Mercredi 15 juillet 2020

Galerie

ABSTRACTION-CRÉATION

Le relief par Herbin, Béothy et Domela

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 16 juin 2020 - 659 mots

PARIS

Les galeries Le Minotaure et Alain Le Gaillard soulignent les particularités attachées à la pratique du relief chez ces trois artistes.

César Domela, Relief n°15 A, 1939, bois peint, cuivre rouge, peau de requin, parchemin, cuivre, laiton, 60 x 100 cm. © Galerie Le Minotaure
César Domela, Relief n°15 A, 1939, bois peint, cuivre rouge, peau de requin, parchemin, cuivre, laiton, 60 x 100 cm.
© Galerie Le Minotaure

Paris. Quatre à cinq fois par an, les galeries Le Minotaure (Benoît Sapiro) et Alain Le Gaillard organisent une même exposition dans leurs espaces respectifs, mettant ainsi leurs ressources et leur travail en commun. « Je pense que ce type d’exposition, avec regroupements de plusieurs galeries, va se développer à l’avenir, à la suite de la crise sanitaire que nous traversons, observe Benoît Sapiro. D’ailleurs, avec nos grandes expositions organisées au printemps et à l’automne, nous vendons quasiment aussi bien que sur le stand d’une foire. »

Pour l’heure, les deux marchands ont choisi d’éclairer les liens entre trois artistes : Auguste Herbin (1882-1960), Étienne Béothy (1807-1961) et César Domela (1900-1992), à travers leurs recherches respectives autour du relief. Tous trois ont expérimenté ce type de sculpture, avec une approche différente mais aussi des similarités, comme l’importance attachée à la composition ou à la couleur, le traitement raffiné des matériaux utilisés et la volonté d’intégrer l’art à la réalité quotidienne. Il aura fallu six mois aux galeristes pour rassembler les pièces, en complétant les œuvres déjà présentes dans leurs fonds par des achats en collections privées et des reprises de fonds de confrères. « Le tout est agrémenté d’œuvres issues de collections privées qui ne sont pas à vendre, mais nous considérions que, pour la démonstration, il était important de les montrer », explique Benoît Sapiro.

Pourquoi ces trois artistes ? « J’ai travaillé sur eux séparément, à des occasions diverses. Puis tout est parti d’une intuition, celle qu’il y avait un lien entre eux. Elle a grandi au fil des ans et elle s’est confirmée quand j’ai commencé à préparer l’exposition, notamment quand la fille aînée de Béothy m’a révélé que son parrain était Herbin », raconte le galeriste.

Usage de bois précieux

En 1913-1914, une première tentative d’expression par le relief surgit avec Picasso, Tatline ou encore Rodtchenko. Ceux-ci cherchent une nouvelle voie, expérimentent de nouveaux matériaux, avec la volonté de sortir du cadre et de redéfinir l’espace de l’œuvre et ses fonctions. Puis Herbin se lance. En 1918-1919, il commence à découper ses formes, comme dans le triptyque Composition 1, Composition 2, Composition 3, huile sur toile de 1919, ou Composition, 1921, une fresque sur mortier. En 1921, il expose ses reliefs – inspirés d’une forme de cubisme abstrait – à la galerie L’Effort moderne, fondée par Léonce Rosenberg, une exposition qui sera laminée par la critique. Rosenberg lui demande même de repasser à la figuration, ce qu’il fait de 1922 à 1926, entre art naïf et purisme. Mais en 1926 il annonce à Rosenberg qu’il se consacre entièrement à l’abstraction. En 1930, il préside tous les groupes abstraits géométriques, Cercle et Carré, De Stijl ou Art concret, qui se réunissent sous la bannière d’Abstraction-Création. Béothy, sculpteur franco-hongrois, est également très impliqué dans ce mouvement et Domela, un artiste néerlandais qui vient de De Stijl, rejoint l’aventure. À partir de 1937, Domela utilise des matériaux tels que le plexiglas, les cordages, le laiton, le bois, comme l’illustre le Relief. Construction en brun et bleu no 13B, daté de cette année-là. Grâce à Abstraction-Création, il se libère du dogmatisme de Mondrian. Et le relief va devenir son principal mode d’expression, en le faisant l’un des maîtres incontestés du genre. « Il y a une vraie proximité entre les œuvres de Béothy et de Domela à la même époque, notamment dans l’utilisation de matériaux divers, de bois précieux… », note Benoît Sapiro.

La présentation réunit une cinquantaine d’œuvres, réparties à parts à peu près égales entre les artistes ; la plupart sont extrêmement bien documentées car elles ont été exposées et reproduites à l’époque. La majorité d’entre elles sont datables entre 1937 et 1950, et affichent des prix compris entre 2 000 et 300 000 euros (pour Composition symétrique, 1920, de Herbin, qui provient de la galerie L’Effort moderne). Plusieurs pièces ont déjà été cédées.

Herbin, Béothy, Domela. La troisième dimension,
jusqu’au 31 juillet, Galerie Le Minotaure, 2, rue des Beaux-Arts, et Galerie Alain Le Gaillard, 19, rue Mazarine, 75006 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°547 du 5 juin 2020, avec le titre suivant : Le relief par Herbin, Béothy et Domela

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