Dimanche 21 octobre 2018

Palmarès des galeries (2ème partie) : Des cartes rebattues à moitié

Le Top 40 des galeries d’art contemporain en France (II)

Ce classement qui ne prend pas en compte la notoriété des artistes représentés modifie quelque peu la hiérarchie du classement général

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 25 octobre 2016 - 99 mots

Nous publions ici le sous-classement établi par Alain Quemin des galeries d’art contemporain installées en France en fonction de leur reconnaissance par les institutions et leur présence dans les foires.

On pourrait presque en faire un mode de validation du palmarès : c’est bien la galerie Gagosian qui arrive en première position du sous-classement « Reconnaissance et accès au marché », comme on pouvait aisément l’escompter. Sa galerie à Paris est remarquable, avec deux espaces, l’un dans le bourgeois 8e arrondissement, l’autre en banlieue, au Bourget. À une implantation internationale inégalée se combine un accès massif aux foires. Suivent deux galeries d’origine française – Emmanuel Perrotin (2e) et Nathalie Obadia (2e) –, qui profitent toutes deux de plusieurs espaces à Paris, d’une implantation à l’étranger et ayant un fort accès aux foires importantes.

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La suite du classement est occupée par deux galeries d’origine étrangères : Thaddaeus Ropac (4e) qui a, mieux que ses pairs venus d’ailleurs, parfaitement réussi son implantation à Paris, et Marian Goodman (5e). L’accès de ces galeries au marché international, tant via leurs antennes qu’à travers les grandes foires, joue à plein. Sont également plutôt bien classées des galeries qui apparaissent particulièrement comme des galeries « de foires » ; les deux meilleurs exemples du palmarès étant la galerie Jocelyn Wolff (10e) implantée dans un quartier assez périphérique de Paris (le 20e arrondissement), dans un local exigu, et l’importante galerie d’origine italienne Continua (14e), qui a préféré à la capitale française un vaste espace situé loin en Seine-et-Marne.

Dans les vingt premières places cohabitent galeries d’origine française (souvent très bien insérées dans le monde de l’art hexagonal de ce fait) et établissements d’origine étrangère, dont la reconnaissance par les structures françaises est souvent moindre : la galerie Peter Freeman est ainsi classée 10e, Taka Ishii 13e, Karsten Greve 16e, Max Hetzler 16e. Il convient de signaler que nous avons appliqué des « malus » à deux galeries, Lelong (6e) et Taka Ishii (qui n’est présent en France que via sa composante Taka Ishii Photography), dans la mesure où la liste des artistes qu’elles représentent à Paris ne se confond pas avec celle de leurs antennes à l’étranger. Dès lors, il n’est pas possible de considérer que c’est absolument la même structure qui est partout présente dans le monde.

Quels changements peut-on anticiper ? Comme l’espace d’une galerie apparaît très important, tant en termes de localisation que de caractéristiques – dont la surface –, il sera nécessaire d’affiner ce critère lors de prochains classements. Il est loin le temps où Daniel Templon quittait son local exigu du quartier Saint-Germain-des-Prés (ce qui était la norme à l’époque pour les galeries d’art contemporain), afin de s’installer dans le Marais, rue Beaubourg, dans un vaste espace, à deux pas du futur Centre Georges Pompidou qui allait être inauguré en 1977. Le choix de ce nouveau quartier qui allait progressivement s’imposer comme le centre de l’art contemporain à Paris était pionnier. Depuis, les galeries se sont étendues et la concurrence s’est encore considérablement accrue en 2012, lorsque Thaddaeus Ropac a franchi le périphérique et ouvert un espace immense à Pantin. La course à l’international s’accélère également. En quelques semaines, Thaddaeus Ropac, puis Kamel Mennour, ont récemment annoncé leur arrivée à Londres, Almine Rech y ouvrant, elle aussi, un deuxième espace… et amorçant ainsi son installation à New York. Les meilleures places du classement sont en jeu et pourraient connaître des changements, certes pas radicaux mais notables, à échéance assez brève.

Question de méthode

Le palmarès des galeries d’art contemporain installées en France présenté dans le précédent numéro du Journal des Arts se fonde, sur un ensemble de critères combinant reconnaissance et accès au marché. Il convenait, en effet, tout d’abord, d’identifier les galeries d’art contemporain. Nous avons décidé de considérer comme « art contemporain » ce qui est défini comme tel par le monde social constitué autour de cet objet, notamment par des instances de qualification et de sélection dont l’activité s’accompagne d’opérations de jugement qui s’appuient sur des valeurs communes. Afin de rendre compte de l’importance des galeries et/ou de leur professionnalité, il est apparu nécessaire de recourir à un ensemble très diversifié de jugements émis par des acteurs du monde de l’art contemporain et d’éléments factuels reflétant l’accès au marché : soit 18 critères !

Les premiers d’entre eux renvoient à la présence dans deux listes pour lesquelles il faut être adoubé ou parrainé : Galeries mode d’emploi et le Comité professionnel des galeries d’art (CPGA), chacune affectée d’un coefficient.

Des points ont été affectés en lien avec des signaux de reconnaissance du travail certes des artistes, mais aussi indirectement de leur galerie par la principale association de collectionneurs français, l’Adiaf (Association pour la diffusion internationale de l’art Français) et son prix Marcel Duchamp. Les galeries, dont au moins un artiste a été nommé sans avoir le prix ont reçu 1 point et celles qui ont eu un lauréat, 2 points. Les achats du Centre national des arts plastiques-Fonds national d’art contemporain auprès des galeries rapportent 1 point si ceux-ci ont eu lieu lors d’une unique session d’acquisitions, 2 points s’ils furent effectués lors d’au moins deux sessions différentes ; montrant bien que la galerie est plus durablement « sur les radars » de cette importante institution culturelle publique. Saluons ici la transparence du Centre national des arts plastiques (Cnap) qui indique spontanément sur son site auprès de quelles galeries françaises (et étrangères, parfois), il acquiert ses œuvres. Nous aurions aimé intégrer aussi les achats du Musée national d’art moderne (MNAM). Toutefois, malgré des demandes répétées, le MNAM a catégoriquement refusé d’indiquer auprès de quelles galeries il a acheté des œuvres au cours des dernières années.

Participation dans les foires
Les points suivants ont été attribués en fonction de leur présence aux foires, la participation à ces manifestations attestant de la reconnaissance par les pairs, dans la mesure où les galeries doivent être sélectionnées par les comités d’organisation. Les foires ouvrent, par ailleurs, l’accès à des collectionneurs au pouvoir d’achat différent selon les manifestations, ce que refléte la pondération. La Fiac, dont l’accès aux acheteurs internationaux et, davantage encore, nationaux, est essentiel pour les galeries tricolores, a été affectée du coefficient 5 points. « Officielle » 2015 (disparue depuis), ainsi que sa plus petite rivale Art Paris et le salon spécialisé sur le dessin contemporain Drawing Now mais aussi Art Brussels, offrant l’accès à des marchés plus étroits et/ou conférant un moindre prestige que la FIAC et entraînant moins de ventes différées pendant le reste de l’année, se sont tous vus attribuer des coefficients de 1 point chacun. Le mastodonte Art Basel a été pourvu du coefficient 10, tant il représente une voie royale d’accès au marché international. Sa filiale américaine Art Basel Miami s’est vu attribuer la moitié de ce poids. Si elle permet de toucher de riches clients internationaux, les ventes sont moins suivies d’effets retardés pour les participants français qu’avec la FIAC et elle pèse donc autant que celle-ci. D’autres foires internationales importantes ont été retenues : Frieze Londres, Frieze New York, Armory Show (à New York également), Art Basel Hong Kong, soit à chaque fois des foires d’importance, mais concurrente de la FIAC en termes de dates (en octobre également) pour la première d’entre elles, plus lointaines géographiquement pour les autres, même si elles ouvrent les portes à des marchés importants. Participer à deux d’entre elles ou plus apporte 5 points, à l’une seulement, 3 points.

Réseau mondial 
Le nombre de succursales a également été pris en compte : deux espaces ou plus à Paris ou en région parisienne rapportent 3 points, disposer d’au moins un lieu de vente et d’exposition à l’étranger 5 points. Et parce que le vaste monde n’offre pas des voies d’accès à des marchés de poids égal, avoir une antenne à Londres ou New York entraîne un bonus de 2 points, l’installation dans ces deux villes de 4 points, la présence dans plus de cinq pays (dont celle à Londres et New York) de 10 points, tant cette configuration est tout à fait exceptionnelle (seule la galerie Gagosian remplit cette condition à ce jour).

Les galeristes

1er / Larry Gagosian : L’empereur du marché de l’art
Le soleil ne se couche jamais sur son empire. Larry Gagosian a fondé sa première galerie à Los Angeles, en 1979, mais il rayonne désormais sur le monde entier depuis New York. Outre cette ville, où il dispose de quatre espaces, le galeriste est toujours présent à Los Angeles, mais également, désormais, à Londres, Rome, Athènes, Genève et Hongkong. En France, il s’est d’abord installé à Paris en 2010, avant d’ouvrir un « giga espace » au Bourget en 2012. Qu’il s’agisse de la reconnaissance – et de l’accès inégalé au marché international – ou de la qualité des artistes qu’il représente, Gagosian brille par son excellence : Andy Warhol, Bruce Nauman, Gerhard Richter, Joseph Beuys, Cindy Sherman, Ed Ruscha, Thomas Ruff, Robert Rauschenberg, Georg Baselitz, Franz West, etc., autant d’artistes dont le site de la galerie mentionne qu’ils sont « exposés » (sic) sans préciser lesquels sont… représentés.

6e / Almine Rech : L’internationale
Almine Rech a d’abord ouvert galerie, en 1997, non pas directement dans un vaste espace dans un quartier très central, mais dans le 13e arrondissement de Paris, avant de déménager une première fois en 2002 dans ce même quartier. En 2006, elle a alors gagné Le Marais, d’abord rue de Saintonge, puis, en 2013, rue de Turenne. En 2008, elle a ouvert une vaste antenne à Bruxelles et, en 2014, un premier espace à Londres. Cette installation a été couronnée de succès, puisqu’elle a développé dans cette ville un deuxième espace, plus vaste, en 2016. La galerie s’implante désormais à New York, dans le très chic Upper East Side. Almine Rech représente Franz West, Richard Prince, Jeff Koons, Jannis Kounellis, Günther Förg, John M. Armleder ou encore James Turrell.

8e / Kamel Mennour : Le « maïeuticien »
Kamel Mennour a commencé modestement, en 1999, dans le 6e arrondissement, qu’il ne devait plus quitter, rue Mazarine. Investissant un plus vaste espace rue Saint-André-des-arts, en 2007, il a pu étoffer sa liste d’artistes plus reconnus. Ont suivi, en 2013, une antenne annexe, à deux pas, rue du Pont-de-Lodi, puis, en 2016, sur la très chic avenue Matignon (en mai), puis, à Londres (en octobre), dans le quartier de Mayfair. Les artistes les plus reconnus défendus par la galerie ? François Morellet (partagé toutefois avec de nombreuses galeries françaises), Daniel Buren, Alfredo Jaar, Anish Kapoor, Martin Parr, Jake & Dinos Chapman, Ann Veronica Janssens. Mais aussi – on pourrait dire « surtout » – une impressionnante liste de jeunes artistes tels Alicja Kwade, Camille Henrot, Latifa Echakhch ou Mohamed Bourouissa parvenus en quelques années à des niveaux de visibilité peu communs à leur âge. Le prochain de ces succès pourrait bien être celui du tout jeune Hicham Berrada (30 ans) qui, porté par cette galerie pépinière de jeunes talents, semble promis à un brillant avenir.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°466 du 28 octobre 2016, avec le titre suivant : Le Top 40 des galeries d’art contemporain en France (II)

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