personnages ou de fleurs, d’animaux ou de fables, mais aussi de précieuses broderies. Ainsi, Apollon nourri par Bacchus, une grande pièce rectangulaire (4,10 x 1,70 m) à décor poly­chrome, exécutée en Italie au XVIIe siècle, qui représente un terme et un amour dans des entourages de rinceaux et de fleurs, avait été donnée par le pape à un prélat. Également au programme, un ensemble de 120 tapisseries de sièges réalisées par Robert Brocard à la fin du XIXe siècle, et 30 lots de tapisseries et fragments de tapisseries des XVIIe et XVIIIe siècles (Aubusson, Bruxelles). Parmi les souvenirs historiques, on remarquera un gilet en lamé d’argent, brodé d’une bordure de feuilles de palmier, chêne et laurier (100 à 120 000 francs). “Ce vêtement aurait appartenu à l’empereur Napoléon 1er. La qualité de cette broderie est exceptionnelle. Les bords sont faits de points de filets d’or accolés, passés en biais en forme de légères vagues”, explique l’expert Jean-Claude Dey. Seront également dispersés une trentaine de gilets et d’habits brodés, des accessoires de mode des XVIIIe et XIXe siècles, notamment des paires de bretelles d’époque Directoire. Signalons en particulier un bel étui de  forme rouleau en bois, recouvert de maroquin rouge, qui a appartenu à l’impératrice Joséphine. Il est décoré au petit fer à l’or du chiffre de l’Impératrice surmonté de la couronne impériale en son centre, appuyé par un semis de 91 abeilles en or, et bordé de grappes de raisins et de feuilles de vigne. Autres pièces intéressantes, un projet sur papier rehaussé d’aquarelle d’un étendard du 3ème régiment du royaume de Westphalie (1807), et une étude à l’aquarelle du ciel du carrosse du sacre de Charles X (40 à 50 000 francs). “Il s’agit d’une collection exceptionnelle, tant par le nombre et la qualité des pièces présentées que par le rang des commanditaires de ces travaux, explique l’expert Jacqueline Daniel. La maison Brocard, dont l’origine remonte à 1775, a beaucoup travaillé pour les cours et les grands de ce monde, en particulier pour Louis XVIII, Charles X et Napoléon Ier”.

C’est en 1880 que Robert Brocard reprend l’affaire créée un siècle plus tôt, et dirigée à ses débuts par Augustin Picot. Réputé pour son savoir-faire, ce dernier a permis à la maison de connaître ses heures de gloire sous l’Empire, grâce à des commandes importantes pour les habits brodés du Premier consul, le grand manteau du Sacre ou les habits de cour de l’Empereur. La famille Delalande tien­dra ensuite la maison, avant de passer le relais à Robert Brocard, qui laissera son empreinte en décorant la salle des fêtes de l’Élysée.

Gilet brodé de Jacques Necker
Textiles toujours, à Drouot le 17 juin, avec la vente organisée par l’étude Tajan. Ces étoffes anciennes proviennent de plusieurs collections privées, constituées au cours du XIXe siècle, celles d’un ancien conseiller d’État, d’un décorateur textile parisien et d’un lissier d’Aubusson. La vacation offrira damas, brocarts, lampas à décor à la dentelle, satins, mais aussi des tapis d’Aubusson du début du XIXe siècle, ainsi qu’une importante collection  de cartons de tapisseries.

Dans les vêtements anciens, figurent quelques pièces exceptionnelles, tel cet habit à la française avec son gilet brodé ayant appartenu à Jacques Necker (15 à 20 000 francs). “Parmi les soieries à décor bizarre, on notera une chasuble de 1711, doublée en brocart à fond damas clair, ainsi qu’un superbe lampas de Lyon ou de Venise à fond satin vert émeraude, estimé 15 à 20 000 francs”, commente l’expert en textiles Aymeric de Villelelume. Cette pièce est attribuée à Jean Revel, connu notamment pour avoir mis au point, au milieu du XVIIIe siècle, une technique permettant de rendre les demi-teintes et donner ainsi plus de vigueur au dessin.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°62 du 5 juin 1998, avec le titre suivant : Les arts de l’aiguille

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