Dimanche 25 février 2018

Le mobilier français bénéficie d’une forte embellie (part I)

Événement à venir chez Tajan, bel ensemble à Drouot

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 26 février 2008

Le marché du mobilier français est soutenu par la dispersion prochaine à Drouot de pièces de qualité pour leur rareté, leur architecture, leur signature et leur provenance. La vente prestige organisée par l’étude Tajan le 20 décembre à l’hôtel George-V offrira, elle, des lots d’exception de haute qualité internationale. Du jamais vu depuis dix ans en France.

PARIS - “Ce n’est pas une vente, c’est un événement !”, indique Olivier Le Fuel, en charge de la vente prestige de mobilier (le 20 décembre, hôtel George-V, étude Tajan).”Il n’y a pas eu de tels meubles depuis près de dix ans sur le marché français”, précise-t-il. L’événement porte précisément sur trois lots. Une importante paire de cabinets d’époque Louis XVI de forme rectangulaire à léger ressaut en placage d’ébène marqueté dans le goût de Boulle en partie et contrepartie, réalisée par Étienne Levasseur et estimée 4-5 millions de francs. La Wallace Collection à Londres en possède une paire similaire. Autre vedette de la vente : un rare secrétaire d’époque Louis XVI estampillé I. Dubois de forme rectangulaire en bois en camaïeu beige laqué bleu-vert, et qui possède la rare particularité d’avoir un décor peint en trompe-l’œil, à la place de la marqueterie. Ornée de beaux bronzes ciselés et dorés, la pièce phare affiche une estimation de 8-10 millions de francs. Un autre secrétaire à abattant d’époque Louis XV, de forme galbée et incurvée en façade de bois de rose, amarante et bois de rapport, est évalué 6 à 8 millions de francs. Pour l’expert, “ce bureau très architecturé a des proportions rares et un galbe extraordinaire”. Il a été exécuté par Latz dont une pièce semblable issue de la collection Riahi a été cédée 4,6 millions de dollars (lire ci-contre).

Outre ces meubles magnifiques, la vente réserve quelques bonnes surprises comme une pendule dite “à l’étude” d’époque Louis XVI en bronze ciselé et patiné, ornée dans la partie supérieure d’un aigle aux ailes déployées tenant des foudres dans ses serres, estimée 200-250 000 francs. La base en marbre blanc repose sur six patins à godron et le cadran est signé de l’émailleur Dubuisson.
À noter également, deux carpes du XVIIIe siècle en porcelaine d’Arita (Japon) à décor polychrome avec montures françaises en bronze doré. La porcelaine japonaise étant très recherchée, l’ensemble est estimé entre 300 et 500 000 francs.

De belles ventes classiques
Du côté des ventes classiques, le marché présente aussi un grand intérêt. Le 9 décembre (hôtel des ventes du palais des Congrès, étude Poulain-Le Fur), sera proposée une paire de fauteuils des frères Jacob, d’époque Convention, aux accoudoirs reposant sur des têtes de lions ailés et aux pieds antérieurs en jarret et griffes de lions, estimée 350-450 000 francs. Les deux fauteuils sont directement inspirés de croquis à la plume réalisés par Charles Percier. Deux meubles d’époque Empire, estampillés Molitor, une commode à portes et un secrétaire à abattant, tous deux de forme rectangulaire en acajou et placage d’acajou moucheté et chenillé, seront vendus le 29 novembre à l’hôtel Drouot (étude Millon). L’ensemble, estimé 500-600 000 francs, “a été réalisé dans une qualité d’acajou merveilleuse, précise Olivier Le Fuel. Les lignes sont sobres, presque modernes de conception. Quant à Molitor, c’est un artiste récemment redécouvert, un des maîtres les plus remarquables de son temps et un concurrent de Jacob”.

Un régulateur de parquet en acajou d’époque Directoire daté 1797, estimé 400 000 francs, est à remarquer le 17 novembre (Drouot-Estimation). Les barillets, le mécanisme de sonnerie et une partie du remontoir sont dissimulés dans la corniche. Ce lot porte la signature de deux artistes importants : le cadran est l’œuvre de Dubuisson, un des plus grands émailleurs de son temps et la pendule de compensation a été réalisée par Robin qui fut, entre autres, horloger de Marie-Antoinette. Deux exemplaires comparables passés en ventes publiques il y a une dizaine d’années avaient dépassé les 500 000 francs.

Les fauteuils de Coco Chanel
L’intérêt de la classique commode en placage de satiné d’époque Louis XV, estampillée de Hansen, réside dans sa provenance. Conçue pour Madame de Pompadour et livrée dans sa résidence royale de Bellevue en 1750, elle est mentionnée dans plusieurs inventaires et possède la marque au fer du château de Bellevue. Elle est proposée autour de 300 000 francs dans la vente du 27 novembre (étude de Ricqlès). Dans la même vacation, une paire d’appliques à trois bras de lumière en bronze ciselé et doré, réalisée vers 1770, doit son estimation, d’environ 500 000 francs, à l’originalité du modèle plus qu’à l’attribution à Louis Prieur. Inspirées des formes de l’ornemaniste Jean-Charles Delafosse, elles entrent dans un répertoire décoratif néoclassique : vase enflammé, bras de lumière à la grecque réunis par une draperie, fût à enfilage de piastres et tores de lauriers. De plus, par leur taille importante – 68,5 cm – elles sortent de l’ordinaire. Dans le même esprit, une paire de porte-torchère d’époque Louis XIV, remarquable par le travail raffiné du mélange de la marqueterie d’étain et de bois doré, pourrait pousser les enchères au-delà du million de francs le 13 décembre (étude Ferri) tandis qu’une suite de six fauteuils estampillée de Delaisement, très actif sous Louis XVI, estimée 500 à 600 000 francs devrait attirer doublement l’attention. “Il est peu courant d’avoir la réunion de six éléments et le modèle est particulièrement original avec deux montants obliques encadrant un dossier ovale et des pieds torsadés, précise Éric de Saint-Seine du cabinet Lepic. L’ensemble est répertorié dans un ouvrage de référence des années trente sur le mobilier XVIIIe écrit par André Theunissen où il est question de sa provenance : la collection de Mademoiselle Chanel.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°115 du 17 novembre 2000, avec le titre suivant : Le mobilier français bénéficie d’une forte embellie (part I)

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