L’art contemporain russe dans le circuit international

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 1 avril 2005 - 430 mots

En juillet 1988, à l’orée de la Perestroika, Sotheby’s organisait une vacation autour de l’avant-garde soviétique à Moscou. À cette occasion, le chanteur Elton John déboursait 40 000 livres sterling pour une œuvre d’Igor Kopystiansky ! Exception faite des artistes Ilya Kabakov et Eric Boulatov, défendus par Dina Vierny puis par la Galerie de France, peu de créateurs à l’affiche de cette vente ont résisté au feu de paille, faute d’un soutien politique. Le premier appui « institutionnel » est venu de la fondation George Soros qui a injecté de l’argent en faveur des nouveaux médias. Mais l’ex-Empire éclaté n’a pas dit son dernier mot. Le ministère de la Culture a financé à hauteur d’un million de dollars la première Biennale d’art contemporain lancée de janvier à février 2005 à Moscou. Les initiatives privées se multiplient. En septembre dernier, un centre d’art baptisé Art Strelka a vu le jour à Moscou. Ce complexe regroupe quelques galeries comme XL, mais aussi le Collectors Club Gallery, qui soutient l’activité de collection en Russie, et les bureaux du Art Business Consulting, créés par les artistes Maxim Ilyukhin, Mikhail Kosolapov et Natalia Struchkova.

Un marché qui reste local
Les galeries ouvertes au début des années 1990 comme Aidan, XL ou Guelman pénètrent depuis peu le circuit des grandes foires internationales. Mais leur marché reste local. La galerie Aidan n’effectue que 10 % de son chiffre d’affaires avec les collectionneurs étrangers. Certains artistes visibles en mai sur Art Moscow commencent aussi à se frayer un chemin dans les enseignes internationales. La galerie parisienne Rabouan-Moussion, qui travaille depuis longtemps avec Oleg Kulig, a recruté en 2004 Alexandre Ponomarev. La galerie Orel, installée depuis près de deux ans à Paris, introduit la nouvelle avant-garde russe dans les collections privées françaises. On y découvre les photographies décalées d’Arsen Savadov pour 5 000 euros ou la veine kitsch de Vladimir Dubossarsky et Alexander Vinogradov. Les tableaux un brin léchés du tandem valent entre 15 000 et 40 000 euros, soit 15 % de plus qu’il y a deux ans. Après la galeriste autrichienne Ursula Krinzinger, l’Américain Jeffrey Deitch s’est aussi attaché au duo. Le publicitaire Charles Saatchi a enfin acquis deux de leurs œuvres en janvier dernier à Londres. Les « peintures » en Scotch d’emballage de Valery Koshlyakov, revisitant les icônes du xxe siècle, ont vu leur prix grimper de 30 %. Rappelons que cet artiste avait représenté la Russie à la Biennale de Venise en 2003, de même qu’il avait investi la Salpetrière en 2004 avec une installation monumentale. L’exposition que concocte le musée Guggenheim de New York sur la jeune scène russe pour fin septembre promet de faire flamber les prix.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°568 du 1 avril 2005, avec le titre suivant : L’art contemporain russe dans le circuit international

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