Hommage

La fin d’une histoire

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 16 décembre 2005

Après la disparition de son fondateur en avril, la galerie Roger Pailhas, à Marseille, ferme ses portes à la fin du mois de décembre.

MARSEILLE - En fermant ses portes le 31 décembre après vingt ans d’activité, la galerie Roger Pailhas, à Marseille, n’aura pas survécu au décès de son fondateur, survenu le 25 avril. « Plutôt que gâcher son travail, je préfère qu’on regrette l’homme, confie sa veuve Marie-Christine. Personne ne pouvait prendre sa place, cette histoire tient à la personnalité de Roger. »
De la personnalité, Roger Pailhas en avait à revendre, tel un Falstaff méridional, jovial et généreux, mais aussi autoritaire et colérique. Sa galerie fonctionnait à deux niveaux, avec, d’un côté la valorisation d’artistes marseillais comme Marie Bovo ou Olivier Millagou, de l’autre le travail avec des pointures internationales tels Lawrence Weiner ou Jeff Wall. De fait, cette enseigne de province aura réussi une double gageure : inscrire Marseille sur la carte artistique hexagonale comme sur l’échiquier mondial en participant aux foires Art Basel en Suisse et Armory Show à New York.

Un producteur
Patron d’une entreprise en menuiserie, Roger Pailhas fait d’abord ses armes comme collectionneur. En 1981, le Parti socialiste marseillais lui demande de créer un événement pour la Fête de la rose. Ce sera « Formes, Lumière et Mouvement, de l’abstraction géométrique au cinétisme », exposition montée grâce aux prêts de la galeriste parisienne Denise René. L’année suivante, Pailhas inaugure l’Association régionale pour la création artistique (ARCA) avec une monographie de Simon Hantaï. Son objectif est de présenter des artistes renommés en alternance avec des créateurs résidant dans la ville. Trois ans plus tard, il organise sa première exposition de prestige, « NY85 », en collaboration avec le marchand new-yorkais Leo Castelli. En 1986, il poursuit avec Daniel Buren. La même année, faute de subventions, Pailhas met en sommeil l’ARCA et ouvre sa galerie.
Roger Pailhas a longtemps pâti d’une image folklorique de la cité phocéenne, entre pagnolade et fanfaronnade. « On a fantasmé sur lui, sur l’image du gangster marseillais. On l’a enfermé dans une caricature, regrette l’artiste Bernard Bazile. Roger avait envie que les choses se réalisent. Il n’était pas hésitant, c’était un entrepreneur. » Mieux, un producteur, qui a su accompagner l’évolution des pratiques et des besoins des artistes. Il fut l’un des premiers marchands étrangers à s’intéresser en 1989 au travail du Néerlandais Joep Van Lieshout et à en aider la production. De même, il permit la fabrication de la Cabane éclatée no 2 de Daniel Buren grâce à son entreprise de menuiserie. « Il aimait se lancer dans des aventures difficiles, rappelle Daniel Buren. On aurait pu croire que, venant du monde de l’entreprise, il voulait faire de l’argent dans le milieu de l’art. Il ne voulait pas en perdre, mais il a fait des choses compliquées sur le plan commercial. Lorsqu’il a organisé ma dernière exposition en 1999 avec 1 200 m2 de plancher, il n’a pas vendu, mais n’a jamais demandé une pièce plus facile en échange. »

Marseille pleure
Attaché à sa ville, le galeriste s’était autorisé une échappée parisienne en ouvrant en 1990 un espace rue Quincampoix, déménagé rue Saint-Martin (respectivement dans le 4e et 3e arrondissement parisien) avant de le fermer huit ans plus tard. Il y lança notamment la carrière de Pierre Huyghe, l’une de ses fiertés. « Il avait l’ambition d’être ailleurs, mais pour tout l’or du monde il n’aurait quitté Marseille, même s’il n’y était pas toujours aimé, remarque Olivier Millagou. Roger pensait qu’on devait tous s’associer pour développer la ville. » Pour cela, il créera en 1996 « Art Dealers », la plus petite foire du monde, une opération qui ne lui survivra pas non plus. « Marseille se trouve actuellement dans une situation critique au niveau de l’art contemporain, indique Jean-Pierre Alis, de la galerie Athanor. Roger va laisser un grand vide. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°227 du 16 décembre 2005, avec le titre suivant : La fin d’une histoire

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