Royaume-Uni - Antiquaire

Marchand d’art ancien

L’antiquaire Fabrizio Moretti explique sa présence à Londres 

« Londres demeure le centre mondial le plus important aussi bien pour l’art ancien que pour l’art moderne et contemporain »

Par Olivier Tosseri, correspondant à Rome · Le Journal des Arts

Le 22 septembre 2022 - 728 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

Londres. Spécialisé dans les maîtres anciens, autant en peinture qu’en sculpture, le Toscan Fabrizio Moretti est notamment présent à Florence, Londres et Monaco.

 Fabrizio Moretti dans sa galerie londonienne, 2022. © David Levene
Fabrizio Moretti dans sa galerie londonienne, 2022.
© David Levene

Le quadragénaire a inauguré un nouvel espace à Londres le 1er juillet dernier. Parmi ses clients la Galerie des Offices, le Louvre Abu Dhabi ou encore le Metropolitain Museum of Art. Il est également secrétaire général de la Biennale internationale des antiquaires de Florence qui fait son grand retour après avoir été annulée à deux reprises en raison de la pandémie. Elle se tiendra au Palazzo Corsini du 24 septembre au 2 octobre.

Pourquoi avoir choisi Londres ?

Fabrizio Moretti : C’est un vieux rêve qui se réalise. Nous avons fermé l’autre espace londonien en 2019 pour nous concentrer sur ce nouveau lieu au 12-13, Duke Street à Mayfair pendant la London Art Week. La galerie s’étend sur deux bâtiments datant du XVIIe siècle pour une surface totale d’environ 800 m2. L’accrochage initial couvre une période allant du XIVe au XVIIe siècle avec des œuvres de Sano di Pietro ou de Giovanni Baronzio. Je pense que Londres demeure le centre mondial le plus important aussi bien pour l’art ancien que pour l’art moderne et contemporain. Le Brexit n’a pas changé ce statut même si cela a effrayé quelques marchands qui se sont réfugiés à Paris. Je continue de penser que la capitale britannique est difficilement remplaçable. C’est une plateforme d’échanges incomparable avec Sotheby’s et Christie’s qui y ont maintenu leurs sièges et ont réalisé de très belles ventes. Londres est un lieu de passage où croiser les plus grands historiens de l’art, commissaires d’exposition, collectionneurs et marchands.

Quelle évolution a connu le marché de l’art ancien au cours des dernières décennies ?

C’est un marché de niche car les œuvres à disposition, tout comme le nombre de vendeurs et d’acheteurs sont limités. Je le compare souvent à une petite partie d’échecs. Il est plus régi par la passion que par la spéculation, à la différence du marché de l’art contemporain. Le principal effet de la crise financière, puis de la pandémie, au cours des deux dernières décennies est d’avoir encore plus polarisé l’offre du marché entre des œuvres de très grande valeur et celles qui le sont bien moins. Il y a encore une dizaine d’années, il existait un marché intermédiaire qui pouvait satisfaire la bourgeoisie. Il a disparu.

Comment vivez-vous la concurrence des salles de ventes ?

Ce sont deux mondes différents qui ne se parlent pas, même s’ils devraient collaborer. Le marché de l’art ancien restera de toute façon un marché étroit avec quelques concurrents provenant du monde de l’art contemporain qui voudront « contaminer » leur collection. Mais si on ne comprend pas l’art ancien, on ne peut de toute façon pas comprendre l’art moderne et contemporain. Je constate malheureusement un changement que je qualifierais presque d’anthropologique des collectionneurs qui sont de moins en moins cultivés et perdent l’intérêt pour l’art ancien. J’impute cette situation à la crise de l’école et du monde de la culture. Mais il y a quand même de jeunes collectionneurs qui ont envie d’apprendre et qui nourrissent un réel intérêt pour l’art ancien.

Serez-vous présent dans le métavers ?

Oui. Avec les NFT, c’est un nouveau monde qui émerge et qui va de plus en plus se développer et se structurer. Ça m’intéresse. Le futur va dans cette direction et il faut s’adapter. Mes galeries de Londres et de Monaco pourront ainsi être visitées dans le métavers. J’ai également investi dans les NFT, même si pour moi l’art reste quelque chose de tangible qu’il faut pouvoir admirer et toucher. Je pense que même si les achats sont pour l’instant effectués à des fins spéculatives, ce marché va perdurer et se structurer de plus en plus.

Comment vous préparez-vous au retour de la Biennale des antiquaires à Florence ?

Avec enthousiasme. Ce sera l’édition de la renaissance après la pandémie. Ce rendez-vous reste fondamental d’un point de vue intellectuel et pour le marché de l’art ancien, avec les marchands les plus importants du monde entier. Il y aura lors de la prochaine édition environ quatre-vingts participants, tous de très haut niveau. Le public est évidemment composé de collectionneurs cultivés, mais aussi de directeurs de musées et de grandes institutions culturelles nationales et internationales. Nous devons néanmoins travailler avec une législation italienne toujours très restrictive en matière de circulation des œuvres.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°594 du 9 septembre 2022, avec le titre suivant : Fabrizio Moretti, marchand d’art ancien : « Londres demeure le centre mondial le plus important aussi bien pour l’art ancien que pour l’art moderne et contemporain »

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