Dimanche 21 octobre 2018

Art ancien

Les antiquaires portent beau

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 28 février 2017 - 1027 mots

La section Tefaf Antiques est de loin la plus vaste de la foire. Parmi quelques dizaines de spécialités, est attribuée une place de choix aux objets d’art et une, plus discrète, au mobilier français.

Réunissant mobilier et objets d’art ancien de toutes époques, la section Tefaf Antiques (antiquités) compte 101 exposants (contre 102 en 2016) auxquels viennent s’ajouter les douze participants de la section Classical antiquities (archéologie). Cette année, davantage de Français exposent, soit quinze contre douze en 2016, grâce à l’arrivée de nouvelles enseignes. Parmi elles, le Parisien Xavier Eeckhout, qui ne cache pas sa joie : « Cette participation est ce à quoi j’ai toujours aspiré en débutant ce métier. J’ai travaillé en espérant secrètement au fond de moi que cette possibilité arrive un jour. » Pour l’occasion, ce spécialiste de la sculpture animalière dévoile la Panthère noire, 1925, achetée par le collectionneur Jacques André auprès de François Pompon en 1928 (autour de 600 000 €). Autre nouvelle recrue, Éric Delalande : « Il y avait une envie réciproque, car nos spécialités Marine et Sciences n’y étaient plus représentées depuis quelques années. » Il montre un globe de poche contenant une sphère armillaire dans le globe terrestre (entre 100 000 et 120 000 €).

Le mobilier français toujours sous-représenté

Aujourd’hui, aucune spécialité ne manque à l’appel, sauf peut-être la photographie ancienne. Mais si certains domaines rassemblent une dizaine de marchands, d’autres restent isolés, comme les armes anciennes proposées par un seul marchand (Peter Finer, Londres) ou encore les instruments de musiques, dont le Français Jean-Michel Renard est l’unique représentant. En matière de mobilier ancien, si les meubles italiens, allemands et hollandais sont en nombre, le mobilier français est rare. Seules les galeries Aveline (qui partage un stand avec Christophe de Quénetain) et Perrin en montrent, tandis que les autres enseignes phare dans la discipline ne sont toujours pas là, comme Steinitz, Léage ou Gismondi. « Tefaf a toujours eu plus de marchands de meubles et d’objets d’art italiens, allemands et hollandais que français. Ces marchands achètent “national” en général », assure Christophe de Quénetain. Il est vrai que le mobilier italien est bien présent chez Alessandra di Castro (Rome), Piva & C. srl (Milan) ou encore Burzio (Londres). Même la galerie Aveline montre un canapé de forme corbeille en acajou, Milan, vers 1780 (autour de 250 000 €) tandis que Philippe Perrin dévoile un lit de milieu en acier poli, Italie, fin XVIIIe. Sous-représentés par le passé, les arts premiers rassemblent aujourd’hui huit marchands. Les galeries Bernard Dulon (Paris) et Donald Ellis (États-Unis) sont venues renforcer la spécialité. « C’est la première fois que Tefaf accueille un marchand spécialisé exclusivement en art ancien d’Amérique du nord », souligne Donald Ellis. Pour cette première participation, il montre un groupe de masques Yup’ik (Eskimo), dont celui provenant de la collection du surréaliste Enrico Donati, « The Donati Studio Mask » (4,80 M €). La galerie londonienne Entwistle expose un tabouret royal Bamileke, XIXe, tandis que The Merrin Gallery (New York) présente un dos de miroir en schiste représentant une figure masculine provenant de la collection Vanden Avenne (autour de 400 000 €).

D’autres spécialités multiplient les exposants, comme les arts d’Asie. En tout, ils sont une dizaine. Parmi eux, une nouvelle enseigne, française de surcroît, la galerie Jacques Barrère. Elle montre une grande fresque en stuc représentant des nymphes célestes, provenant des temples du Shanxi, Chine, dynastie Ming, XIVe (600 000 €), mais aussi une sélection de sculptures de l’art du Gandhara et de la statuaire Khmer. Pour compléter l’offre, Ben Janssens (Londres) propose un vase rituel en bronze de forme Hu, VIe-Ve siècle av. J.-C. ; la galerie Vanderven (Pays-Bas) expose une paire de gourdes double de plus d’un mètre en porcelaine de Chine, période Kangxi, vers 1710 (autour de 1 M €) et le marchand londonien Jorge Welsh présente une fontaine soutenue par des lions en porcelaine de Chine à décor polychrome, dynastie Qing, vers 1790 (entre 100 000 et 500 000 €).

Les civilisations anciennes ont la cote
L’archéologie est également très présente avec les mêmes douze spécialistes que l’an dernier. La galerie Royal-Athena (New York) expose une statuette en bronze d’Alexandre le Grand en Dioscure, d’après le sculpteur Lysippe, travail romain du début du IIe siècle (autour de 650 000 €) ; la galerie française Cybèle montre une stèle en calcaire au nom du supérieur des doyens du portail du temple d’Hathor Pa-di-séna, début de la XXVIe dynastie (VII-VIe siècles), Égypte (au-delà de 200 000 €). La galerie Merrin dévoile une Tête d’Hermès, Rome, Ier siècle av. J.-C. -Ier siècle apr. J.-C. (1,10 M €), ainsi qu’un masque de Silène de même époque en bronze (autour de 1 M €).

Omniprésence de la sculpture européenne
Plus que toute autre discipline, la sculpture européenne – toutes époques confondues – est visible sur de nombreux stands. Chez De Backker (Belgique), dont c’est la première participation, on peut admirer un linteau ou tympan byzantin en marbre du VIe-VIIe siècles. Sur celui de Mullany (Londres), on découvre une Vierge à l’enfant, vers 1450, en albâtre d’après Nino Pisano, tandis que chez Sam Fogg (Londres), c’est un Saint Jean-Baptiste, France, vers 1500-1510 par Jan Crocp en calcaire (provenant peut-être de la Sainte Chapelle de l’hôtel de Ville de Dijon) qui est mis à l’honneur (1,30 M €). La galerie Colnaghi montre une sculpture de deux putti musiciens en albâtre par Alonso Berruguete, « le sculpteur espagnol le plus important du XVIe siècle », selon la galerie, alors qu’Altomani & sons (Italie) dévoile une statue de cheval par Susini, XVIIe, d’après un modèle de Giambologna et que Daniel Katz mise sur Le Moribond, vers 1819, un plâtre de Théodore Géricault, probable étude pour Le Radeau de la Méduse.

Dans d’autres domaines, il ne faut pas manquer de voir chez Röbbig (Allemagne) Saint Jean Népomucène en porcelaine de Meissen, un modèle de Gottlieb Kirchner, vers 1734 (340 000 €) ; une garniture en argent composée de trois pièces par Paul Storr, 1817 chez Koopman Rare Art (près de 900 000 €) ou encore un collier en rubis birmans et diamants, années 1930, de Cartier chez S.J. Phillips (près de 5 M €).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°474 du 3 mars 2017, avec le titre suivant : Les antiquaires portent beau

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque