Mercredi 19 décembre 2018

Ventes publiques

Le marché absorbe à doses homéopathiques les ventes « Aristophil »

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 28 novembre 2018 - 713 mots

PARIS

La troisième vacation des ventes de livres et manuscrits a atteint 8,8 millions d’euros, portant le total des ventes en un an à 30 M€. Bien loin du préjudice des épargnants estimé 1 milliard d’euros.

Paris. Voilà un an maintenant que les vacations ayant pour objectif de disperser les lots liés au scandale « Aristophil » s’enchaînent. Cette société spécialisée dans le commerce des manuscrits et autographes, créée par Gérard Lhéritier dans les années 1990 aurait floué 18 000 épargnants pour un préjudice avoisinant le milliard d’euros. Un an après la vente inaugurale d’Aguttes le 20 décembre (3,80 M€) et six mois après la deuxième session (17,60 M€), le troisième volet vient de s’achever. Au total, les cinq ventes organisées du 14 au 19 novembre et consacrées à la littérature, aux beaux-arts et aux sciences – orchestrées par quatre maisons regroupées sous le sigle OVA (Les Opérateurs de Vente pour les collections Aristophil) – ont atteint 8,8 millions d’euros frais compris, soit autour de 7,5 millions d’euros sans frais, donc en deçà de l’estimation haute (8,60 M€). 32 préemptions ont été comptabilisées, mais aucune enchère millionnaire ni envolée spectaculaire n’est à recenser. Oscillant entre 48 et 89 % de lots vendus selon les vacations, le taux moyen de ventes s’élève à 70 %. « Le marché reste relativement dynamique et les clients sont là. Par ailleurs, même si les estimations sont un peu poussives, le taux d’invendus n’est pas catastrophique », a commenté Thomas Vincent, marchand à Paris. Et d’ajouter : « pour l’instant, le marché n’est pas inondé comme on le craignait, même s’il y a une affluence de belles pièces ». Mais ce n’est que le début, car étant donné le volume astronomique d’œuvres, il faudra 300 ventes et au moins six, voire dix ans pour tout disperser.

Pour cette session, toutes les vacations n’ont pas connu le même succès. La vente beaux-arts (Drouot Estimations) n’a pas soulevé beaucoup d’enthousiasme. Avec 810 888 euros récoltés, elle n’a pas atteint son estimation (850 000 €) et a fait beaucoup de casse avec 52 % de lots ravalés. En revanche, la vente dévolue aux sciences (Artcurial) s’en est bien sortie avec 2,3 millions d’euros engrangés, soit plus du double de son estimation (870 500 €). La maison de ventes a obtenu le prix le plus haut de la session pour un ensemble de manuscrits de la physicienne française Emilie du Châtelet sur les recherches de Newton adjugé à 507 000 euros (est. 150 000 à 250 000 €). Autre vente notable, le manuscrit de Jean-Jacques Rousseau, Lettres de deux amans, habitants d’une petite ville aux pieds des Alpes [La Nouvelle Héloïse], adjugé 481 000 euros chez Aguttes le 14 novembre.

 

 

Des prix de vente redevenus raisonnables

Les envolées les plus marquantes concernent certains écrits d’Einstein, dont un manuscrit correspondant à un article publié dans le New York Times en 1929 sur la théorie de la relativité adjugé à 299 000 euros, soit dix fois son estimation. « En tout cas, on peut racheter des lettres et des documents avec des contenus intéressants à des prix qui ne sont plus délirants comme par le passé », fait remarquer Thomas Vincent. Côté livres, « ça se vend plus tôt bien, alors que les estimations étaient soutenues. En tout cas, elles n’ont pas rebuté les acheteurs. D’ailleurs, sur les 15 lots que nous souhaitions acheter, nous n’en avons décroché que trois », a révélé le libraire Bertrand Meaudre (Librairie Lardanchet) avant d’ajouter : « Les prix étant moins soutenus (certains grands collectionneurs comme Pierre Bergé n’ont pas encore été remplacés), nous pouvons de nouveau acheter certains pans de la littérature française. »

Au total, ce sont quelque 30 millions d’euros (une vente « Baudelaire » s’est déroulée le 4 novembre à Fontainebleau) qui ont été récoltés depuis le début des opérations, bien loin du milliard d’euros de préjudice. Pour certains connaisseurs du marché, qu’importe le résultat de la vente, la vraie question est ailleurs : « L’effondrement ou non d’un marché se mesure au fait que des gens ont payé des sommes folles pour des pièces qui maintenant se vendent 1/10e du prix et sont achetées par des fonds de placements, des banquiers… qui profitent de la situation. » On peut aussi se demander pourquoi des experts mis sur la sellette dans ce scandale sont aujourd’hui les experts de ces ventes…

 

 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°512 du 30 novembre 2018, avec le titre suivant : Le marché absorbe à doses homéopathiques les ventes « Aristophil »

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