La Biennale, temple de l’art italien

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2013 - 764 mots

L’art italien était à l’honneur au Palazzo Corsini, pour un salon d’antiquaires où peinture et sculpture prédominent.

FLORENCE - L’entrée de la Biennale des Antiquaires est grandiose, face à l’Arno, dans un palais construit au XVIe siècle à Florence sur ordre de Bartolomeo Corsini, et que la famille habite toujours. Le salon s’y tient depuis 1997 et, à partir de 2001, Pier Luigi Pizzi est chargé de sa mise en scène. Il crée des salles néobaroques avec des entrées de stands décorées de cartouches, pilastres et arcades, qui s’intégrent parfaitement à l’architecture existante. Jacob Norders, antiquaire à Bruxelles, est bluffé : « C’est un salon très select avec un cachet et des pièces de haut niveau, chacune mise en valeur par le décor. » Le parcours, qui prend place dans les salles du rez-de-chaussée ainsi que dans la cour et le premier étage, est apparu, pour cette édition qui s’est tenue du 5 au 13 octobre, plus compliqué qu’à l’accoutumée.
L’une des spécificités du salon est sa concentration d’art italien ancien. Mais c’est aussi une foire exclusivement italo-italienne. « C’est très intéressant car cela permet d’avoir une bonne vision du marché en Italie actuellement, avec les meilleurs, commente Nicolas Joly, expert en peinture ancienne. Mais il n’y a pas le “plus” qu’apportaient les exposants étrangers, plus présents il y a quatre ans notamment. Certainement ne sont-ils pas venus du fait que le marché de l’art italien est atone en ce moment, en particulier à cause des récentes mesures fiscales. » Avec une prédominance de la peinture et de la sculpture, on y trouvait dans une moindre mesure des céramiques italiennes, essentiellement des majoliques de la Renaissance et de la porcelaine de Doccia, la manufacture de Florence fondée en 1735, ainsi que du mobilier baroque et rococo italiens.

Une Sainte Famille très bien conservée
D’après Giovanni Pratesi, secrétaire général de la foire depuis 2001, interrogé dans les premiers jours, « la preview a été un triomphe ! Les clients italiens sont de retour et achètent. Nous avons vu des antiquaires étrangers, des collectionneurs et des directeurs de musées internationaux. Il y a plus d’étrangers que d’habitude et plusieurs exposants ont déjà vendu ».
S’il est difficile de connaître à l’avance les pépites que présentent les exposants – ce sont parfois des trouvailles de dernière minute –, c’est surtout parce qu’ils souhaitent créer la surprise. Chez Maurizio Nobile, on pouvait admirer La Sainte Famille et saint Augustin, de Gaetano Gandolfi, un tableau réalisé pour une église privée proche de Bologne (1761), dans un état de conservation surprenant (proposé à 850 000 euros). Sur le stand de Cesare Lampronti figurait en bonne place Le Reniement de saint Pierre, de Bartolomeo Manfredi (650 000 euros), et Dédale et Icare, d’Orazio Riminaldi (180 000 euros). Robilant Voena, basés à Londres et Milan, dévoilaient leur chef-d’œuvre, La Déploration du Christ mort, peint par Antoon Van Dyck lors de son séjour italien (1,4 million d’euros), assorti d’un refus d’exportation de la part des Belle Arti (Beaux-Arts). « Dès la preview, nous avions déjà vendu alors que pour l’édition 2011, rien n’était parti », commentait Marco Voena. Dans un format étonnamment grand et dans un très bel état de conservation, se trouvait sur le stand de François De Jonhkere La Moisson, de Pieter Brueghel le Jeune. L’antiquaire n’en demandait pas moins de 4,5 millions d’euros.

Côté sculptures, les œuvres étaient d’un bon niveau, et présentaient parfois plus d’intérêt que les tableaux. Carlo Orsini, qui a vendu plusieurs pièces dès le soir du vernissage, exposait un rare bronze du Bernin, La Comtesse Mathilde de Canossa, provenant de la famille Barberini (800 000 euros). « Les Beaux-Arts ont refusé son exportation. C’est une œuvre pour le Musée Barberini. Mais il n’a pas d’argent », se désolait l’antiquaire. Giovanni Pratesi montrait le Portrait d’un gentilhomme, peut-être Carlo Strozzi, de Giovan Battista Foggini, en marbre. Il exposait également quatre pilastres délicatement sculptés provenant du château de Gaillon, en Normandie, l’un des premiers édifices Renaissance en France, démantelé à la Révolution.
Chez Walter Padovani étaient proposées deux terres cuites de Francesco Ladatte (1706-1787), Zéphyr et Flore et Le Rapt de Proserpine, ainsi qu’Hercule et le lion de Némée, de Marco Antonio Prestinari (1570-1621) ; Mullany (Londres) exposait une paire d’Anges tenant des candélabres (Italie, vers 1420) ; le Florentin Sandro Morelli présentait un buste de la Vierge et l’Enfant, en stuc peint et doré, de l’atelier de Lorenzo Ghiberti (Florence, 1378-1455), tout comme chez Copetti (Udine), aussi belle quoique dans un moins bon état de conservation.

Biennale des Antiquaires de Florence

Secrétaire général : Giovanni Pratesi
Nombre d’exposants : 74

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°399 du 18 octobre 2013, avec le titre suivant : La Biennale, temple de l’art italien

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