Galerie

La galerie Vallois fait rimer Luxe, métal et volupté

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 24 avril 2019 - 536 mots

PARIS

Pour la foire new-yorkaise Tefaf Spring, Cheska et Robert Vallois ont réuni un ensemble surprenant, mais cohérent, de meubles et d’objets en métal.

New York. Depuis qu’ils ne participent plus à la Biennale des antiquaires, Bob et Cheska Vallois, qui se consacrent à l’Art déco depuis plus de quarante ans, ont choisi de privilégier deux événements de l’autre côté de l’Atlantique : The Salon Art+Design et Tefaf New York Spring, qui fête son troisième opus du 3 au 7 mai. Pour la première édition en 2017, ils avaient exposé Pierre Charreau et « tout vendu en trois beures » et cette année voulaient à nouveau créer la surprise.

Après avoir réuni par un certain hasard une poignée de meubles en métal (un matériau auquel ils se sont peu intéressé jusqu’ici), cela leur est apparu comme une évidence : « Une fois en possession de ces pièces exceptionnelles, j’avais devant moi des meubles qui ne demandaient qu’à être regroupés. Un ensemble voluptueux qui m’a immédiatement fait songer aux vers du poème de Baudelaire et au tableau de Matisse, Luxe, calme et volupté », raconte Cheska. Le titre de cette exposition au programme ambitieux tant les pièces de haute volée sont rares dans ce matériau (ici elles sont toutes uniques) était trouvé : « Luxe, métal et volupté ». Les seize pièces réunies pour l’occasion comportent quatre meubles, des luminaires, un service à thé en métal chromé de Boris Lacroix ainsi qu’une dizaine de vases de Jean Dunand en dinanderie. Les prix ? « Jamais nous ne les divulguons, mais tout est à vendre ! ».

En 1929, Jacques-Émile Ruhlmann réalise le bureau Tardieu, à plateau semi-circulaire en laque noire (adjugé 2,30 M€ chez Christie’s Paris en 2011). On l’ignore souvent, mais à l’époque, il commence à s’intéresser au métal. Aussi, en 1933, il imagine et dessine un bureau semi-circulaire s’inspirant du modèle Tardieu, mais en Duralumin (un alliage qui ne s’oxyde pas). C’est ce bureau et son fauteuil qui sont présentés ici. Pièces uniques réalisées en 1934 par Raymond Subes, avec qui Ruhlmann collaborait pour le travail du métal, sous la supervision d’Alfred Porteneuve, quelques mois après la disparition du créateur : « Elles ont la même sophistication que les travaux d’ébénisterie. Je les ai eues entre les mains il y a vingt ans et les ai récupérées », commente Cheska Vallois.

À cette pièce maîtresse, viennent s’ajouter une coiffeuse (1927) d’Eugène Printz [voir l’illustration], en verre et métal chromé, créée pour la princesse de La Tour d’Auvergne, mais aussi un meuble de rangement et une table haute carrée, tous deux en alpaca (alliage de zinc, nickel et cuivre), vers 1930, d’Eckart Muthesius, réalisés pour le Maharaja d’Indore (Palais Manik Bagh, Inde). Ces meubles ont été conçus dans un esprit totalement différent de l’Union des artistes modernes, qui prônait des meubles fonctionnels aux formes simples. « Il n’y avait aucune volonté de la part de ces artistes de réaliser des meubles pratiques », explique la galeriste. « Même s’ils sont en métal, ils expriment tous, comme peuvent le faire les meubles d’ébénisterie de Frank par exemple, le luxe et la sophistication », ajoute-t-elle. « C’est le moment de montrer ces créations. Si j’avais fait cela, il y a vingt ans, cela n’aurait pas été compris. Cette modernité-là est dans la compréhension d’aujourd’hui. »

Tefaf New York Spring, stand 343,
du 3 au 7 mai, Park Avenue Armory, 643 Park Avenue, New York (États-Unis).

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°522 du 26 avril 2019, avec le titre suivant : La galerie Vallois fait rimer Luxe, métal et volupté

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