Mardi 18 septembre 2018

Palm Beach !

Le temps est un luxe

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 17 février 2006 - 566 mots

La foire des antiquaires de Palm Beach commence à prendre son envol commercial.
Même si le démarrage a été poussif, le bilan semble positif.

 PALM BEACH - Organisée du 3 au 12 février, la foire des antiquaires,  Palm Bach !, a eu des allures de déjà-vu. Le nouvel aménagement clair et aéré a pourtant tranché avec l’ambiance caverneuse de la dernière édition. Le niveau général a aussi sensiblement progressé. Le scénario a semblé toutefois identique à 2005 : la qualité était là, les clients, pas nécessairement. Tel était du moins le sentiment au démarrage. Face à la frénésie de la foire d’art contemporain Art Basel Miami Beach, l’allumage de Palm Beach ! a pu sembler poussif. Mais, pas plus que les deux marchés, les deux villes ne battent au même rythme.
Peut-on comparer le biotope d’un hospice de luxe et celui d’un Lunapark ? « Les premiers jours furent mous, mais les deux week-ends suivants furent excellents. Commercialement, c’était bien mieux que l’an dernier », assure pourtant Konrad Bernheimer (Munich).
La cadence commerciale diffère toutefois selon les secteurs. Magnifiquement représentées par Ariadne (New York), les antiquités orientales ont tout de suite tiré leur épingle du salon alors que le mobilier a traîné des pieds. « Cela s’est plutôt bien passé, mais sans plus. Beaucoup de choses sont encore en attente, indique le marchand Sylvain Lévy-Alban (Paris). Les gens ne dépensent pas en trois minutes et les meubles les passionnent moins que les tableaux, qui se sont bien vendus. » La galerie Cazeau-La Béraudière (Paris) a ainsi cédé illico Pavonia (2 millions de dollars, 1,6 million d’euros), son superbe Picabia de 1929 de la série des « Transparents ». Les amateurs locaux semblent plutôt portés sur l’art du XXe siècle, comme en atteste le succès de la foire Palm Beach Contemporary quelques semaines plus tôt. Le marchand Marco Voena (Milan) a d’ailleurs été plus souvent sollicité pour ses deux portraits par Warhol que pour ceux de Nattier ou de Largillière. À l’inverse, Konrad Bernheimer (Munich) a négocié une grande huile sur cuivre de Theobald Michau, peintre flamand du XVIIe siècle, à un amateur d’art moderne intrigué par les différences de prix abyssales entre l’art ancien et moderne ! Il a aussi vendu à un collectionneur d’art ancien le clou de son stand, un cheval vigoureusement brossé par le peintre victorien Sir Edwin Henry Landseer (1,7 million de dollars).
Reste que, pour damer le pion aux salons new-yorkais en perte de vitesse, la foire doit élargir le spectre de ses visiteurs. Palm Beach a beau concentrer durant l’hiver 25 % des fortunes américaines, ces dernières sont plus soucieuses de mondanités que de collectionnite. Pour capter une plus grande clientèle, le nouveau directeur du salon, Michael Mezzatesta, souhaite renforcer les liens avec les musées américains et leurs trustees en organisant à leur attention des conférences plus pratiques et techniques que simplement historiques. « Je veux attirer les jeunes collectionneurs et faire en sorte que le processus d’acheter de l’art soit moins intimidant », insiste-t-il. Pour cela, il a pioché sur la foire trois œuvres « abordables », entre 5 600 et 12 500 dollars, réunies sous l’intitulé « Director’s Choice » (« le choix du directeur »). Cette initiative un brin mégalomane a irrité quelques exposants, qui ont à l’inverse plutôt salué l’efficacité du très low profile Nick Korniloff, directeur général de l’International Fine Art and Antique Fair (IFAE).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°231 du 17 février 2006, avec le titre suivant : Le temps est un luxe

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