Galerie - États-Unis

ART CONTEMPORAIN

Le tour des galeries de New York

Par Barthélemy Glama, correspondant à New York · Le Journal des Arts

Le 13 décembre 2021 - 968 mots

NEW YORK / ÉTATS-UNIS

L’inauguration d’un nouvel espace pour Zwirner, la redécouverte d’un tableau perdu chez Hauser & Wirth et une controverse politique de premier plan chez Georges Bergès marquent une demi-saison new-yorkaise riche en actualité.

New York. C’est une exposition qui aura fait couler beaucoup d’encre. Hunter Biden, fils du président des États-Unis Joe Biden, présente pour la première fois ses œuvres à New York chez Georges Bergès (SoHo). Ancien homme d’affaires dont les intérêts économiques controversés en Ukraine avaient attisé les feux de la dernière campagne présidentielle, celui-ci a récemment entamé une carrière de peintre. Les Républicains s’étaient émus de la vente de ces toiles, craignant qu’elle ne déguise un potentiel trafic d’influence permettant à des collectionneurs mal intentionnés d’acheter les faveurs du père en même temps que les œuvres du fils. Polémique oblige, l’exposition, étrange, n’est pas visible depuis la rue : il faut descendre, sous bonne surveillance, dans la cave de la galerie plongée dans l’obscurité pour voir les peintures, une dizaine de grands formats aux motifs végétaux abstraits, texturés et aux couleurs saturées. Aucun cartel n’en précise d’ailleurs l’auteur, ni même les prix, élevés pour un peintre débutant : entre 75 000 et 500 000 dollars (64 000 et 430 000 €).

Dans une fourchette de prix comparable, on pourrait acquérir l’un des portraits iconiques de Beauford Delaney que présente Michael Rosenfeld (Chelsea). Chantre de l’expressionnisme l’abstrait, l’artiste afro-américain était revenu à la figuration après son installation à Paris au milieu des années 1950. On découvre au fil des 32 œuvres rassemblées, traitées dans une palette fauve appuyée, les visages familiers du chanteur William Christopher Handy, de Robert Kennedy, ou encore des écrivains James Baldwin et Jean Genet. Quelques rues plus haut, Gagosian (Chelsea) met à l’honneur une autre figure historique de l’art moderne américain : Donald Judd, le maître de la sculpture minimaliste. La galerie représente l’artiste depuis septembre. Elle célèbre l’événement avec une rare sélection de quinze peintures achevées entre 1959 et 1961, dominées par des lignes serpentines déchirant des camaïeux électriques. Majeures, elles portent déjà en elles les prémices des grands principes qui définiront plus tard les œuvres tridimensionnelles de l’artiste.

Un nouvel espace pour Zwirner

Grace Weaver n’a que 32 ans mais fait déjà l’objet d’un troisième solo show chez James Cohan (TriBeCa). Y figurent onze peintures monumentales, épaisses et bigarrées représentant de grandes figures de femmes saisies en plein mouvement dans un style très expressif. Un étage plus bas dans ce même immeuble du 52 Walker Street, David Zwirner inaugure son quatrième espace new-yorkais avec une exposition consacrée à l’artiste afro-américaine Kandis Williams. S’y mêlent collages, vidéo et sculptures qui traitent de racisme et de nationalisme à travers le prisme de la danse. Zwirner ambitionne de faire du « 52 Walker » un lieu différent de ses autres galeries, une sorte de « kunsthalle » (un musée sans collection permanente) avec des expositions longues, qui soit en même temps un espace de recherche et de réflexion, notamment sur les questions de justice sociale.

Cet automne, Lévy Gorvy (Upper East Side) présente conjointement dans ses galeries de New York, Londres, Paris et Hongkong des œuvres récentes de Mickalene Thomas. L’artiste, dont une toile avait atteint la somme record de 1,8 million de dollars (1,5 M€) chez Christie’s au début de l’été, a quitté Lehmann Maupin pour ce show international. À New York, on trouve les plus grandes œuvres de la série « Jet ». Le plus souvent posées au sol sur des blocs de ciment, dans une scénographie et un décor très travaillés, celles-ci mettent en scène des photos de femmes noires issues de calendriers de pin-up des années 1970, déformées en abstractions géométriques.

C’est un événement rare : une peinture entièrement nouvelle d’Arshile Gorky vient d’être découverte à la faveur d’un travail de restauration, cachée sous une autre peinture achevée par l’artiste arméno-américain à la toute fin de sa vie. Personne ne connaissait l’existence de cette image, sobrement intitulée Untitled (Virginia Summer) (1946-1947), que recouvrait depuis près de soixante-dix ans The Limit (1947, [voir ill.]), « une des œuvres tardives les plus importantes de Gorky » d’après Carlos Basualdo, conservateur au Philadelphia Museum of Art. Hauser & Wirth (Chelsea), qui représente le peintre, montre jusqu’à la fin décembre les deux tableaux côte à côte dans une présentation soignée et documentée, sans toutefois les proposer pour l’instant à la vente.

Oliver Jeffers, jeune illustrateur britannique, auteur de plusieurs ouvrages de littérature jeunesse à succès, occupe la galerie Bryce Wolkowitz (Chelsea) avec plus d’une centaine d’œuvres, pour la plupart des photographies d’intérieurs en noir et blanc auxquels il a ajouté de petits fantômes enfantins. L’exposition accompagne la publication d’un nouveau livre, There’s a ghost in this house (« il y a un fantôme dans cette maison ») [Philomel Books], qui raconte les pérégrinations d’une petite fille dans un vieux manoir qu’elle croit habité par des esprits. Des portraits aux yeux motorisés qui suivent le visiteur du regard, des jeux de miroirs et de reflets et une grande table de salle à manger à laquelle est assis un fantôme grandeur nature transforment les espaces de la galerie en une sorte de maison hantée, ludique et immersive.

Les illustrateurs à l’honneur

Un peu plus bas sur la même rue, Philippe Labaune (Chelsea) présente le premier solo show américain de Lorenzo Mattotti, illustrateur italien vivant à Paris que les New-Yorkais connaissent bien : il est l’auteur de plus d’une trentaine des fameuses couvertures du New Yorker Magazine. L’exposition rassemble quelques grandes peintures et de plus petits dessins exécutés pour l’essentiel au cours de l’année écoulée. On y voit des figures perdues dans une chambre vide ou parcourant un vaste paysage. « La pandémie m’a forcé à rester dans mon atelier et à travailler, explique-t-il. Ce fut l’occasion de retourner à une vieille passion, la peinture de grand format, et à peindre ces personnages confinés qui cherchent, comme nous tous, à renouer avec la nature. »

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°579 du 10 décembre 2021, avec le titre suivant : Le tour des galeries de New York

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