Asian Week

L’art d’Asie en perte de vitesse

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 30 septembre 2014 - 751 mots

Malgré une forte demande et un bon taux de ventes, Christie’s et Sotheby’s New York accusent un repli de 60 % par rapport à 2013.

NEW YORK - Christie’s et Sotheby’s tenaient leurs ventes new-yorkaises d’art d’Asie du 16 au 19 septembre. Pour cette session, les deux maisons de ventes cumulent un chiffre d’affaires de 98,6 millions de dollars (76,8 millions d’euros) contre 145,6 millions de dollars (113,5 millions d’euros) en septembre 2013. Pour Géraldine Lenain, directrice internationale du département de céramiques et objets d’art chinois chez Christie’s à Hongkong, « chaque saison dépend des collections que nous avons. De même, un objet dont le prix explose biaise le résultat. C’est le pourcentage de lots vendus et le pourcentage en valeur qui permettent d’indiquer si un marché se porte bien ou pas ». Or, pour Christie’s, le pourcentage de lots vendus est de 80 % et de 75 % pour Sotheby’s, des taux de ventes habituels dans ce secteur. Ainsi, les acheteurs sont toujours aussi présents, même si la demande est beaucoup plus sélective sur la provenance et la qualité des objets que par le passé. En revanche, l’offre s’est contractée lors de cette session : Christie’s a récolté pour 6 ventes 43,5 millions de dollars (33,9 millions d’euros), contre 71,6 millions de dollars en 2013 avec 8 ventes. Même constat chez Sotheby’s, avec un résultat de 55,1 millions de dollars (74 millions de dollars en 2013) pour trois ventes au lieu de quatre, la vente des bronzes archaïques de la collection Eberhardt il y a un an avait remporté un franc succès.

Raréfaction des objets
Pour Caroline Schulten, directrice du département arts d’Asie de Paris, « ceci s’explique par la diminution du nombre d’objets, du fait qu’il reste de moins en moins de collections chinoises aux États-Unis, mais les prix restent forts même s’ils se sont normalisés depuis 2011 ». Et puis, ce n’est un secret pour personne, les Chinois rachètent tout ce qu’ils peuvent pour le ramener en Chine. Aussi, pour chaque catégorie de biens (céramique et objets d’art, peinture et calligraphie, art moderne et contemporain sud asiatique et art d’Asie du Sud-Est et Inde), on constate une baisse due à la raréfaction des pièces majeures. Cependant, les pièces de qualité se sont correctement négociées et à de forts prix, comme un bol à décor d’émaux cloisonnés, Dynastie Ming, XVe-XVIe siècle, adjugé 2,6 millions de dollars (1)(est. 300 000 à 500 000 euros) ou un vase en jade jaune pâle d’époque Qianlong-Jiaqing (1736-1820) vendu 581 000 dollars (est. 300 000 à 500 000 euros). Chez Sotheby’s, les ventes de peinture ancienne et calligraphie chinoises se sont maintenues – ce marché n’existant que depuis deux ou trois ans – avec un total de 32,5 millions de dollars. Bambou et rocher, une encre sur papier de Zheng Xie (1693-1765) s’est vendue 2,6 millions de dollars (est. 850 000 à 1,2 million). Du côté de la céramique et des objets d’art, les objets céladon avaient la cote, puisque trois d’entre eux remportaient les plus hautes enchères, à l’instar d’un vase à décor de deux dragons sinueux, époque et marque Kangxi, qui a été adjugé 2,3 millions de dollars (est. 200 000 à 300 000 dollars). Une figure d’Indra en cuivre doré, Népal, XVe siècle, dans la même collection depuis la fin du XIXe siècle, a trouvé preneur à 785 000 dollars (est. 100 000 à 150 000 dollars) tandis qu’un bol ding, de la dynastie des Song du Nord, issu de la collection Sakamoto Gor se vendait 1,2 million de dollars (est. 400 000 à 500 000 dollars). Cependant, une jarre et un vase meiping d’époque Song, provenant de cette même collection et estimés chacun 2,5 à 3 millions de dollars sont restés sur le carreau. Ces estimations trop élevées viennent rappeler que les collectionneurs asiatiques apprécient les estimations raisonnables. Or, le contexte étant de plus en plus compétitif, les estimations augmentent. D’ailleurs, le 18 septembre, c’est la maison de ventes Skinner de Boston, qui a raflé la mise, en vendant un vase à décor émaillé polychrome (Fencai), commandé par l’Empereur Qianlong (1711-1799) pour 25 millions de dollars (est. 250 000 dollars).

Sotheby’s, du 16 au 18 septembre

Estimation : 39,6 à 54 millions de dollars
Résultat : 55,1 millions de dollars (43 millions d’euros)
Lots vendus : 74 %

Christie’s, du 16 au 19 septembre

Estimation : non communiquée
Résultat : 43,5 millions de dollars (34 millions d’euros)
Lots vendus : 80 %

Note

(1) Les adjudications sont indiquées frais compris et les estimations hors frais

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°420 du 3 octobre 2014, avec le titre suivant : L’art d’Asie en perte de vitesse

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