Le rocaille, pur style français

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 21 août 2008 - 436 mots

L’exubérant style rocaille qui nait sous Louis XV reste le fleuron des arts décoratifs français qui rayonnent au XVIIIe siècle dans toute l’Europe.

Sous le règne de Louis XV, et ce, dès la Régence consécutive à la mort de Louis XIV en 1715, les arts décoratifs français vont connaître une période de foisonnement des formes et des ornements avec l’avènement du style rocaille qui va s’étendre dans toute l’Europe sous le nom de « style rococo ». Le terme rocaille désigne à l’origine les formes dérivées des éléments de coquilles, coquillages et concrétions, dont le traitement novateur par les artisans, ébénistes, orfèvres, ornemanistes et décorateurs va faire des merveilles en France sous Louis XV. La ligne serpentine avec ses enroulements disjoints ou interrompus, les sinuosités et les chantournements s’imposent alors.
L’art rocaille, souvent résumé en un jeu subtil de courbes et contre-courbes, connaît son apogée dans les années 1730-1750 où il atteint une richesse d’invention exceptionnelle, souvent dans l’exubérance et la surcharge de son décor. Ouvert à tous les débordements de la ligne, il est aussi caractérisé par une vigueur du mouvement, un relief souple et déchiqueté et une asymétrie du décor. Le mobilier en bois de placage éclipse la marqueterie d’écaille et d’étain de style Boulle en vogue auparavant. Tout en conservant leur majesté, les lignes des meubles s’assouplissent. L’ornementation rocaille s’épanouit dans des bronzes ciselés et dorés en coquilles, arabesques, feuillages étirés, ailes de chauve-souris, dragons et figures d’espagnolettes et la feuille d’acanthe vient habiller le pied-de-biche.

Le goût pour l’exotisme
Parallèlement, le goût de l’exotisme se développe à travers les porcelaines chinoises montées en bronze doré et les meubles fabriqués à partir de panneaux de laque à décor peint sur fond noir (plus rarement rouge), provenant de Chine et du Japon, prélevés sur des objets importés d’Orient (paravents, coffres et coffrets, cabinets) et posés sur le bâti des commodes en guise de parure. Vers 1740, les frères Martin mettent au point un vernis imitant les laques d’Extrême-Orient qui portera leur nom. Ces meubles sont rares et recherchés.
Vers 1750, en réaction aux excès et extravagances du style rocaille, les décors s’assagissent et basculent dans un style « transition », avant de revenir, sous Louis XVI, à un certain académisme.

Acheter meubles et objets Louis XV

La Biennale des antiquaires de Paris (lire p. 86), du 11 au 21 septembre 2008, avenue Winston-Churchill, Paris VIIIe, www.bdafrance.eu Drouot, 9, rue Drouot, Paris IXe, tél. 01 48 00 20 20, www.drouot.com Christie’s, 9, avenue Matignon, Paris, VIIIe, tél. 01 40 76 85 85, www.christies.com Sotheby’s, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris VIIIe, tél. 01 53 05 53 05, www.sothebys.com

Questions à Guillaume Dillée, Expert en mobilier XVIIIe



Pourquoi les collectionneurs de mobilier XVIIIe apprécient autant le Louis XV ?

Le Louis XV est synonyme de renouveau dans les arts décoratifs français. C’est d’abord un mobilier heureux et audacieux par rapport au style Louis XVI, plus sage. Le goût croissant du confort sous Louis XV, conjugué à la spécialisation des usages, a donné naissance à une foule de nouveaux meubles séduisants tels que la chiffonnière, la table de toilette, la table-coiffeuse, la table de jeu, la table de chevet, le bonheur-du-jour, la commode sauteuse, le confident (bout de canapé), le meuble d’encoignure ou encore le meuble à mécanisme.

Peut-on mélanger les styles ?

Le Louis XV et le Louis XVI ne se marient pas très bien. En revanche, le Louis XV se mélange avec les meubles des époques antérieures tandis que le Louis XVI se combine aux arts décoratifs du XXe siècle.

Qu’en est-il de la cote du mobilier Louis XV ?

C’est un marché à deux vitesses. Les meubles haut de gamme, prisés des collectionneurs, valent toujours très chers. Le moyen de gamme qui ne décolle pas est devenu du mobilier d’usage. Sauf peut-être les sièges et les meubles en laque.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°605 du 1 septembre 2008, avec le titre suivant : Le rocaille, pur style français

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